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Le point JEU #20 : Havertz, Thuram, et le caméléon Leipzig

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Le point JEU #20 : Havertz, Thuram, et le caméléon Leipzig

Ce week-end, on a vibré au rythme des inspirations de Havertz, le joyau du Bayer. On a également beaucoup aimé la façon dont Leipzig a su déjouer les plans défensifs de Mayence.

Faux numéro 9, vrai joueur

Match observé : Mönchengladbach 1-3 Bayer Leverkusen

Sans Volland, absent, et Alario, sur le banc, c’est Havertz qui était aligné en pointe au Bayer Leverkusen. Le prodige, habituellement plus bas sur le terrain, n’a pas tardé à faire parler la poudre : suite à une action bien menée par Demirbay et un caviar de Bellarabi, le numéro 29 gagne son duel face à Sommer. Sur l’action du but, il réalise un appel rectiligne, dans la profondeur, digne d’un pur avant-centre… qu’il n’est pas. On s’en rend compte rapidement, puisqu’on le voit se promener sur toute la moitié de terrain adverse, se proposant sans cesse comme relais, quitte à déserter la pointe.

S’il est bon dans ce rôle de faux numéro 9, la configuration n’est pas optimale pour le Bayer. Ainsi, lorsqu’il arrive à faire la différence en vitesse côté gauche peu après la 20e minute, il n’a personne pour qui centrer, puisqu’il est le joueur le plus avancé sur le terrain. Surtout, s’il excelle dos aux buts près du rond central, c’est beaucoup moins vrai dans les 20 derniers mètres, entouré de défenseurs rugueux. De par son profil, il oblige Leverkusen à jouer bas pour s’offrir de la profondeur (ce qui ne déplaît pas à Diaby ou Bellarabi), quitte parfois à être caricatural, allant jusqu’à laisser Sommer plusieurs fois s’avancer jusqu’à ses 16 mètres sans aucune pression. Double buteur, auteur d’un match intéressant et d’un tir sur la barre, Havertz peut ponctuellement faire le boulot en pointe, mais ce n’est clairement pas ce qu’il sait faire de mieux, et ce serait le gâcher que de l’utiliser exclusivement de la sorte… ce qui ne semble heureusement pas être la volonté de Bosz, qui tient Volland en haute estime.

Côté Gladbach, il n’y a pas vraiment de pur avant-centre non plus. Embolo, Pléa et Thuram – puis Stindl, qui entre en jeu suite à la blessure du premier cité – n’ont pas un profil de pur buteur. Ce sont des attaquants polyvalents, qui percutent, et peuvent occuper tour à tour le rôle d’ailier, de second attaquant, de pointe, voire de meneur de jeu par séquences. Aligné à gauche de l’attaque du Borussia, Thuram a connu une première période plus que compliquée. Le Français, naturellement confiant quant à ses qualités de percussion, n’a eu de cesse de se casser les dents sur un joueur aussi mobile et costaud que lui : Tapsoba l’a littéralement éteint. Ce n’est qu’en seconde période que le fils de Lilian a retrouvé des couleurs, suite à son repositionnement dans l’axe/sur le demi-espace droit.

Un peu plus loin de son impitoyable garde du corps, le Français a été largement plus intéressant. Il marque d’ailleurs sur une passe merveilleuse de Pléa, en frappant en première intention. Il manque de peu de récidiver sur un duel perdu face à Hradecky, où il avait réussi à prendre Dragovic de vitesse. Thuram dans l’axe, à la place d’un Pléa plus en retrait, offre une profondeur bienvenue à Gladbach. Auteur également de plusieurs déviations intéressantes, notamment cette folle talonnade dans la surface qui aurait pu être décisive, le Français a prouvé qu’il pouvait être bon en pointe. On n’ira pas jusqu’à réclamer qu’il tienne cette position dans la durée : il peut faire très mal à gauche, où il ne sera pas toujours suivi par un défenseur aussi fort que Tapsoba. Mais son profil offre des options supplémentaires à son entraîneur, sans faire de changement, ce qui est forcément une bonne chose dans ce football de 2020 toujours plus hybride.

Leipzig sait varier les plaisirs

Match observé : Mayence 0-5 RB Leipzig

Mine de rien, Mayence n’est pas un club comme un autre pour tout suiveur assidu de la Bundesliga. Malgré des moyens éloignés des mastodontes allemands, ce club a des idées, en donnant ses clés à des entraîneurs comme Klopp, Tuchel et Schmidt. On se souvient également d’une équipe qui avait accroché l’Europe, avec notamment le meneur de jeu Malli, le pitbull De Blasis, le tout jeune Serdar et l’attaquant Muto. Malheureusement, ce n’est pas ce visage enthousiasmant que Mayence a affiché face à Leipzig, avec des ambitions offensives limitées, et un bloc très bas : un seul attaquant pour le pressing dans le camp adverse, et 2 lignes resserrées et compactes dans ses 35 derniers mètres… qui laisse manœuvrer l’adversaire dans sa propre moitié de terrain. Suffisant pour calmer les ardeurs du RB ? Même pas en rêve.

Face à ce bloc bas, mais pas particulièrement solide, Leipzig avait la solution : trouver un joueur libre dans le cœur du jeu autour des 40 derniers mètres, soit avant qu’il ne puisse être inquiété par le pressing adverse, puis orienter sur les ailes pour centrer. Dès les 10 premières minutes, on voit ainsi 3 centres du RB, maladroits certes, mais annonciateurs de la suite : 2 buts venus de centre sur la droite, d’abord par Sabitzer qui décale Laimer, avant que ce ne soit l’inverse, pour des buts tranquilles de Werner et Poulsen. Sur la seconde réalisation, on voit la volonté de Leipzig d’être présents dans la surface adverse, puisqu’on compte jusqu’à 4 joueurs dans les 6 mètres ! Une situation presque absurde, mais rendue possible par un bloc adverse décidément trop bas, et donc peu dangereux en cas de perte de balle, Upamecano gérant la profondeur, lui qui est plus rapide que le très isolé attaquant adverse. L’addition aurait pu être plus lourde encore dès la demi-heure de jeu, puisque sur un nouveau centre venu de la droite, Poulsen manque le 3-0. Leipzig se promène sur les ailes, et Mayence prend l’eau.

La suite verra les joueurs de Nagelsmann varier un peu plus les plaisirs. Sur le 3e but, il s’agit d’un contre mené et conclu par Sabitzer, suite à un cafouillage mais surtout par une perforation axiale. Juste avant la pause, Nkunku ratera une belle opportunité, suite à une récupération haute, mais surtout une nouvelle percée dans l’axe, preuve que le bloc de Mayence, bien que compact, n’était pas assez solide. En seconde période, Kampl validera définitivement cette donnée en se jouant (beaucoup) trop facilement des défenseurs adverses balle aux pieds, pour trouver Werner sur le 4-0. Le Slovène, auteur d’un but refusé sur une frappe lointaine, nous rappelle même que son équipe disposait de cette arme supplémentaire, si elle avait eu besoin de faire ressortir le bloc adverse. Mais la différence de niveau entre les 2 formations était telle qu’ils ont pu s’en passer sur ce match. Cela ne change rien au fait que cette jeune équipe est un vrai caméléon, véritable modèle de football moderne où savoir s’adapter est peut-être la qualité la plus importante.

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.

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