Zagreb-Lyon truqué ? Vraiment ?

Zagreb-Lyon truqué ? Vraiment ?

Quand on ne sait pas quoi dire, on invente ou on déforme la réalité. A l’approche de Noël, de nombreux journalistes ont flairé le bon poisson avec la victoire de l’OL à Zagreb sur le score de 1-7. On a l’habitude de dire que l’on n’accuse pas sans preuve. Pourtant, ce matin, la presse sportive européenne s’en donne à coeur joie.

Le score fait autant débat qu’une vidéo montrant un clin d’œil du défenseur Vida à Gomis après un but lyonnais. Et là, le web s’enflamme. Sur Twitter ou sur les sites officiels des quotidiens, de nombreux journalistes évoquent un complot. De Platini à Aulas en passant par la CIA et les francs-maçons, tout y passe. Le plus grave ? Que des journalistes sérieux et expérimentés tombent dans le panneau, sans aucune retenue et analyse. Ou quand le 10Sport semble la voie à suivre pour le journalisme sportif européen.

Commençons par le score. Sept buts à un. Un score fleuve. Et pourtant, en première mi-temps, Zagreb a eu plusieurs opportunités de marquer (et l’a fait après une double parade finalement inutile de Lloris), même à dix contre onze. Au retour des vestiaires, Lyon marque trois buts en cinq minutes. Est-ce la première fois dans l’histoire du foot ? Non. Dès lors peut-on imaginer que les Croates prennent un coup sur la tête ? Peut-on penser qu’à dix contre onze et avec ces trois buts, les Croates aient perdu toute motivation ? Peut-on voir une défense horrible prendre sept buts quand elle en prend 3 de moyenne depuis le début de la phase de groupes de la Ligue des Champions ? Mais peut-on aussi se mettre dans la peau des lyonnais ? Avec trois buts marqués, l’espoir revient, l’abnégation est décuplée, l’équipe transformée.

Le Dinamo Zagreb se serait donc couché. La défense a t-elle été exemplaire dans les autres matchs ? Bien évidemment que non. Quinze buts encaissés en cinq matchs n’est pas un signe de solidité. Pas plus que lorsqu’on se penche sur le dernier match de championnat de Croatie. Samedi, Zagreb a fait match nul 2-2 face au 9ème du championnat, le Cibalia Vinkovci.

Marquage, relances, dégagements, alignement, toute la panoplie de la catastrophe ambulante y est passée. Et si Lyon avait tout simplement été plus réaliste ? Combien de buts aurait pu marquer le Real Madrid (6-2) s’il ne s’était pas arrêté de jouer après la 65ème, suite au « décrassage » des soixante premières minutes ?

Vient aussi le clin d’œil de Vida. Le défenseur croate se jette sur le ballon pour empêcher Gomis d’accélérer la remontée déjà bien entamée (1-5). Se baser sur un clin d’œil furtif et un pouce levé pour évoquer un complot est d’un ridicule. Les deux voulant prendre le ballon, pour des raisons différentes, le premier pour éviter une défaite plus large, le second pour assurer une place en 1/8ème, ce clin d’œil ne pourrait pas vouloir simplement dire « tu vas l’avoir ton ballon, ne me bouscule pas » ? Combien de clins d’œil et de pouces levés peut-on voir dans un match de foot entre adversaires, lors d’une faute par exemple ?

Les hallucinations les plus créatives viennent d’Espagne et d’Italie. Pour le premier, cela vient quand même d’un pays ou les 6-7 et 8-0 s’enchaînent comme des perles en championnat sans aucun soupçon de triche. En Italie, la théorie du complot est aussi crédible que si on affirmait que l’Inter avait laissé gagner le CSKA pour que Lille ne passe pas. Et comme la France est derrière l’Italie au ranking UEFA et que la France aurait pu avoir le même nombre de clubs qualifiés en Huitièmes de finale de la Ligue des Champions… Dans un pays où le ranking UEFA est en train de devenir une cause nationale, cette théorie peut aussi être réalise après tout. Le cas italien est très intéressant. Ce pays a connu beaucoup de scandales liés aux matchs truqués (1980, 1986, 2005, 2006) et en a beaucoup souffert. Des sanctions sont tombées à juste titre et le Calcio tente de tourner la page. La défense italienne est la même que les fans de cyclisme : « nous, on fait le ménage et on traque les tricheurs, ce n’est pas pareil ailleurs. » Dès lors, à chaque résultat étrange, l’Italie va t-elle ouvrir les vannes de la polémique à deux balles pour montrer qu’une éventuelle triche existe en dehors des frontières italiennes?

Le football est-il condamné à être rationnel, et tout résultat ou performance en dehors des clous sera t-elle suspecte ? Il y a pire que le foot business. Le journalisme business.

Zagreb Lyon truqué ? Vraiment ?

Patrick Juvet ne veut pas rendre le ballon

De Boer, le coach de l’Ajax Amsterdam, ne s’est jamais posé de question sur le 4-0 infligé par son équipe aux croates, ni au 6-2 du Real. D’ailleurs, l’Autorité de régulation des jeux en ligne français (Arjel) ne procède à des « vérifications » que dans le cadre de scores larges.
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