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Les clubs argentins, miraculeux « numéros un » du continent

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Les clubs argentins, miraculeux « numéros un » du continent

Si l’équipe nationale a réussi un gros coup en arrivant en finale de la coupe du Monde 2014, elle n’est pas la seule à être argentine et auréolée de succès. San Lorenzo a acquis sa première Libertadores il y a quelques semaines dans une folie indescriptible alors que Lanús s’était octroyé la Sudamericana, quelques mois plus tôt. On parle pourtant là d’un football que tous les experts s’accordent à qualifier d’appauvri. Dans les bourses mais aussi sur les pelouses.

C’était il y a dix ans déjà, les deux vaches sacrées argentines (Boca et River) se rencontraient en demi finale de la plus prestigieuse des compétitions sud américaines.

Un match de fou, une précision technique délicieuse, une intensité jamais démentie et une ambiance de malade mental. Lucho, Montenegro, Cavenaghi, Salas d’un coté, Tévez, Nicolas Burdisso ou encore Rolando Schiavi de l’autre. Les clubs arrivaient encore à garder leurs meilleurs talents plus d’une saison. Ca devenait déjà très difficile mais c’était encore possible.

Aujourd’hui un Angel Correa(1) a tout juste le temps de faire une grosse saison en Primera que l’Atlético lui met déjà le grappin dessus. Ocampos, lui, n’a qu’entraperçu la Primera. C’est en « B » qu’il se fait remarquer pour ses débuts. Une saison pleine et direction le vieux continent (ASM pour 12M).

Pour comparer avec ce qui se faisait il y a dix ans, Tévez avait plus d’une centaine de matches dans les pattes avec Boca quand il quitta la Bombonera. Cavenaghi en était à exactement 121 pour 72 buts lorsqu’il déserta El Monumental. Les deux « pibes » avaient eu le temps de grandir et leurs clubs de profiter un peu de leurs talents !

Ce pays à l’économie chancelante…

A cette époque, l’Argentine sortait de la plus grosse crise économique de son histoire. Le nouveau président Kirchner (sa femme lui succédera) redressait le pays en pratiquant la politique dite du dollar fort. Qui dévalue sa propre monnaie (le peso) afin de doper les exportations et l’excédent commercial. On estimait même être complètement sorti de la crise au troisième trimestre 2005. L’économie allait mieux, les clubs respiraient (un peu).

Une réussite apparente qui cachait de grands dangers révélés par la crise mondiale de 2008 qui plongea la balance commerciale argentine dans le rouge. Depuis le dollar n’a cessé de grimper, les exportations de diminuer et la monnaie locale de perdre en crédibilité.

Les clubs argentins, miraculeux "numéros un" du continentVoilà le contexte dans lequel les clubs locaux se doivent d’évoluer. Chaque vente possible vers l’étranger est devenu une aubaine. Même lorsqu’il s’agit de mouvements pas vraiment désirés comme la tentative désespérée de Boca de refourguer le jeune Erbes au Bétis l’hiver dernier pour moins d’un million d’euros… Une vraie misère qui se répercute forcément sur les terrains. Les très jeunes talents sont arrachés par des clubs européens soucieux de dénicher la nouvelle pépite sans aucune résistance coté vendeur alors que les bons joueurs sont poussés vers la sortie pour récupérer quelques espèces sonnantes et trébuchantes.

Un autre exemple ? River se croyait en position de force concernant son défenseur central colombien, Balanta(2). Vendeurs (faut pas déconner) mais en position de force car ils savaient le joueur : jeune, très bon à un poste très recherché (DC) et pisté par plusieurs grosses écuries.

Exigeant tout d’abord de la Sampdoria ou Liverpool une indemnité de 10M d’euros, ils ont finalement baissé le prix à 5,5M d’euros dans les derniers jours du mercato. La raison ? Le besoin urgent de liquidités !

Le plus important pour nous est d’obtenir l’argent maintenant. Nous ne voulons pas de prêt ou seulement d’une partie payée immédiatement. Ce n’est pas possible pour nous.
Rodolfo d’Onofrio, président de River Plate

Plus que des clubs, des institutions !

