Vincent Bezecourt, ex joueur des New-York Red Bulls nous raconte son parcours. Entre Miami, New-York, Brooklyn ou encore Erevan en Arménie, le milieu de terrain français est un vrai globe-trotter.

« Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs ? »

« Vincent Bezecourt, 27 ans. J’ai grandi dans le Sud-Ouest dans un petit village qui s’appelle Ségos situé à côté de Aire-sur-l’Adour (Landes). J’ai commencé le foot à la « Violette Aturine » qui est le club de Aire-sur-l’Adour et par la suite, en  U13 je suis parti au « Stade Montois » puis je suis parti en sport-étude en région bordelaise à Mérignac et du coup j’ai rejoint la « Jeunesse Villenavaise » en banlieue de Bordeaux. Donc là j’ai fait U17, U19 jusque senior. Jamais de centre de formation, toujours dans une structure amateure et tout en étant étudiant. Et ensuite j’ai fait le « jump » (saut) aux États-Unis. »

« Qu’est ce qui t’a motivé à partir aux États-Unis ? »

« Un petit peu de tout, niveau foot je voyais déjà que ça bloquait un petit peu. Chaque année j’avais pas mal de contacts mais pas très concrets qui venaient de clubs professionnels notamment les Girondins qui, chaque année, me suivaient, qui me parlaient à moi ou à mes parents. J’ai eu des tests mais ça ne s’est jamais concrétisé. De plus, j’arrivais en fin de cursus scolaire aussi donc j’avais mon IUT Tech de Co mais cette année on montait en CFA donc je suis resté une année de plus. J’ai fait une licence management du sport et après ça c’était un peu une « fin de cycle » et c’est à ce moment que je me suis dit « Bon, si je dois partir, c’est maintenant ! »»

« Justement, par rapport à ce départ aux États-Unis, quand tu y es allé, tu es parti seul ou tu étais accompagné par un organisme ou avec tes proches ? »

« Je suis parti avec un organisme qui s’appelle « FFF USA » donc c’est E. Lacroix et J. Meary qui ont monté cet organisme spécialisé dans le fait d’envoyer des joueurs français dans les universités américaines. J’avais fait les démarches l’année précédente, mais comme on montait en CFA, le club de Villenave voulait me garder et je n’avais pas reçu d’offres qui me plaisaient énormément provenant notamment de Géorgie, d’Alabama ou autres. Des offres qui ne font pas forcément rêver même si au final maintenant que j’ai du recul, je sais que même ça, ça aurait été génial. Mais l’année d’après, j’ai eu une offre à New-York, à Saint-Francis Brooklyn et là je n’ai pas réfléchi, il fallait que j’y aille ! J’avais toujours rêvé de vivre à New-York donc c’était parfait. »

« Quand tu arrives au collège de Saint-Francis, comment se passe ton intégration ? Est-ce que ça a été compliqué de t’adapter ?»

« Ça a été compliqué par rapport à la langue, moi j’étais vraiment nul en anglais. Mais les joueurs étaient comme moi, on était énormément d’européen et de sud-américains dans l’équipe et le fait d’être tout le temps ensemble nous faisait sentir comme une famille. Le logement était particulier aussi, à Bordeaux j’étais super bien j’avais un appartement c’était génial et là-bas tu arrives on te place dans une chambre avec 4 personnes. Vraiment l’expérience universitaire à fond ! Mais au final, l’expérience humaine était vraiment top. Le plus difficile était de suivre les cours en anglais, de suivre le rythme aussi entre les cours, les entraînements, les séances de musculation. Et pour un mec qui ne sait pas parler anglais en plus tu dois retravailler le soir en plus ! »

« Est-ce que tu as ressenti une différence au niveau de la ferveur autour du soccer du coup, puisque c’est comme ça qu’ils l’appellent là-bas, pour eux le football c’est le football américain. Est-ce qu’il y a une différence comparé à l’Europe ? »

« À l’échelle universitaire, il n’y a pas photo, le sport universitaire aux États-Unis c’est génial comparé à ce que ça peut être en France ! Mais le soccer en université ne rivalisera jamais avec le basket, le football ou encore le base-ball.»

