Ce week-end, on a constaté que Dortmund et le PSG partageaient un manque d’imagination assez dingue, surtout face à un adversaire plus faible. On a aussi observé le jeu de Yilmaz. On salue au passage les gauchers Ziyech, David Silva et Shaqiri, avant de vomir l’usage intempestif des maillots third.

Où est passé la folie de Dortmund ?

Match observé : Arminia Bielefeld 0-2 Borussia Dortmund

Quand on gagne un match à l’extérieur sans concéder la moindre occasion franche, on peut légitimement se féliciter d’une certaine solidité défensive. Quand on pense aux déplacements face à Augsbourg et Leverkusen l’année dernière, ou à la réception de Leipzig, c’est forcément un progrès. Pour l’aspect avec ballon, c’est une tout autre histoire. On ne tirera pas de conclusion tout de suite, mais on aurait dit que le Borussia, incapable de se créer d’occasion nette pendant plus d’une heure, avait gagné en solidité ce qu’il avait perdu en folie. Alors certes, il y a eu ce but chanceux de Hummels sur corner (il ne s’attend même pas à recevoir la balle), mais dans le jeu, on ne comptait qu’une maigre occasion de Sancho de la tête, sur une merveille d’extérieur d’Hummels en première période. Dit autrement : on s’ennuie ferme, et ce n’est pas normal quand on voit les talents qui composent cette équipe. Comme depuis quelques mois, Dortmund ne sait pas jouer face à un bloc bas. C’est déjà le cas quand Haaland est là, c’est encore plus criant quand le Norvégien manque à l’appel, puisqu’il n’a pas de doublure.

Obligé de contourner le bloc pour éventuellement centrer vers un attaquant qui n’existe pas, puisque Reus et Brandt ne sont pas suffisamment bons de la tête pour que ce plan de jeu soit viable, Dortmund a peiné jusqu’à son second but, encore une fois l’oeuvre de Hummels. Ensuite, Bielefeld a ouvert les vannes, et Guerreiro, entré en jeu, a notamment pu se créer deux occasions, tandis que Reus puis Brandt étaient trop altruistes sur une transition, le même Brandt butant face à Ortega suite à une excellente passe de Witsel, lui aussi entré en jeu. Ces cinq actions ont eu lieu lorsque l’Arminia essayait d’égaliser, et offrait donc de la profondeur qui a permis à Dortmund de jouer en transition, la seule chose qu’ils arrivent à très bien faire offensivement, ce qui est quand même fou quand on voit la qualité technique des joueurs de cet effectif. Sans une animation plus franche, un bloc bas mettra toujours en échec cette équipe, dont la seule étincelle peut venir des pieds de Sancho, mais le pauvre ne peut décemment pas dribbler trois joueurs plein axe à chaque action. Si Hummels, avec son doublé, a permis d’engranger une précieuse victoire, il n’a pas suffi à cacher la misère offensive du jour. Au tour de Favre de trouver les clés : il a tous les ingrédients pour faire quelque chose de beau, bien plus beau que ce qu’on a vu sur cette rencontre.

No Verrati, no party

Match observé : FC Nantes 0-3 PSG

Le PSG peut remercier Simon. Trouvé complètement seul à 3 mètres d’un but vide, le Nantais voit sa jambe d’appui contrer sa tentative, et manque ainsi l’ouverture du score autour du quart d’heure de jeu. Dommage, puisque cela n’aurait été que le résultat logique d’un début de match parfait des Canaris, qui ont appuyé là où ça fait mal. Avec une défense Dagba-Danilo-Diallo-Bakker, le PSG n’arrive pas à sortir proprement de ses 30 mètres, et on assiste à des échanges ahurissants de lenteur entre Danilo et Diallo. Lorsqu’un latéral est touché, ce n’est guère plus reluisant, puisque Rafinha et Herrera sont introuvables, et que le ballon retourne alors vers l’arrière. Gueye, qui décroche pour relancer, n’a ni la technique ni le culot de Verratti, qui s’amuse habituellement de ce genre de pressing, coordonné mais loin d’être acharné. Le FC Nantes exécute parfaitement son plan de bloquer à la source les attaques adverses.

Le PSG ronronne, se montre incisif par les seules initiatives de Mbappé, qui doit créer du danger seul, en étant trouvé à 50 mètres des buts adverses, sur le côté gauche… Si l’international français réussit quelques étincelles, comme cette action où il obtient un corner après avoir passé 2 joueurs, ou cette autre action où il crée un peu de panique suite à un petit pont, cela ne suffit évidemment pas. Inoffensif, le PSG est même bousculé, entre un Diallo souvent pris de vitesse, des latéraux fébriles, et une glissade d’Herrera qui donne une réelle opportunité à Kolo Muani d’ouvrir le score, soit la plus belle occasion d’une première période qui n’a vu aucun tir cadré de la part des Parisiens.

