Le football au coeur des tensions politiques des Balkans

Pour la plupart d’entre nous, le football est synonyme de monde des Bisounours, où il n’est que « frappes de 50 mètres », « blagues de banc de touche » et « 3ème mi-temps dans le caniveau ». En Serbie et plus particulièrement au Kosovo, une décision de la FIFA vient de mettre de l’huile sur le feu. Enquête.

En Serbie, c’est la panique. Depuis mardi dernier, les 208 nations membres de la FIFA ont l’autorisation d’affronter le Kosovo en match amical, malgré le fait que la province ne soit pas reconnue officiellement par quelconque entité sportive ou administrative, comme les Nations Unies. C’est un pas de plus vers leur indépendance définitive alors que la province se déclare séparée de la Serbie en 2008, comme se réjouit Fadil Vokrri, le président de la Fédération de Football du Kosovo (FFK).

De là à être intégrée aux compétitions internationales, il y a un fossé que le Kosovo n’est pas près de franchir. Pour être reconnu par la FIFA, le Kosovo doit d’abord être reconnu par l’UEFA. Vu l’accueil – négatif – de Michel Platini a la décision de pouvoir jouer des matchs amicaux contre le Kosovo, il semble impossible que cela ait lieu durant son mandat. « Cette décision va à l’encontre des convictions de la fédération européenne » a-t-il déclaré. De plus, le Kosovo étant partagé entre l’Albanie et la Serbie, une lutte pour la gestion de la fédération menace déjà la province. Entre 60 et 70% de l’équipe nationale albanaise est donc composée de joueurs kosovars.

« Il ne s’agit pas de reconnaître le Kosovo comme un pays indépendant, mais de prendre acte du fait qu’on joue au football au Kosovo, et qu’il faut donner une crédibilité à ce mouvement. Notre inquiétude vient du fait que tous ces joueurs sont contraints de jouer à l’étranger et pour d’autres pays pour pouvoir s’exprimer » a déclaré le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke.

Nous ne sommes pas là pour censurer le football ! Sepp Blatter Cliquer pour tweeter

Parmi ces joueurs, la plupart joue dans les pays proches de la province, en Italie, en Grèce, Suisse ou dans le pays partisan, la Turquie, comme l’ancien marseillais Lorik Cana qui s’était rapproché de sa famille en jouant au Galatasaray. D’autres joueurs comme Behrami, ont porté le maillot kosovar lors des matchs amicaux officieux qui se sont tous déroulés avant la déclaration d’indépendance de la province contre des pays ou des clubs (Malmo, Kalmar, Neuchatel Xamax, …)

La FIFA joue avec le feu mais ne pouvait pas prendre une décision différente. Dans d’autres pays, des provinces aux prétentions certes moins indépendantistes, jouent déjà des matchs internationaux : Catalogne, Corse (dont un match amical 2-2 pour les 20 ans de la tragédie de Furiani), … « Nous ne sommes pas là pour censurer le football mais bel et bien pour ouvrir les portes de sa pratique » s’est exprimé Sepp Blatter.

La Serbie, par la voix du président la Fédération serbe de football Tomislav Karadzic, a déjà promis de ne pas laisser cette affaire passer en prévoyant de rencontrer la FIFA le 31 mai prochain à Zurich tout en invitant le président du FFK à participer à cette réunion. En 2008, la Serbie avait déjà réussi à faire capoter un match amical en préparation pour la commémoration de l’indépendance du Kosovo contre le Brésil U23, arguant que la FIFA n’autorisait pas ce genre de match. La Turquie, l’Albanie, les Etats-Unis et la Croatie ont quant à eux déjà prévu de profiter de la décision de la FIFA et de jouer un match amical contre cette province musulmane du Kosovo.

Tous les clubs appartenant à la province ont déjà décidé de boycotter les compétitions nationales depuis l’époque de la Yougoslavie ce qui a pour effet d’affaiblir le vivier footballistique local, déjà pas gâté par le manque de moyens que la non-reconnaissance de la FIFA met en relief. Ils ont donc décidé d’organiser un championnat local, le Raiffeisen Superliga, dont le club du FC Pristina est le club fanion. Pour atteindre l’Europe, le club de la capital a même demandé à intégrer le championnat albanais. Ambiance.

Beaucoup de familles kosovares ont emmigré en Suisse lors du conflit des années 90. Par conséquent, la FFK a organisé un camp de football pour la détection des talents kosovards en Suisse. La prochaine sessions devrait avoir lieu en juin prochain. Des talents comme Xherdan Shaqiri du Bayern Munich avaient ainsi pu être révélés.

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