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Bordeaux : un 4-4-2 « diamant » pour briller ?

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Bordeaux : un 4-4-2 « diamant » pour briller ?

Impossible d’explorer la tactique dans le football sans évoquer le dispositif de jeu. Des traditionnels 4-4-2 et 4-3-3 aux plus originaux 3-1-3-1-2 et 5-3-2, les schémas tactiques semblent de plus en plus flous pour le grand public et en viennent parfois à perdre leur véritable intérêt ; celui de définir le placement des joueurs les uns par rapport aux autres et de déterminer leur champ d’action sur l’ère de jeu. Parce que oui, brisons tout de suite la glace, la réussite d’un système dépend avant tout de l’animation qu’on lui donne.

Lorsque l’on parle de dispositifs, difficile de passer à côté du classique 4-4-2, fréquemment utilisé dans le football moderne. Il convient toutefois d’en déceler deux variantes principales ; le 4-4-2 « à plat » et le 4-4-2 « losange » (ou « diamant »). C’est sur ce dernier que nous allons concentrer notre intention, puisque c’est celui qu’a choisi pour reconstruire sa formation et redonner une certaine solidité à son bloc-équipe.

Le contexte

C’est lors d’une période noire, marquée par un manque significatif de résultats (survenue durant l’hiver 2015, période de CAN…), que le staff bordelais a décidé d’essayer quelque chose de nouveau. Fini le système à deux ailiers et une pointe fixe instauré en préparation ; il faut désormais faire autrement avec les forces en présence. Le 4-2-3-1, utilisé jusqu’alors, est envoyé aux oubliettes et laisse place à un 4-4-2 diamant inédit sous l’ère Sagnol. Un système qui ne manque pas de faire remonter un zeste de nostalgie à certains observateurs puisque ce n’est autre que ce fameux 4-4-2 losange qui avait permis aux Girondins de devenir Champions de France en 2009, sous la houlette de Laurent Blanc… Mais laissons le passé au passé et concentrons sur les impératifs du présent. Nous sommes dans les premiers mois de 2015 et les Marine & Blanc sont en panne de résultats. Ils doivent impérativement se relancer sous peine de ne pas décrocher leur fameux billet pour une coupe européenne. Qui dit contre-performance dit par conséquent manque de confiance… Il est temps de changer les choses et l’adoption du 4-4-2 losange arrive à point nommé. Vous l’avez compris, le choix de ce dispositif n’est en rien anodin. Il est le fruit d’une réflexion poussée du technicien bordelais menée face aux aléas rencontrés au cours de la saison (résultats, blessures, suspensions…) et au potentiel tactique de son groupe. Un changement de stratégie payant puisqu’il mènera les Marine & Blanc en Europa Ligue, un impératif pour le club. Pour autant, le passage en 4-4-2 est-il gage de réussite pour Sagnol ?

Eléments de réponse et explications

Le principe du 4-4-2 losange, sa mise en place, ses atouts et ses contraintes…
Le 4-4-2 « diamant » dévoile une forme géométrique rigide au milieu de terrain, le losange, étant en définitive « un quadrilatère dont tous les côtés sont de même longueur ». Situer à hauteur du rond central et au cœur de jeu, ce « carré » forme à lui seul un bloc. C’est là l’essence même de la finalité de ce schéma tactique : densifier le milieu de terrain. Ce système de substitution permet ainsi à Sagnol de repartir sur des bases solides. En densifiant son milieu de terrain, le coach girondin protège par la même occasion sa défense. Une défense malmenée qui encaisse beaucoup trop de buts. Quoi de mieux que de la consolider pour y remédier et retrouver la confiance perdue ?

Il convient de remarquer que Sagnol utilise la variante « serrée » du 4-4-2 diamant, on parle alors d’un 4-3-1-2. A travers ce système, le coach bordelais cherche à former un véritable bouclier lorsque son équipe n’a pas le ballon. Le bloc est alors volontairement reculé afin que sa position basse lui offre une couverture optimisée. La distance entre les milieux est raccourcie et l’entre-jeu en ressort densifié. Les trois milieux centraux, désormais plus en retrait qu’à l’accoutumée, forment un trio qui doit systématiquement se déplacer ensemble, comme si ses membres étaient reliés les uns aux autres par un élastique. Une fois la phase défensive terminée et le ballon récupéré, cette disposition tactique en diamant permet aux joueurs d’effectuer des transmissions de balle rapides et de multiplier les solutions courtes à la construction.

Bordeaux : un 4-4-2 "diamant" pour briller ?

Les trois joueurs axiaux (la sentinelle et les milieux légèrement excentrés) sont chargés de garantir l’équilibre de l’équipe. Une condition physique inoxydable, une excellente lecture du jeu, une science du placement intuitive, un jeu de passes irréprochable et une certaine intelligence tactique s’avèrent donc être des qualités primordiales afin de garantir le bon fonctionnement du système. C’est même une nécessité pour pouvoir mettre le pied sur le ballon à certains moments du match, car le losange ne permet pas d’être au contact des adversaires directs au pressing. Si le milieu de terrain est incapable d’assurer la possession, les joueurs vont devoir beaucoup courir après le ballon. C’est pourquoi leur volume de jeu est très important.