« Ensuite, tu joues avec Brooklyn durant l’été ? »

« En fait, la saison universitaire se fait en automne, de août jusque décembre. Et pendant le spring (printemps), tu n’as pas vraiment de compétition. Donc j’avais fait deux saisons en championnat universitaire et entre temps, l’été, je suis parti jouer avec les Brooklyn Italians qui jouent dans l’équivalent de la 4ème division aux États-Unis.»

« Et après ça justement, tu pars à New-York, comment s’est fait ce changement ? »

« C’était assez inattendu ! Parce que quand tu finis ton diplôme, c’est à ce moment que tu peux faire lesaut dans le monde professionnel que ça soit via la Draft ou des contacts. J’étais éligible à la Draft, l’agence et moi pensions que j’allais être drafté mais ça n’a pas été le cas. Par contre il y a la cellule de recrutement des New-York Red Bulls qui m’avait repéré. Je pense que le fait que je sois géographiquement assez proche d’eux ça a aidé. En plus de ça, comme le coach assistant de mon université s’entend très bien avec le coach assistant des Red Bulls, il lui a dit « Voilà, j’ai un joueur ici qui est très intéressant, il faut que tu le voies ! ». Donc ils m’ont invité pour une détection de deux jours où ils avaient réuni tous les meilleurs joueurs universitaires. J’étais impressionné ! On était une soixantaine de joueurs et on a été que deux à être invités en pré-saison.»

https://twitter.com/NewYorkRedBulls/status/896071934974152704

« Et tu restes à New-York jusqu’en 2019, c’est bien ça ? »

« Ouais, c’est ça. En fait je fais une superbe préparation mais par contre il y a des quotas d’étrangers et je sentais que j’étais au niveau même pour la MLS mais ils n’avaient pas de place pour un étranger comme moi. Ils m’ont dit qu’ils voulaient me garder donc ils m’ont proposé un contrat en réserve pour me développer et après ça, si ils étaient contents de moi, ils me faisaient monter en équipe première. Donc j’ai fait tout 2016 avec l’équipe réserve où on gagnera tout d’ailleurs. Et je fais la moitié de 2017 avant de me retrouver promu en équipe première. »

« Pour revenir à cette saison 2015 / 2016, vous réalisez le doublé, coupe et championnat. Comment on se sent après une telle saison?»

« Le tout c’est que tu es quand même dans une réserve professionnel et ton but au final, même si oui, on a gagné saison régulière, tu sens que tu n’y es pas arrivé parce que tu n’es « qu’en équipe réserve », tu t’entraînes deux trois fois par semaine avec l’équipe pro et tu sais qu’au fond de toi, ta place est en équipe pro. Donc tu es content, oui c’est bien, tu as tout gagné, tu as de bonnes statistiques donc la lumière est un peu sur toi mais tant que tu n’es pas monté en équipe première, ça ne sert pas à grand-chose. »

« Et comment tu t’es senti la toute première fois où, justement, tu as joué avec l’équipe première ? »

« D’abord, je ne m’y attendais pas du tout parce que on m’a fait signer le dernier jour du mercato dans les derniers instants. Tout s’est enchaîné très vite, trois jours après j’étais dans le groupe pour le match et c’était un match à la maison contre Orlando, il y avait et là tu sens, même en étant sur le banc, que tu as un peu de pression parce que le stade est rempli, l’ambiance n’a rien à voir, tout comme la qualité de jeu. Tu sens que tu changes de dimension un petit peu, surtout au niveau de l’environnement. Cela a toujours été un souhait, mais je ne me suis jamais dit « Je vais jouer contre ce mec là ». Même quand j’étais en université et que je regardais des matchs de MLS, je ne me disais pas que j’allais jouer dans ces stades là.»

