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Le FC Barcelone a repris son bien, en détrônant l’Atletico Madrid pour s’adjuger son 23e titre de champion d’Espagne. Messi et Ronaldo ont évidemment affolé les compteurs à nouveau, mais résumer la Liga à un simple duel entre les deux meilleurs joueurs de la planète serait réducteur, tant la qualité existe en Espagne. Que retenir de cette cuvée 2014/15 ?

Le FC Barcelone a réussie sa mue

L’équipe actuelle du Barça n’a presque plus rien à voir avec celle de Guardiola, tout du moins dans le jeu, car beaucoup de joueurs sont encore là. Aujourd’hui, l’équipe catalane est plus spontanée, même si les joueurs sont évidemment capables de passer par une longue phase de conservation de balle lorsque le contexte l’impose. Ce changement s’explique par plusieurs facteurs : il n’y a pas de second Xavi. Dépositaire du tiki-taka, son remplacement progressif, matérialisé par un temps de jeu moins important qu’à l’accoutumé, a forcé l’équipe à changer. En outre, et Suarez sont des joueurs qui ont besoin d’espaces, et qui aiment le jeu direct. Pour ne pas gâcher leur talent, et dans la mesure où Messi peut briller dans n’importe quel registre, Luis Enrique a opté pour des offensives plus variées, moins maîtrisées parfois, mais diablement efficaces, car pratiquées par des génies. Barcelone s’appuie plus sur ces individualités qu’à l’époque de Guardiola, et ressemble d’avantage à l’époque -Eto’o, si tant est qu’on soit obligé de comparer l’équipe actuelle à ses devancières. Mais 2015 restera, pour ce titre de champion et le niveau de jeu affiché par l’équipe, une grande année pour le Barça.

Derrière, le Real Madrid n’a pas démérité, mais l’équipe a trop souffert des indisponibilités de James, Benzema et surtout Modric. L’Atletico Madrid n’a pas réussi à conserver sa couronne, mais a assuré l’essentiel : une participation à la prochaine Ligue des champions. Mais d’une manière générale, les détracteurs de la Liga pourront encore arguer qu’il s’agit d’un championnat où 2 équipes se tirent la bourre, ne laissant que des miettes aux autres. Ceux qui suivent ce championnat plus attentivement retiendront que c’est probablement en Espagne qu’on trouve les équipes les plus séduisantes en termes de jeu proposé, et d’individualités marquantes. C’est déjà ça, même si on aimerait évidemment plus de suspense pour la course au titre.

Le meilleur joueur : Messi, évidemment

S’il a évidemment beaucoup marqué cette saison encore, Messi m’a beaucoup plu cette année pour autre chose que ses réalisations, fussent-elles des chefs d’œuvre pour certaines. Pour permettre à l’équipe d’être plus forte, il fallait qu’il laisse de la place à et Suarez, là où il ne l’avait peut-être pas suffisamment fait pour d’autres, comme David Villa, Alexis Sanchez ou Zlatan Ibrahimovic. Ainsi, au lieu de s’accaparer l’attaque, il l’a partagé comme rarement ces dernières années. A droite, dans l’axe, à gauche : l’Argentin était partout, au service de l’équipe et non de ses propres statistiques. Mieux, il a même laissé tirer un penalty, chose encore improbable il y a quelques années. Selon moi, ce Messi 2015, plus impliqué dans la construction, évolue à un niveau de jeu supérieur à celui qui était le sien lors des années où il a remporté le Ballon d’Or.

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Le coup de cœur : ce FC Séville est un régal

Le FC Séville n’a pas les armes pour lutter contre le Real Madrid ou le Barça. Mais quelle belle équipe, au sens propre du terme : on aime la voir jouer, car ce que proposent les joueurs est beau. Un impact athlétique important, un niveau technique élevé, de la vitesse : rien ne manque à cet effectif talentueux. Certains joueurs m’ont particulièrement plu, pour plusieurs raisons différentes : le talent pur de Reyes, l’état d’esprit irréprochable de Gameiro, qui accepte un rôle de joker qu’il répudiait à Paris, l’efficacité de Bacca, les rushs de Vidal, la vista de Banega, l’élégance d’Iborra, ou encore la rage de Krychowiak. Je n’ai jamais compris pourquoi aucun club français n’était allé le chercher quand il était à Reims, puisqu’il était énorme à chaque duel face à un gros calibre du championnat français. Tant mieux pour cette équipe de Séville, qui à défaut d’avoir des machines sur le terrain, a un effectif truffé de très bons joueurs de foot, avec leurs limites et défauts qui les rendent attachants. A défaut de régner en Espagne, Séville a réussi à gagner sa seconde Ligue Europa d’affilée, ce qui est tout sauf une mince performance.

