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Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du Chili

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Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du Chili

La Copa America 2015, qui a débutée le 11 juin est l’occasion de parler du football sud-américain, et encore plus particulièrement du football chilien, puisque c’est au Chili qu’elle s’y déroule jusqu’au 4 juillet. L’idée n’est pas de parler de l’équipe nationale et de ses forces et faiblesses en présence, mais de me focaliser sur son championnat et plus particulièrement ses clubs.

Quand j’ai commencé à m’intéresser au football sud-américain, et plus spécifiquement au championnat chilien, j’ai été interpellé par le nom des clubs. Après un calcul assez rapide, je me suis rendu compte que la majorité des clubs n’a pas de référence territoriale directe dans leur nom, ou sinon ce n’est pas ce qui prédomine, chose inimaginable en France. Je me suis donc intéressé plus en détail à ces clubs et à leur histoire.

Avant de passer en revue les clubs, voici quelques éléments d’explication. Un des premiers points à avoir à l’esprit est qu’environ un tiers de la population du pays vit à Santiago, la capitale, ce qui multiplie donc le nombre de club dans la ville et ils ne peuvent pas tous avoir une référence directe à la ville sinon cela n’aurait aucun sens (un peu comme à Londres ou Mexico). Mais cela n’est pas la seule explication puisque la plupart des villes de province n’ont pas non plus de référence directe au territoire (ville ou région) sur lequel ils évoluent.

Ce phénomène s’explique en grande partie par le fait que le Chili (comme la plupart des pays latino-américains) est un pays d’immigration (en grande partie européenne, mais pas que) et de métissage. Ceci explique que des communautés se soient formées au fil du temps et celles-ci ont créé leur propre club censé les représenter, comme cela se fait à un niveau local et amateur dans la plupart des pays du monde. Un autre point qui saute aux yeux est l’importance des clubs universitaires, influence très importante dans les sports collectifs sur tout le continent américain (de l’Alaska à la Patagonie).
Un dernier point pour mieux comprendre ce phénomène : beaucoup de clubs ont été associés dès leur origine à des entreprises ou des institutions fortes (universités, mines, paroisses) qui sont restées gravées dans l’identité profonde de ces clubs.

Petite introduction sur le championnat chilien : il était composé de 18 clubs en Première Division jusqu’en mai dernier, sponsorisé par la Scotia Bank et c’est le troisième plus ancien championnat professionnel d’Amérique Latine. Le championnat reprendra le 24 juillet avec la saison 2015/2016 et le championnat d’ouverture mais cette fois-ci à 16 clubs. Comme la plupart des pays d’Amérique Latine, il fonctionne avec des tournois courts (quelle horreur !), un d’ouverture et un de clôture et désigne deux champions par an. Trois clubs sont relégués en Primera B à l’issue du calcul d’un coefficient sur les deux championnats (d’ouverture et de clôture) digne d’un Docteur en mathématiques.

Partie 1 : les clubs de Santiago

La suite tournera autour des clubs de province

La ville de Santiago, la capitale, avait sept clubs engagés en première division jusqu’en en mai dernier :

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliColo Colo : sûrement l’équipe chilienne la plus connue à l’étranger, de par son histoire, ses titres, et les joueurs qu’il a produit (, , , ou Arturo Vidal entre autres), mais je pense surtout de par son nom, pas loin d’être l’un des plus amusant au monde à prononcer. Ce nom n’est pas sorti d’une volonté d’originalité de la part des fondateurs du club, mais c’est le nom d’un grand guerrier indien Mapuche (la principale minorité du Chili) mort au 16ème siècle qui s’appelait Colo Colo d’où aussi l’Indien présent sur son écusson. Les fondateurs du club au lieu de l’appeler du nom d’un héros de l’indépendance (d’origine européenne principalement) ont fait preuve de courage et ont préféré un héros « local ». C’est le seul club à avoir disputé toutes les saisons possible du championnat professionnel chilien. Il est à ce jour aussi le seul à avoir remporté la Copa Libertadores, en 1991 (les « A jamais les premiers » chiliens). C’est le club le plus titré du pays et le plus populaire. Le club possède une équipe féminine. Le match contre l’Universidad de Chile est le Clasico du championnat chilien. Le club est un des 4 clubs du Chili propriétaire de son stade. On surnomme parfois aussi l’équipe el « Cacique ». Il existe aussi une section basket qui est d’ailleurs le champion en titre. Le club possède plusieurs clubs amateurs affiliés dans plusieurs autres villes du pays, mais aussi dans certaines communes de la banlieue de Santiago (imaginez un club amateur affilié à l’OM en région bordelaise par exemple). Allez jeter un coup d’œil sur le site des filiales, certains logos valent le détour : www.csdcolocolo.cl/filiales

