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Amérique du sud : le racisme dans le football toujours omniprésent

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Amérique du sud : le racisme dans le football toujours omniprésent

Le racisme dans le football est revenu au cœur de l’actualité footballistique, que ce soit à cause de l’attitude ignoble de quelques « supporters » de Chelsea il y a quelques semaines, ou avec les toutes récentes déclarations de Sep Blatter (en plein campagne électorale, ne l’oublions pas), allant jusqu’à proposer de faire perdre des points aux clubs et même dans certains cas les rétrograder dans des cas d’insultes racistes au cours d’un match.

Cette actualité récente permet d’évoquer deux cas qui se sont déroulés à quelques mois d’intervalle dans deux pays voisins, mais sur un autre continent, en Amérique du Sud, au Chili et au Pérou. Les deux cas se ressemblent dans le fait que les deux joueurs en question ont été victimes lors de deux matchs différents d’insultes racistes.

La première histoire s’est déroulée au Chili, en novembre dernier.

Tout d’abord le 7 novembre, dans la ville de Rancagua, au centre du pays, au sud de la capitale Santiago où évolue le club de O’Higgins* et qui recevait ce jour-là le club de San Marcos de Arica, de la ville d’Arica, ville frontière avec le Pérou, tout au nord du Chili.

L’attaquant international vénézuélien de l’équipe d’Arica a été victime d’insultes racistes aux alentours de la 70ème minute du match entre les deux équipes. C’est à ce moment-là que le match a été interrompu par l’arbitre pendant deux minutes, en informant le public que si les insultes continuaient, le match serait définitivement arrêté. Les insultes n’ont finalement pas repris. Le match s’est terminé sur le score de 3-1 pour O’Higgins, Renteria étant l’auteur du but de son équipe.

Dans la foulée de cet incident le joueur a été reçu au palais présidentiel par le porte-parole du gouvernement chilien ainsi que la ministre des Sports qui ont réitéré leur volonté de lutter contre le racisme et ont évidemment fermement condamné l’incident.
Suite à ces tristes évènements, le club d’O’Higgins a finalement été condamné le 27 novembre à un match ferme à huis clos par la ligue chilienne.

Enculé de noir

La deuxième scène s’est déroulée moins de 20 jours à peine après, cette fois-ci à domicile le 22 novembre. C’était le derby local qui opposait le San Marcos de Arica et le Deportes Iquique, villes distantes d’à peine 300 kilomètres, très peu pour le Chili, les deux villes se situant par exemple à plus de 1500 kilomètres de Santiago.

L’attaquant vénézuélien a ouvert le score juste avant la mi-temps. Puis en deuxième mi-temps, des cris de singes et des insultes à caractères racistes ont été proférés par des « supporters » d’Iquique. Le joueur s’en est plein auprès du corps arbitral, et a même fondu en larmes. La scène est très touchante et visible sur internet.

L’arbitre a finalement décidé du suspendre le match à la 71ème minute, provoquant la colère des dirigeants et du staff d’Iquique. On peut entendre sur une vidéo l’entraineur adjoint dire que le joueur fait sa victime, allant même jusqu’à le traité d’enculé de noir. Même l’entraineur, Nelson Acosta, pourtant ancien sélectionneur national très respecté au Chili – il a notamment mené l’équipe en 8ème de final du Mondial 98 à l’époque dorée des Salas et Zamorano – a accusé le joueur d’avoir provoqué le public adverse par une danse, qui au passage est sa célébration habituelle, après avoir ouvert le score. Ridicule.

Le joueur a reçu le soutien de ses coéquipiers et de ses dirigeants

La FIFA s’est émue de cet évènement par l’intermédiaire du directeur de la commission anti-discrimination de l’instance aussi président de la CONCACAF. Il s’est dit surpris que de tels actes se soient déroulés au Chili et les a déplorés. La ligue chilienne de football a finalement infligé deux matchs fermes à huis clos au club d’Iquique.