« T’as eu la chance de côtoyer un petit peu

«On n’a pas été dans la même équipe mais c’est quand même un emblème à New-York ! Il est revenu deux trois fois, pour quelques matchs ou entraînements. Je me rappelle de cet entraînement, où s’entraîner avec Thierry Henry c’est vraiment top ! Le mec avait encore son casier avec tout de prêt dedans ! Tu sens que c’est quelqu’un de très spécial là-bas. »

« Ensuite, lors de la saison 2017 / 2018, avec l’équipe première, tu remportes le « Supporter Shield », comment tu te sens après avoir remporté un trophée avec l’équipe première ? »

« C’est un peu mitigé, parce que je commence ma première saison « entière » avec l’effectif MLS et à ce moment là donc le coach c’était Jesse Marsch, qui est maintenant à Salzbourg, vraiment super coach ! Ça se passe très bien au début, je joue, il me fait confiance, à chaque fois que je joue je fais des bonnes performances. Mais je me fait mal au genou et à la mi-saison, au même moment Jesse Marsch s’en va. Je me fais le ligament interne du genou gauche, donc je m’assois deux mois et demi trois mois et sur mon premier match de retour, on me met en réserve pour reprendre le rythme et je rechute lors du match. J’ai eu deux déchirures complètes du ligament interne du genou, à deux endroits différents en plus du ligament et là ils m’ont annoncé que si rien n’était fait, j’allais finir par me faire les croisés donc j’ai du me faire opérer et au final j’ai fait qu’un moitié de saison. Mais à la fois au début, oui j’ai fait une très bonne première partie de saison où je jouais des matchs et j’ai donc participé au succès de l’équipe mais d’un autre côté à la fin de saison, le succès où on gagne le « Supporter Shield », je l’ai vu des tribunes.»

« Comment tu t’es senti pendant cette période de blessures et de redescente en réserve?»

« Ça a été ma première grosse blessure donc je l’ai un peu mal vécu forcément. Surtout quand tu es au centre et que tu vois tous tes potes s’entraîner et que toi tu es enfermé. C’est comme une petite prison, tu n’as rien d’autre à faire que d’attendre. Malgré tout j’ai quand même eu de la chance, si on peut appeler ça de la chance, mon colocataire Florian Valot, qui est encore en MLS, qui est très bon d’ailleurs, s’était fait les croisés. On était colocs, français tous les deux, blessés tous les deux donc on s’aidait, c’était un peu plus facile. »

« Après New-York donc en 2020, tu pars à Miami. Comment s’est passée ton arrivée là-bas?»

«New-York il n’y a pas photo déjà tu sens que tu es dans une structure professionnelle et tu es traité comme tel, tu as tout à disposition. À Miami tu sens que c’est un peu moins structuré, c’est la deuxième division donc il y a quand même des moyens derrière, tu t’entraînes sur terrain synthétique, le staff médical ce n’est pas pareil, on ne te propose pas de nourriture pendant et après les entraînements, même lors des matchs. Tu es un peu plus livré à toi même. Par contre cadre de vie exceptionnel. La deuxième division se développe énormément mais j’étais parti là-bas dans le but de rebondir, de jouer. Je voulais vraiment jouer parce que je n’avais pas trop joué la saison d’avant à cause des blessures. Malheureusement c’était l’année du COVID donc on n’a joué que 14 matchs dans l’année mais ça faisait du bien de rejouer même si ça n’a duré que quatre cinq mois.»

« Ensuite, en décembre 2020, tu es libéré de ton contrat, comment tu vis ce moment ? Est-ce que t’as peur pour ta carrière un petit peu ?»

« En fait, c’est moi, j’ai un peu fait le fou ! Miami voulait me garder. La saison ne s’était pas super bien déroulée pour l’équipe parce qu’on a pas accroché les play-off. . Moi je venais de la MLS, je voulais rebondir en USL et repartir plus haut, j’avais de l’ambition. J’ai refusé deux offres de contrat de Miami pensant trouver quelque chose de mieux donc j’ai refusé, et au final le timing n’était pas idéal compte tenu de la crise sanitaire et dans le foot, on ne s’en rend pas compte mais les équipes sont dans le rouge. J’ai eu énormément de touches dans des championnats qui me plaisaient comme la Grèce où j’aimerai trop jouer. Mais encore une fois rien de concret, plein de contacts et peu de concrets. Au final je n’ai rien eu. Du coup je suis revenu à la charge pour Miami sauf qu’ils étaient passés à autre chose avec toujours ce quota d’internationaux en deuxième division, ils en avaient déjà pris d’autres. Je savais que revenir aux US ça allait être compliqué et après j’ai pris la première chose que j’avais sous la main et c’était l’Arménie. »