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliUniversidad de Chile : deuxième club du Chili en termes de titres et de popularité, le club est à l’origine lié à l’Université du Chili, une université publique prestigieuse. En 1980 le club s’est défait de ses liens historiques avec l’Université du Chili, tout en gardant le nom et les symboles. Le club est plus communément appelé la « U ». Un des plus illustres joueurs à y être passé est Marcelo Salas qui y a en plus fini sa carrière en 2008. y a également terminé sa carrière de joueur et y a aussi débuté sa carrière d’entraineur, avec le succès qu’on lui connait. Les joueurs et supporters s’appellent entre eux « Chunchos » qui veut dire hibou en référence à l’animal présent sur le logo qui était le symbole du club nautique, un des clubs fondateurs de la U. Leurs adversaires les surnomment pour se moquer les « Lechuzas », les « Chouettes ». Le club a souffert dans les années 70 sous Pinochet, car une loi avait été promulgué interdisant les salaires supérieurs à celui du doyen de l’université, ce qui freina les clubs universitaires et poussa à l’exode de nombreux talents. C’était le club entrainé par l’argentin Jorge Sampaoli juste avant qu’il ne prenne les rennes de la sélection nationale du Chili. C’est l’entraîneur ayant obtenu les plus grands succès à la tête du club, avec notamment une Copa Sudamericana (l’équivalent local de l’Europa League) à son palmarès. Le club est entré en bourse en 2008 malgré la crise économique. Ils ont une section féminine et eux aussi ont une section basket, mais beaucoup plus petite.

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliUniversidad Catolica : plus communément appelé la « Catolica » est un peu un équipe de losers, souvent placée, mais rarement gagnante (un peu comme le Cruz Azul au Mexique ou l’Inter de Milan jusqu’à l’arrivée de Mancini, ou encore Schalke 04 par exemple). Au Chili, quand on fait une liste, pour la blague, on met toujours en deuxième position la « Catolica ». Le club est lié à l’origine à l’Université Pontificale Catholique du Chili, une université très élitiste et en lien avec l’église catholique. C’est l’université la plus prestigieuse du Chili. C’était un Cardinal, qui en 1927, avait validé l’écusson du club, chaque symbole et couleur étant relié au christianisme. C’est la troisième équipe la plus populaire du pays. Son logo est triangulaire, avec un fond blanc et une croix bleue en fond faisant référence à celle que portaient les Croisés sur leurs uniformes ce qui vaut aux supporters et joueurs du club le surnom de « Cruzados », les « Croisés ». Les couleurs de maillot sont inspirées du drapeau du Chili, comme c’était le cas de beaucoup de clubs dans les années 30. L’un des derniers joueurs important passé par le club est l’intériste et protégé de Marcelo Bielsa, Gary Medel. Un des 4 clubs propriétaire de son stade au Chili. Le club lui aussi, en tant que club universitaire a une section féminine et aussi de basket.