Le joueur est ressorti très affecté de ce match, comme en témoignent ses larmes sur le terrain. Il a même dit avoir pensé à quitter le Chili, ses proches (notamment sa mère) le lui ayant demandé. Il a finalement dit que ce n’était qu’une poignée de gens, et qu’il ne pensait pas que tous les Chiliens étaient racistes, mais qu’en 14 ans de carrière, il n’avait vécu ça nulle part ailleurs. Il a ajouté que cela ne le gênait pas qu’on le surnomme « negro », le noir, mais si qu’on le traite singe. Il a ensuite fait part de son inquiétude concernant la Copa America, qui se déroule en juin au Chili et à laquelle il devrait normalement prendre part avec son équipe nationale.

Il a finalement en début d’année annoncé qu’il avait tourné la page et qu’il continuerait à jouer pour le San Marcos de Arica, dont il fait toujours les beaux jours et dont le contrat se termine en mai. Le soutien total de son club l’aurait motivé dans cette décision. Le club pointe à la 3ème place sur 18 du championnat chilien après 9 journées.

Dans cette affaire, l’attitude exemplaire des arbitres est à signaler. Ils n’ont pas hésité à prendre leurs responsabilités et même à arrêter un match.

Plus récemment, de l’autre côté de la frontière chilienne au Pérou, un autre joueur a été victime d’insultes à caractère raciste. Le malheureux protagoniste est , joueur panaméen du club de Juan Aurich, de la ville de Chiclayo au nord du Pérou. Son équipe jouait à Cusco, contre le Cienciano, le club local. Vers la 70ème minute, le joueur se retrouve en position de hors-jeu que l’arbitre siffle, puis il entend des insultes racistes de la part des supporters locaux. Le joueur dégage le ballon dans les tribunes en signe d’impuissance et de protestation, ce qui lui vaudra un carton jaune. Enervé par la réaction ou la non-réaction de l’arbitre, il décide de quitter le terrain laissant ses coéquipiers à 10 contre 11 car son entraineur avait déjà effectué les trois changements.

Le joueur avait déjà été victime d’insultes racistes un an auparavant alors qu’il évoluait avec le César Vallejo, club de la ville de Trujillo, tout au nord du pays contre le Sporting Cristal, un des clubs phare du Pérou basé à Lima. A l’époque il avait déjà voulu quitter le terrain mais il en avait été dissuadé par ses coéquipiers. Il a déclaré ce week-end n’avoir jamais pensé à revivre cette situation, d’où sa réaction et sa sortie du terrain prématurée samedi dernier.

En 2011 il a été sacré meilleur buteur du championnat du Pérou en marquant 17 buts lors de son premier passage au Juan Aurich. A noter que, comme Emilio Renteria, il est aussi international et compte plus de 70 sélections avec le Panama.

Luis Tejada a reçu là aussi le soutien total de son club et de ses coéquipiers mais il a déploré après le match le fait que l’arbitre n’ai pas arrêté la partie. Pour l’instant aucune sanction n’a été prononcée contre le club de Cienciano et rien n’a encore filtré concernant une possible sanction. Il se murmure même que le club voudrait porter plainte contre le joueur pour être sorti de sa propre initiative, un comble.

Dans ce cas-là, et contrairement aux évènements qui se sont déroulés au Chili, l’attitude de l’arbitre est à déplorer, d’autant plus que le joueur avait déjà été victime d’insultes racistes par le passé.

Ces deux cas, bien que de contextes différents que ceux qui peuvent se dérouler en Europe, laissent encore une fois à méditer sur les mesures à prendre pour enfin éradiquer le racisme des stades.

*Pour les supporters marseillais, dans le club d’O’Higgins évolue l’argentin Pablo Calandria.

Assoiffé de foot depuis tout petit (en fait depuis le penalty raté de Roberto Baggio en finale de la World Cup 94), il se construit sa culture foot à travers ses voyages. Que ce soit par la Pologne, d’où il tire une partie des ses origines, mais surtout après avoir vécu le football en Amérique Latine. Il se passionne pour les passionnés du foot où qu’ils soient dans le monde. Il est président depuis 2012 d’un club de football multiculturel à Marseille.

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