« Tu arrives en Arménie il y a maintenant un petit peu plus d’un mois, tu signes pour Alashkert. Cette décision, c’est mûrement réfléchie ou alors tu as pris la première offre venue ? »

« J’avais quand même pas mal de contacts que j’ai refusé. Ensuite, ce club avec qui j’étais en contact me propose de venir à l’essai. Sauf qu’on m’avait fait des promesse mais au final ça faisait une semaine que j’étais à l’essai et on m’a fait une offre de contrat mais nulle, de l’irrespect total. Suite à ça je rentre en France avec l’impression qu’ils s’étaient moqués de moi et je savais que j’avais un plan B pour finir la saison en Andorre, dans le championnat andorran, et je me dis « Ok, je vais en Andorre, c’est à côté de la maison, je fais trois quatre mois là-bas et après on verra cet été comment ça se passe ». Au final en Andorre, vu que c’est un pays à part entière, il y a des problèmes d’immigration. Il me fallait mon casier judiciaire français, qui est vierge forcément, et américain aussi, lui aussi est vierge mais pour l’obtenir, il faut passer par le FBI, un vrai bordel. Dans la précipitation j’ai quand même perdu un mois et demi. Je me suis dit « Qu’est ce que je fais ? ». Donc j’ai rappelé le club d’Arménie ici, qui me voulaient encore donc en trois jours je suis parti de l’Andorre pour arriver ici à Erevan. »

« Ton intégration en Arménie, elle a été plus difficile qu’aux États-Unis ?»

« Ici on parle arménien et c’est ex-soviétique surtout donc la deuxième langue c’est le russe et les locaux n’ont pas un bon niveau d’anglais donc ce n’est pas facile de se faire comprendre. Mais c’est une expérience, ça me fait marrer un petit peu ! Surtout quand j’étais à l’essai, avant les matchs, les séances vidéo c’était en russe, c’est des trucs marrants à vivre ! Après on est quand même pas mal d’étrangers dans le club donc j’arrive à parler anglais avec quelques. Mais que ce soit avec le coach ou certains joueurs c’est difficile. »

« Qu’est ce que tu attends de cette nouvelle aventure avec ton nouveau club arménien ? »

« Surtout de retrouver le rythme, de retrouver une structure professionnelle dans laquelle je pouvais m’entraîner et jouer des matchs compétitifs et essayer de retrouver quelque chose cet été d’un peu plus adapté à mes ambitions. Mais ici je veux jouer ! Malheureusement là je me suis fait une petite contracture, je dois m’asseoir un petit peu de temps. On est encore en lice pour le titre de champion d’Arménie, on est aussi en demi-finale de la coupe d’Arménie. Enfin, essayer aussi de profiter à fond de cette expérience humaine et sportive et pourquoi pas essayer de ramener un trophée. »

« Ce serait quoi pour toi l’objectif ultime dans ta carrière ? »

« Il y a quelque chose qui me plaît et qui est peut-être faisable ici en plus c’est la Ligue Europa ou la Ligue des Champions. Si la Ligue des Champions reste assez compliqué à atteindre, ici les trois premiers du classement jouent les matchs de barrage pour l’Europa League. Jouer avec une petite équipe contre des grosses équipes européennes ce serait quelque chose de top ! »

« Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? L’Europa League ? Un retour dans une plus grosse écurie ? »

« D’éviter les blessures avant tout ! L’idéal serait de retrouver une meilleure écurie européenne. Je suis ouvert à tout, récemment je pensais tenter l’Asie ou l’Amérique du Sud. Je rêve du Japon, je ne sais pas pourquoi mais j’adore ce pays mais la ferveur sud-américaine c’est quelque chose que j’aimerai ressentir donc à voir… Peut-être que je reviendrai en France. »

Thomas Rouzic

Arrivé chez PKFOOT en 2021. Mordu de foot, supporter du PSG depuis 2008.