  • Luis Suarez a fait taire les impatients. Pour une première saison en Espagne, qui plus est tronquée par plusieurs mois de suspension, l’Uruguayen a énormément contribué à la réussite du Barça. Son intégration est plus que réussie, et le meilleur est encore à venir
  • Nolito a régalé les fans du Celta Vigo cette saison. Hargneux, bon dribbleur, efficace devant le but, l’international espagnol a un talent indéniable
  • Jonathas a surnagé à Elche, à coup de buts et de gestes techniques de très haut niveau
  • Paco Jemez et le Rayo Vallecano prendront des valises chaque année, mais le jeu ambitieux qu’ils proposent leur offre une nouvelle fois un maintien tranquille. Le Real Madrid n’osera jamais lui proposer le poste d’entraineur, mais Dieu que ce serait intéressant de le voir à la tête d’un effectif plus fourni

Le joueur qui a le plus progressé : Neymar, de la classe des plus grands

On a tendance à l’oublier, mais est encore jeune, et entamait sa seconde saison seulement en Europe. Après un an d’adaptation, et une Coupe du monde où on l’a vu assumer ses responsabilités et gagner en confiance, le Brésilien a confirmé cette saison qu’il était un joueur de classe mondiale. Auteur de 22 buts cette année, soit plus du double que lors de la saison précédente, le Brésilien a surtout pris de l’épaisseur dans les duels, et a pleinement profité du jeu plus spontané pratiqué par le Barça. Plus sollicité, plus amené à arriver lancé que lors du dernier exercice, Neymar est devenu un vrai cadre de cette équipe. Mieux, il est même devenu le second joueur de l’histoire à marquer lors des quarts de finale et demi-finales aller-retour en Ligue des champions cette saison. Seul Morientes y était parvenu.

L’espoir : Paco Alcacer, par amour du jeu

On attendait Negredo pour mener l’attaque de Valence. Le joueur, revenu au pays faute d’épanouissement total à Manchester City, devait marcher sur les traces des nombreux attaquants espagnols de renom ayant porté les couleurs du club. Mais finalement, c’est son jeune compatriote qui lui a volé la vedette. Paco Alcacer, a crevé l’écran cette saison. L’international espagnol de 21 ans a encore des progrès à faire, mais il est très intéressant : bon des deux pieds, il sait faire le bon appel au bon moment, pour éviter le hors-jeu. Spécialiste pour couper un centre au premier poteau, il est également altruiste, et sait s’effacer pour un coéquipier mieux placé, ou faire des déplacements dans le seul but d’étirer la défense adverse. Paco Alcacer jouit du parfait environnement à Valence, passé maître dans la formation (et post-formation) de jeunes joueurs talentueux. Le fait qu’il ait marqué le but permettant à Valence de terminer 4e du championnat récompense sa belle saison.
J’ai longuement hésité avec Luciano Vietto, excellent avec Villarreal cette saison.

La recrue de l’année : Griezmann, le meilleur est encore à venir

Il a battu le record de buts inscrits en Liga par un joueur français sur une seule saison, avec 22 réalisations, record personnel. Ce chiffre, déjà énorme en lui-même, l’est encore plus quand on met en lumière le fait qu’Antoine Griezmann ne comptait que 3 unités au compteur lors de la 15e journée de championnat ! Auteur d’une deuxième partie de saison tonitruante, le Français n’a pas été épargné par son coach, qui attendait plus de lui, et qui n’a cessé de le répéter dans la presse. Diego Simeone a volontairement fait de lui un élément comme un autre dans sa rotation, afin de l’endurcir, et de le titulariser réellement que lorsqu’il aurait les épaules suffisamment larges. C’est le cas aujourd’hui. Plus prompt à se démarquer et à jaillir dans la surface, l’attaquant de l’Atletico Madrid n’a cependant pas perdu cette spontanéité qui faisait sa force, et cette énergie incessante qui lui permet de multiplier les provocations balle aux pieds. Griezmann était un espoir, Simeone en a fait un excellent joueur. A lui de devenir un grand.

Le flop : la politique de recrutement du Real Madrid

La seconde place ne peut être considérée comme mauvaise. En outre, le Real Madrid a longtemps cru pouvoir gagner un titre, en championnat comme en Ligue des champions. Mais les espoirs étaient-ils légitimes ? Dans le contenu de ses matches cette saison, l’équipe de Carlo Ancelotti semblait moins sereine que l’an passé, plus dépendante encore des fulgurances de ses individualités, et très éloignée du niveau affiché par le FC Barcelone en seconde partie de saison. Le souci s’est situé au milieu de terrain… là où se gagnent la plupart des matches aujourd’hui. Certes, James et Isco sont de formidables joueurs de ballon, et Kroos n’est pas vilain non plus, loin de là. Mais Modric, souvent blessé, a terriblement manqué à son entraineur, qui a aussi composé avec les départs de Xabi Alonso et Di Maria, qu’il souhaitait conserver, mais qui ont dû partir pour faire de la place aux recrues estivales. Les Madrilènes ont été (ou se sont) privés de leurs trois hommes forts de l’entrejeu, et ont aligné toute la saison un onze de départ aussi peu équilibré qu’un onze-type de la FIFA. Si le talent suffit pour faire la différence la plupart du temps, l’écart étant parfois abyssal dans ce domaine, cela ne pardonne pas sur le long terme. Comme lors du départ de Claude Makelele il y a 10 ans, Florentino Perez ignore les considérations sportives lors de son recrutement et, même s’il injecte plus de talent dans son effectif, atténue ce qui en faisait la force: le collectif. Carlo Ancelotti n’en était pas le responsable, ça ne lui a pas empêché d’en être la victime.