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliUnión Española : drôle de nom pour un club chilien… Il a été fondé par des immigrés espagnols en 1897, ce qui en fait un des plus vieux clubs du pays. C’est la deuxième équipe au nombre de participations au championnat professionnel chilien. Le club était entré en récession dû à la Guerre Civile Espagnole en 1939, ce qui fait qu’il débuta le championnat, mais ne le termina pas. Cinquième club le plus titré. A ce jour il n’été relégué qu’une seule fois, en 1997. Situation assez particulière à signaler, depuis mai 2008 le club est propriété de l’entreprise Universidad Internacional SEK Chile, un groupe d’universités privées, elle-même appartenant au groupe espagnol homonyme (sans Chile bien sûr). Un des 4 clubs professionnels du Chili propriétaire de son stade, le plus vieux du pays. Son rival historique est l’Audax Italiano, dont le match entre les deux équipes est surnommé le « Clasico des colonies ». L’écusson du club est une référence directe à celui de la monarchie espagnole. Les couleurs de maillot sont aussi influencées par les couleurs de celui de l’équipe d’Espagne. Le surnom des supporters et joueurs est les « Hispanos ». C’était un club multisport à l’origine avec une équipe cycliste (dès l’origine du club) puis de basket et de tennis. Il possède une section féminine.

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliAudax Italiano : drôle de nom pour un club chilien… Fondé par des immigrés italiens, au départ en tant qu’équipe cycliste. Audax vient du latin, traduction de « osé », terme utilisé fréquemment pour désigner les cyclistes au début du siècle dernier. Ce n’est qu’en 1924 que la branche football est créée. Ce n’est plus qu’un club de football à l’heure actuelle. Son logo est composé d’une roue de vélo, en hommage à ses origines cyclistes, avec à l’intérieur les trois couleurs du drapeau italien, vert, blanc, rouge. La couleur du maillot est, là-aussi, une référence directe aux origines italiennes, en vert et blanc. Ses supporters sont surnommés les « Italicos ». L’Audax a une équipe féminine. A joué le premier match professionnel chilien de l’histoire contre Morning Star (autre club de Santiago n’ayant pas de référence territoriale) en 1933. Le club a dans les années 2000 rajouté le nom de La Florida à son logo, qui est une commune de la banlieue de Santiago dans laquelle le club joue et est domicilié. Le club possède une section féminine.

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliPalestino : drôle de nom pour un club chilien… Un nom qui peut paraître d’autant plus étrange pour un pays comme le Chili, c’est tout du moins celui qui mérite le plus d’explication. Faisons un petit détour historique. Début du 20ème siècle (1er tiers), une vague d’immigration arrive au Chili, sur impulsion du gouvernement de l’époque pour peupler les zones rurales du Sud du Chili. Et parmi eux des immigrants palestiniens, essentiellement des chrétiens de Palestine. Cette immigration fait du Chili le pays ayant la plus grande communauté palestinienne du monde hors du monde arabe, ce qui est assez amusant, étant plusieurs dizaines de milliers de kilomètres de Palestine. Il n’est d’ailleurs pas rare au Chili d’entendre des gens dire avoir un nom d’origine palestinienne (comme aussi des noms d’origine française, allemande ou anglaise). On estime aujourd’hui à près de 400.000 Chiliens descendants de Palestiniens. Il y a plusieurs années le capitaine et quelques joueurs de l’équipe nationale de Palestine étaient chiliens, alors qu’ils étaient nés hors de Palestine et n’avaient jamais foulé le sol de leurs ancêtres. Même si la plupart des joueurs du club Palestino ne sont plus d’origine palestinienne, mondialisation du foot oblige, beaucoup disent que l’ont ressent une émotion particulière à jouer pour ce club (cf. So Foot n°114). Les dirigeants sont par contre toujours des descendants de Palestiniens et prennent des mesures controversées et polémiques, comme en janvier 2014 où ils ont décidé de remplacer tous les numéros 1 des maillots par une carte de la Palestine d’avant la création d’Israël en 1948. Le club est né au cours d’olympiades des colonies chiliennnes, qui se déroulaient dans la ville d’Osorno, au Sud du Chili en 1920. A ses origines, le club n’engageait que des joueurs d’origine palestinienne et plus globalement arabe, mais une fois arrivé au monde professionnel en 1952, il a commencé à recruter tous types de joueurs. En première division, dès ses débuts, le club a gagné le surnom de « Millionarios », les « Millionaires » du fait du très important investissement réalisé par les propriétaires d’origine arabe (à ne surtout pas comparer avec les investissements actuels des pays du Golfe). A noter que le sponsor principal depuis 2013 est Bank of Palestine, qui est une banque de Palestine, et l’accord de sponsoring a été signé pour 20 ans ! C’est amusant aussi de savoir que la banque n’a même pas de version espagnole de son site, c’est même à se demander si elle a une quelconque activité au Chili. Le club reçoit régulièrement du soutien directement de Palestine (que ce soit du gouvernement et de Mahmoud Abbas en personne comme avant le match décisif pour la qualification pour la Copa Libertadores en 2014, soit de la presse, où de l’argent comme avec la Banque de Palestine comme sponsor par exemple). Etant donné que c’est le seul club au monde à porter le nom de la Palestine, c’est aussi un outil de communication à son échelle pour la cause palestinienne. Les joueurs et les supporters sont souvent surnommés les Arabes. Il existe une section futsal. C’est le premier club du Chili à prendre la forme d’une société anomyme en 2004. Là aussi le club possède une équipe féminine et à noter que c’est le seul des clubs de Santiago à avoir une rubrique à part entière sur son site pour le football féminin, car l’on retrouve la section féminine sur le site de tous les autres clubs dans la catégorie jeunes.