Si le 4-3-1-2 force les milieux à jouer bas, il requiert aussi une modification comportementale de la part des défenseurs. La défense doit quant à elle se positionner assez haut, afin de réduire l’espace entre les lignes, sous peine de voir les attaquants adverses arriver lancés dans l’espace laissé vacant dans le dos des milieux, prêts à artiller… Dans cette disposition, les défenseurs centraux sont souvent amenés à jouer le hors-jeu et doivent posséder un bon jeu de tête afin d’annihiler le jeu long adverse, une solution de secours pour l’adversaire qui ne peut faire autrement pour rechercher la profondeur, si le coulissement défensif est bien exécuté. Dans ce cas, la disposition tactique en 4-3-1-2 bloque totalement les échanges dans les intervalles et réduit considérablement les espaces dans l’axe. L’objectif est clair : forcer l’adversaire à passer par les ailes. Il est donc plus aisé de défendre l’axe-ballon-but. C’est le plus de ce système. En phase défensive, les joueurs sont concentrés dans l’axe. Les adversaires sont donc obligés de passer par les ailes ou d’user du jeu long. Le système restreint les espaces dans l’axe et dans la profondeur. Les intervalles sont bouchés et les adversaires sont contraints de jouer dans la latéralité, ce qui minimise le danger en règle générale, encore faut-il effectuer convenablement la manœuvre suivante : ralentir la progression de l’adversaire (phase 1, les attaquants), densifier l’entre-jeu et contenir les joueurs adverses (phase 2, les milieux) et enfin récupérer le ballon (phase 3, les défenseurs)…

Vous l’avez compris, le 4-4-2 diamant ou sa variante du 4-3-1-2 permet à Sagnol et aux Girondins de retrouver une certaine solidité défensive. Mais si son bloc défensif est soumis à une rigueur extrême dans son positionnement et que les joueurs doivent être disciplinés, on ne retrouve pas cette rigidité lorsqu’il s’agit d’évoquer l’animation offensive qu’encourage ce système.
En effet, les deux attaquants possèdent une liberté d’action conséquente. Il faut toutefois qu’ils soient complémentaires afin de diversifier leurs courses. Quand l’un décroche pour jouer le rôle d’appui, l’autre doit prendre la profondeur et bénéficier du travail de son compère. Une remise de ce dernier pour son n°10 afin de lancer le second attaquant est l’un des mouvements offensifs phares que propose ce dispositif.

Offensivement, le système repose surtout sur la performance d’un homme, d’un métronome, c’est le fameux n°10. Le numéro 10, maillon délaissé de notre démonstration défensive, devient alors le joueur le plus important du dispositif. C’est à lui que sont confiées les clefs du jeu. Ainsi, le 4-4-2 losange demande souvent aux milieux de terrain d’effectuer des passes directes, qui cassent les lignes adverses, pour servir rapidement le numéro 10 qui, en tant que véritable chef d’orchestre, sera chargé d’organiser le jeu. Pas en reste, les latéraux sont aussi des facteurs déterminants de la réussite du système. Que ce soit défensivement ou offensivement, ils doivent remplir des tâches physiques comme techniques, par des courses et des efforts incessants. Selon le positionnement des milieux (axiaux) excentrés, les arrières latéraux se retrouvent souvent seuls face aux adversaires directs. Conséquence : ils doivent exceller en un contre un. Ils doivent aussi apporter leur contribution offensive, par des débordements, des centres ou même par des frappes au but.

Un dispositif en 4-3-1-2 préconise donc d’avoir le ballon à l’intérieur du jeu et de faire monter les latéraux très haut, ce qui permet d’évoluer sur toute la largeur. Cela oblige par conséquent l’adversaire à laisser de l’espace à l’intérieur. Offensivement, cette configuration créée naturellement des triangles et offre au 10 une liberté totale. Les munitions sont multiples avec la présence de deux pointes et d’options alternatives comme les montées des latéraux.

