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Le Beitar « Trump » Jérusalem, ou quand les extrêmes se rencontrent

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Le Beitar « Trump » Jérusalem, ou quand les extrêmes se rencontrent

Un nouveau type de naming a germé la semaine dernière dans l’esprit des dirigeants du club israélien du Beitar Jérusalem qui ont décidé d’accoler à celui-ci le nom du Président américain, Donald Trump. Le club se nomme désormais le « Beitar Trump Jérusalem ». La politique a rejoint l’histoire, l’actualité et le football.

On connaissait le « naming » qui consiste à donner le nom d’une marque connue à un stade et qui est rentré dans les mœurs aussi bien en Europe que dans le monde dans une optique de rentrées financières et de communication.

On connaissait également les hommages rendus à une personnalité importante d’un club lorsque celle-ci est décédée (l’Ajax Arena rebaptisée « Johan Cruijff ArenA ») ou des tribunes prenant le nom de personnalités attachées à une ville ou à un club.

Mais cette nouvelle en provenance d’Israël ajoute une dimension politique lourde de sens.

Le 14 mai n’est pas une date prise au hasard.

On ne sait pas encore si c’est une opération de communication du club prenant le rythme de l’actualité ou une nomination durable mais, plus largement, cette décision est à mettre en perspective avec celle de la Maison-Blanche, prise en 2017, de transférer l’ambassade U.S. de Tel Aviv à Jérusalem et de procéder à son ouverture le 14 mai 2018. Cette dernière a conduit à un embrasement de la bande de Gaza avec son corollaire de violences et de morts, dont les images ont fait le tour du monde.

Historiquement, pour resituer le contexte, la date du 14 mai a toujours vu comme un symbole au Proche-Orient aussi bien du côté d’Israël, correspondant à la fondation de l’Etat d’Israël en 1948 par David Ben Gourion, que pour la population arabe, qui, au contraire, lui attribue le terme de la « Nakba » désignant la « catastrophe » des populations palestiniennes déplacées en 1948. Sur fonds de tensions et de haines de plus en plus prégnantes depuis lors.

Hommage, extrémisme et parfum de soufre

Dans cette optique, l’idée des dirigeants du Beitar peut se lire dans une sorte de « remerciement », à leur façon, envers Donald Trump pour saluer sa décision de soutenir, malgré les réprobations de la communauté internationale, le transfert de l’ambassade dans la ville de Jérusalem.

Par la même occasion, cela fait un lien entre la ville, considérée comme capitale pour l’Etat Hébreu et les Etats-Unis sur fond d’accord politique entre Trump et le Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Cependant, au-delà des problèmes politiques et des violents affrontements mortels que cette ouverture a provoqués, dans une région où le conflit est de plus en plus inextricable, le « changement » de nom de l’ancien club éphémère de Luis Fernandez (en 2005) est à prendre dans un élan plus global pour un club traînant une réputation ô combien sulfureuse.
Les jaunes et noirs, notamment à travers leurs Ultras se nommant « la Familia », font régulièrement les gros titres de la presse pour des problèmes de racisme et d’extrémisme notamment dans leurs chants.

Ainsi que de violences de leurs supporters envers… leurs propres joueurs sous prétexte que ceux-ci sont Musulmans. Le club arguant de sa « pureté » refusant par ailleurs d’accepter en son sein des joueurs Arabes israéliens et fait l’objet de nombreuses accusations de communautarisme exacerbé, de provocations et d’outrage aussi bien envers les Arabes en général qu’à ceux d’Israël.

Cette image d’un club lié à la droite ultra-nationaliste a toujours collée au Beitar qui est considéré comme « l’emblème » d’Israël et a toujours reçu, plus ou moins implicitement, le soutien des politiques et Premiers Ministres. D’aucuns diraient même une certaine impunité.

Mais il est intéressant de noter qu’avec cette annonce, le club rejoint ou rend « hommage » finalement un autre chantre de la provocation directe, sans filtre et sans contrôle…

Et côté football direz-vous ? 6 Championnats d’Israël, le dernier remontant à la saison 2007-2008, une présence en Coupe d’Europe ne dépassant pas les seconds tours et une image vue et reconnue hors football comme si le jeu était finalement juste un moyen de revendications et d’affirmations d’éléments politiques et d’idéologie.

Enfin, on ne connaît pas encore ce que le principal intéressé pense de l’initiative. Cela n’a pas porté chance au Beitar puisqu’il s’est incliné 3-1 contre le Maccabi Tel-Aviv… le lendemain de l’annonce.

Le festival du film de football La Lucarne prévoit d’ailleurs de diffuser le film « Forever Pure » pour son édition 2018, le 3 juin à 14h30. La billeterie est dispo ici. Ce film parle justement de l’accueil des Ultras du Beitar pour les deux premiers joueurs musulmans du club, entre pression, fanatisme et sport.

Passionné d'histoire, de football et d'histoire du football, aimant le décalage, les passes bien ajustées et les reprises de volées dans la lucarne, je suis avec attention et précision le football turc. Fenerbahçe, Galatasaray, Besiktas ou même... Gençlerbirligi n'auront plus de secrets pour vous. Vive le football !

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