L’ancien joueur angevin a fêté la semaine passée son 400e match en tant qu’entraîneur du SCO d’Angers confortant ainsi une longévité record parmi les coachs des cinq grands championnats européens en activité.

C’est un fait assez rare pour être souligné : une belle histoire du football français qui continue de s’écrire match après match face à l’exigence du haut niveau et le turnover incessant des coachs dans nos championnats. Stéphane Moulin est, depuis le départ d’Arsène Wenger d’Arsenal, le recordman quant à la longévité d’un entraîneur dans les cinq grands championnats européens. Comment expliquer cet exemple de longévité dans notre football actuel ?

Une histoire ancienne

C’est d’abord l’histoire d’un enfant du club. Ancien joueur de l’équipe angevine où il officiait en tant que milieu de terrain de 1984 à 1990, Stéphane Moulin commençait sa carrière d’entraîneur en 1997 à Châtellerault avant d’être recruté par son club formateur en 2006 pour entraîner l’équipe réserve. Angers SCO était alors en Ligue 2 sous les ordres de Jean-Louis Garcia (actuel coach de l’AS Nancy Lorraine) quand une offre du RC Lens est arrivée sur la table des dirigeants angevins pour enrôler ce dernier permettant à SM d’accéder au rôle d’entraîneur de l’équipe première en 2011. Après avoir espéré une montée dans l’élite deux saisons de suite, les Angevins y parviennent finalement au terme de la saison 2014/2015. Entouré par Serge le Dizet (ancien coach du FC Nantes) il a la lourde tâche de faire évoluer et de maintenir son équipe en première division avec le plus petit budget de Ligue 1, chose qui se réalisa finalement plus facilement que prévu puisque Angers finira 9ème lors de sa première saison dans l’élite française. Un résultat plus que surprenant car les hommes de Stéphane Moulin finissaient même deuxième derrière le Paris Saint-Germain après la phase aller du championnat. Son équipe, souvent jugée quant à la qualité de jeu proposée, est pourtant réputée quant à sa rigueur défensive et un bloc bien en place et difficile à bouger pour les équipes adverses, de quoi atteindre le maintien plus tôt que prévu pour cette première saison.

La confiance et la gestion sportive

La réussite et la longévité de Stéphane Moulin au sein d’Angers Sco peuvent aussi s’expliquer par une capacité à recruter intelligemment lors des mercatos.

Avec un faible budget, la cellule de recrutement effectue principalement ses recherches en Ligue 2 afin de dénicher des joueurs qui n’ont pas encore réalisé tout leur potentiel et qui veulent inévitablement réussir à l’image de Karl Toko Ekambi (Sochaux), Nicolas Pépé, ou encore qui en sont les parfaits exemples. Pour ces joueurs dorénavant confirmés, Angers SCO, par le travail de Stéphane Moulin et de son staff technique, représente un « club tremplin » dans leur carrière. Une politique de recrutement utile, puisque grâce aux ventes de ces derniers, le club s’assure d’une bonne santé financière saison après saison.

Cette durabilité s’inscrit également par la confiance des dirigeants et plus précisément de Saïd Chabane en son coach. Même dans les moments difficiles dans lesquels Angers enchaîne les mauvais résultats, le président angevin réitère sa confiance en son homme providentiel en lui offrant une prolongation de contrat, là où d’autres clubs auraient décidé de mettre un terme à l’aventure. Il est désormais lié à Angers jusqu’en 2022. « Avec Stéphane, on avance avec le même objectif, faire grandir le club. C’est un homme de projet. Un enfant du club qui connaît le SCO dans ses moindres recoins. Il connaît les moyens qui sont les nôtres pour atteindre nos objectifs » expliquait Saïd Chabane sur Twitter. Récemment, c’est le maire d’Angers, Christophe Béchu, qui louait au cours d’un live Facebook la longévité de Stéphane Moulin « Il y a chez Stéphane Moulin des qualités que je crois être profondément angevines. Il ne la ramène pas, il est humble dans la manière de dire les choses, il n’est pas bling-bling. Il a une approche qui est plus discrète et je pense que ce sont des qualités qui, aujourd’hui, dans le football, mériteraient certainement d’être plus répandues ». Un modèle de fidélité à l’angevine mis en lumière par le maire de la ville du Roi René qui dénonce à l’inverse un turnover excessif du côté du FC Nantes « Le modèle nantais, si j’ai bien compris, aujourd’hui même, il a été annoncé que Raymond Domenech allait être licencié, ce qui fait que les Nantais vont réussir à arriver à une consommation d’à peu près un entraîneur par an, là où nous avons le record de longévité »

Franchir un nouveau palier

Jusqu’où ira-t-il ? Le départ de l’ancien directeur sportif Olivier Pickeu (maintenant Président du Stade Malherbe de Caen) l’année dernière après un licenciement ordonné par le président angevin Saïd Chabane pour « fautes graves dans l’exercice de ses fonctions » pouvait laisser craindre une certaine rupture quant à la réussite d’une étroite collaboration dans le club de l’Anjou. La fin d’une belle histoire mais la poursuite d’un projet sportif rondement mené par Stéphane Moulin et le nouveau directeur sportif Sébastien Larcier avec le recrutement du jeune portier prometteur ou le retour du talentueux Sofiane Boufal cet été. Le SCO d’Angers finissait alors 8ème à la trêve hivernale avec des succès retentissants du côté de l’actuel leader Lille, Rennes ou bien avec la victoire sur Marseille à domicile, de quoi laisser présager un maintien précoce et installer définitivement le SCO d’Angers dans l’élite de façon pérenne. Dire que Stéphane Moulin pourra égaler le célèbre Guy Roux, qui aura dirigé l’AJ Auxerre de 1961 à 2005 et dirigé près de 894 matchs professionnels est évidemment encore trop tôt, mais une chose est sûre : le SCO d’Angers et Stéphane Moulin relève d’une histoire de confiance, de fidélité et de passion, valeurs essentielles dans un football que nous aimons tant.

Julien Laurenceau

En pleine reconversion vers le journalisme sportif, passionné de football et fan inconditionnel de Zizou, j’aime partager et échanger souvenirs et émotions autour du ballon rond.