Un système en adéquation avec le groupe

Bordeaux : un 4-4-2 "diamant" pour briller ?Reprenons les principes majeurs du 4-4-2 diamant et appliquons les maintenant aux joueurs qui composent l’effectif bordelais. Défensivement d’abord, ce système suggère d’avoir un milieu de terrain dense, avec des joueurs dotés d’un volume de jeu important, d’une qualité technique irréprochable et d’une discipline tactique quasi-militaire. Tout l’équilibre de l’équipe repose sur le trio de milieux axiaux. Par chance, Sagnol a le choix au milieu de terrain et peut adapter ses choix aux exigences du système. Ainsi en choisissant par exemple une triplette Sertic – Chantôme – Plasil, le technicien obtient un trio expérimenté, pas avare d’efforts et doué techniquement et tactiquement. Ces joueurs doivent impérativement savoir conserver le ballon, sous peine de courir inlassablement derrière. Poko, bien que parfois mal placé tactiquement, possède un volume de jeu important et peut avoir sa carte à jouer dans cette disposition. Si les milieux de terrain bordelais semblent taillés pour ce système, ce sont pourtant bel et bien les défenseurs qui se fondent le mieux au dispositif. En effet, les imposants Pallois et Sané possèdent un bon jeu de tête, comme l’impose l’adoption du système, et sont solides dans les duels (tout comme Yambéré). Mais les éléments les plus importants du système défensif, nous l’avons vu, ce sont les latéraux. Ces derniers sont généralement réputés en Gironde. Si le bloc défensif fonctionne bien, le danger doit provenir des ailes, où les latéraux se retrouvent souvent en situation de un contre un. C’est pourquoi, il est nécessaire que les arrières girondins assurent leur rôle défensif, une bonne qualité de tacle et une faculté à emmener l’adversaire vers la touche sont alors primordiales. Les latéraux se doivent eux aussi d’être durs sur l’homme, c’est notamment le cas de Contento et c’est aussi la réputation qui précède le nouveau venu Milan Gajic.

Offensivement, les latéraux ne sont pas en reste et demeurent des maillons essentielles de la chaîne. Leur contribution offensive est déterminante dans l’exploitation de la largeur. Un domaine où excellait Mariano, parti au FC Séville, où il devrait faire admirer ses compétences dans un rôle de contre-attaquant, n’hésitant jamais à se projeter vers l’avant et à dévorer l’espace qui s’offre à lui. Nul doute que les supporters bordelais regretteront ses dribbles chaloupés et sa précision sur les centres… Son remplaçant serbe, qui peut aussi évoluer au poste d’ailier droit, est pressenti pour posséder les mêmes qualités… Espérons-le pour le bon fonctionnement du système à Sagnol. Nos trois milieux centraux quant à eux doivent mettre en exergue leur qualité technique afin de servir leurs partenaires convenablement. Un joueur comme Chantôme est notamment très précieux dans ce registre puisqu’il peut, par ses passes, casser les lignes adverses et trouver son n°10 (Khazri) dans les intervalles, ou encore ses attaquants dans la profondeur. Plasil est tout autant apte à le faire. Si la sentinelle (Sertic ou Chantôme) reste prudent et bas en phase offensive, ses deux compères, plus excentrés, doivent quant à eux se projeter dans la verticalité, ce que fait très bien Poko par exemple. Ils peuvent aussi être des solutions dans la latéralité à la construction. C’est alors que le repositionnement de Saivet en n°8 prend tout son sens. Nous l’avons vu, le but de ce système est de se projeter rapidement vers l’avant à la récupération. Le n°10, à la pointe du losange, doit alors être recherché en priorité. A partir de là, tout repose sur lui. C’est lui le dépositaire du jeu. Il doit alors être doté d’une technique au-dessus de la norme et d’une excellente vision de jeu, c’est le cas de Wahbi Khazri , véritable dynamiteur de l’animation offensive girondine. C’est à lui de faire la différence, par des dribbles, par une passe ou par une frappe. Avec la présence de deux attaquants devant lui et des latéraux à ses côtés, les solutions sont nombreuses et c’est à lui de faire le bon choix. De plus en plus, les attaquants n’hésitent pas à prendre la largeur, c’est notamment le cas de Diego Rolan, quand l’immense Cheick Diabaté fait briller son rôle d’appui et son jeu en déviation. Ils sont donc plus facilement serviables. A noter que Kiese Thelin peut aisément jouer le rôle de Diabaté pendant que Rolan peut être suppléé par Touré.

« Changez vos stratégies et tactiques, mais jamais vos principes » – John Kessel

Les solutions sont donc nombreuses pour Willy Sagnol, qui bénéficie d’un effectif fourni quantitativement et qualitativement (lire par ailleurs). Son schéma tactique en 4-3-1-2, dérivé du 4-4-2 diamant et de son fameux losange au milieu de terrain, semble en parfaite harmonie avec le potentiel tactique et technique de son groupe. Ce système, qui laisse une grande liberté d’action aux attaquants et au numéro 10 tout en assurant une certaine solidité défensive, a fait ses preuves en Gironde et devrait s’attirer la préférence du coach bordelais pour attaquer le championnat. Espérons pour les hommes au Scapulaire qu’il garantisse la même réussite que l’an dernier !

Passionné de sport en général, c’est la beauté du football qui m’a séduit plus particulièrement dès mon plus jeune âge par les émotions procurées, par la ferveur et l'engouement populaire qu'il génère. Je possède l’intime conviction que l’analyse du football ne doit pas être exclusivement réservée aux élites télévisuelles ou intellectuelles.

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