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du Chili

Nous nous identifions au Palestino comme s’il était la seconde sélection nationale de notre peuple
Mahmoud Abbas, président palestinien, après la qualification historique du Palestino pour la Copa Libertadores

Huaicocheros, Millionarios, Cruzados, Lechuzas : à la découverte des clubs de Santiago du ChiliAthletic Club Barnechea : Club très modeste dont c’était la toute première saison dans l’élite. Leur surnom est les Huaicocheros, car le club se situe dans une zone où vivait anciennement une tribu indienne, les Hauycochos. A l’origine un club de tir, sous le nom de Deportivo Santa Rosa de Barnechea, en référence à la paroisse du coin (tiens tiens, encore une histoire de curé) . Suite à une querelle avec le chef de la paroisse, le club est resté sous le nom de Deportivo Bernechea en 1943. Ils sont arrivés aux ligues professionnelles qu’en 2011. Le coach actuel, Francisco Bozan est le plus jeune de l’histoire du football professionnel chilien, avec seulement 27 ans. Sont descendus et joueront en Primera B dès juillet. Ce club est l’exception qui confirme la règle car c’est le seul club de Santiago qui fait ouvertement et exclusivement référence à son appartenance géographique dans son nom, mais aussi le plus éloigné du centre historique de la capitale, ceci expliquant peut-être cela.


Trois clubs sur cinq basés à Santiago ont un nom faisant référence à un autre pays, ce qui prouve l’importance que l’immigration au début du siècle dernier a eu sur le football local. Un des rares exemples français au niveau professionnel que nous pourrions citer à titre de comparaison est le club de Créteil Lusitanos, référence directe à l’origine portugaise des fondateurs du club.

Rendez-vous très vite pour la deuxième partie et les clubs de province, avec là aussi pas mal de surprises !

Assoiffé de foot depuis tout petit (en fait depuis le penalty raté de Roberto Baggio en finale de la World Cup 94), il se construit sa culture foot à travers ses voyages. Que ce soit par la Pologne, d’où il tire une partie des ses origines, mais surtout après avoir vécu le football en Amérique Latine. Il se passionne pour les passionnés du foot où qu’ils soient dans le monde. Il est président depuis 2012 d’un club de football multiculturel à Marseille.

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