San Lorenzo, le tout frais champion d’Amérique su Sud n’a pas la réputation d’un Boca ou d’un River en Europe. Pourtant le club est une référence au pays et partage la même table que les deux précédemment cités, celle des « cinco mas grande ».

Il y a deux ans, le club était à l’agonie, obligé de disputer un barrage pour ne pas descendre en « B ». Deux matches plus tendus que la peau de la présidente Kirchner plus tard, un péno tiré par un joueur en surpoids au retour et « El cyclon » se sauvait. Malgré un système tordu inventé pour favoriser ces « cinco mas grande », la situation économique a rendu la descente possible pour tout le monde. River l’a expérimenté en 2011 et Independiente l’an dernier.

Le club de Boedo, lui, n’est pas passé loin. Mais a survécu et s’est reconstruit. Avec les moyens du bord, les mêmes que tous les autres. La Cantera pour sortir quelques jeunes (« Angelito » Correa, Villalba…), des refoulés de l’Europe (l’ancien stéphanois Piatti, ce bon vieux Cetto…) complétés avec des valeurs sûres du coin comme Mauro Matos, sorte de Nicolas Goussé sauce tango. Un bon entraîneur (Pizzi puis Bauza) pour insuffler une dynamique et un supplément d’âme obligatoire.

« Un Idolo » qui incarnera le club, son histoire, ses joies et ses souffrances. Celui dans lequel la « Drama Queen » qui sommeille en tout argentin pourra s’identifier. Chez les Azulgranas, le rôle est destiné à « Pipi » Romagnoli. Incompris en Europe, idolâtré au pays. Dans la lignée des Riquelme, Ortega ou Veron

Au lieu d’essayer d’acheter les meilleurs joueurs pour former la meilleure équipe, en Argentine, on intègre les joueurs que l’on peut dans une idée. Celle d’un club, d’une institution qui vous survivra quoique vous réussissiez dedans. Le champion d’Amérique du Sud a ainsi perdu au fil des tours passées en Libertadores, son meilleur joueur (Correa), son second meilleur joueur (Piatti) et était à deux doigts de joueur la finale sans son symbole (Romagnoli) également sur le départ. L’entraîneur à la base du renouveau s’était déjà enfui en Espagne avant même l’entrée dans la compétition. Une constante pour les coachs fraîchement champions qui quittent systématiquement leurs bancs depuis deux ans. Martino pour le Barça, Pizzi pour Valence et Ramon Diaz pour… heu… le chômage.

Les clubs argentins, miraculeux "numéros un" du continent

Martino – Ramon Diaz – Pizzi

Rajoutez à cela, la richesse des brésiliens et mexicains, pilleurs réguliers du championnat et vous pouvez commencer à mesurer le mérite de ces clubs à survivre au plus haut niveau continental !

Dans un contexte de bordel permanent (suspension du championnat en 2009, Barras Bravas, corruption..), le football de club argentin continue à exister. Et de quelle manière ! Le week end dernier, les suiveurs de Futbol para todos (chaîne gratuite sur youtube pour suivre la Primera) ont pu se régaler de deux clasicos (Independiente/Racing et San Lorenzo/River) voire trois tant le Boca/Vélez était important et possède déjà sa propre histoire. L’histoire. L’histoire et ses valeurs, voila ce qui sauve encore ce football. L’équipe peut être en seconde division, les stades de River ou Independiente seront pleins. Le président peut bien virer du banc la légende la plus titré de l’histoire de Boca qui fait un comeback complètement foiré, les Hinchas seront là. Pour soutenir leurs équipes et leurs symboles. C’est tout ce qu’ils leur restent de toute façon. Et comme ça n’a pas de prix, au moins ce ne sera pas vendu !

1 : Lors de sa visite médicale pour le club espagnol, on lui a diagnostiqué un problème cardiaque pour lequel il fut opéré. S’il arrive à retrouver la plénitude de ses moyens, vous en entendrez bientôt parler du coté de la Liga.
2 : Le colombien est finalement resté à River, faute d’accord avec la Samp’. Une bonne affaire à saisir au prochain mercato.

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot mais surtout de ce qu'il représente partout dans le monde.

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