Dans ce marasme, l’entrée en jeu de Ruiz va tout changer. Le jeune espoir se propose régulièrement à Diallo en phase de relance, en décrochant demi-espace gauche. Une fois qu’il a le ballon, il n’hésite pas à chercher une solution dans l’axe, en faisant une passe qui casse des lignes et font enfin avancer le jeu. Plus fluide, la circulation de balle permet ainsi aux Parisiens de jouer plus haut et plus vite, trop vite pour les Nantais qui vont logiquement prendre l’eau. Leur pressing ne fait plus effet, et leur défense ne peut encaisser des vagues sans rompre. Malgré un excellent match de Blas, qu’on imaginait à Gladbach mais qui ferait évidemment du bien à beaucoup de bons clubs européens, la différence de niveau se fait trop sentir. Contrairement au PSG, le FCNA ne dispose pas d’un Navas qui rassure son  monde en arrêtant un penalty crucial. En l’absence de Kimpembe et Marquinhos (qui entrera plus tard) pour casser les lignes par la passe, et celle de Verratti pour casser le pressing adverse balle aux pieds, l’approche de Gourcuff était judicieuse, payante, et ne manquait pas de panache. Elle aura finalement volée en éclat face au talent de Ruiz, un jeune garçon de 18 ans, qu’on aimerait voir à l’oeuvre plus souvent si cet échantillon est vraiment représentatif de son niveau réel.

Un bison chez les Dogues

Match observé : Lille 1-1 Lyon

Comme Berbatov quelques années avant lui, Yilmaz a choisi la Ligue 1 pour prouver qu’il avait encore des ressources. Contre l’Olympique Lyonnais, qui dispose d’un des plus beaux effectifs du championnat, l’occasion était belle de voir ce qu’il allait proposer. Sans ballon, le Turc n’est pas un acharné du pressing. Le vétéran n’a sans doute plus les jambes pour harceler les premiers relanceurs adverses, et se contente de coulisser pour dissuader la passe vers son joueur adverse le plus proche, mais il est clairement facile à contourner. Quand son équipe a le ballon, c’est évidemment plus intéressant.

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Attaquant en duo avec Ikoné au sein du 4-4-2 lillois, il s’adapte aux déplacements de ses partenaires. Aussi, il est fréquent de le voir occuper le couloir droit, lorsqu’Araujo décide de rentrer à l’intérieur. On peut également le voir côté gauche, ce qui est plus rare, mais pas impossible. Sur l’action du but lillois, il est d’ailleurs sur ce côté, s’évertuant à apporter du mouvement. En conclusion, son jeu de corps dos aux buts lui permet de résister à Dubois pour glisser le ballon à Bamba, dont la frappe précise fait mouche. Yilmaz est aussi un exemple dans sa façon de déclencher les appels : il flaire le moment où son partenaire va lâcher le ballon pour arriver lancé, de suffisamment loin pour surprendre le défenseur adverse, qui a du mal à lire ses courses. Il n’est pas du genre à coller la ligne défensive, et n’hésite pas à dézoner légèrement pour attirer les défenseurs, offrant ainsi de la profondeur à Ikoné, Bamba ou Araujo. Grand et puissant, il est aussi cherché par Maignan lors des longs dégagements. Sur ce match, sa qualité de frappe n’a pas pu être mise à l’épreuve, hormis sur ce missile très lointain qui met en danger Lopes. Dommage, car sans être parfaits, la plupart de ses déplacements sont très cohérents, loin d’un Kadewere qui va gêner Toko Ekambi sur la première occasion lyonnaise, pour prendre un contre-exemple.

L’expulsion de Marcelo ne fera paradoxalement pas les affaires du Losc, et de son buteur. En infériorité numérique, l’OL a logiquement décidé de blinder, n’offrant aucun espace, quitte à ne plus se créer d’occasions. Pire encore : Benlamri a signé une excellente entrée en jeu. Dans ce contexte, Yilmaz a eu beaucoup de mal à exister, les centres lillois étant peu nombreux et approximatifs. On soulignera quand même l’abnégation des Gones pour préserver le match nul, avec notamment un Kadewere presque plus intéressant dans son abattage défensif que dans ses initiatives offensives. Pas venu forcément pour ça, Paqueta a aussi été exemplaire en milieu gauche dans ses duels défensifs, Lyon finissant le match en 4-4-1 lorsque Lille avait la balle. Ce match n’était pas incroyable, mais on signe tout de suite pour que chaque match du championnat soit au moins du même acabit.

Et sinon

  • Ce week-end, on a donc eu le PSG en violet, la Lazio en vert fluo, le Barça en rose bonbon, la Juve en orange, le Bayern en noir, l’AC Milan en bleu… outre l’aspect esthétique douteux, on souligne que dans le cas du PSG, du Bayern et de la Lazio, le maillot domicile n’aurait porté aucune confusion au niveau visuel. D’accord, il faut vendre des maillots, mais respectez-vous un peu.
  • Poussif en début de rencontre (je n’aurais cependant pas dû zapper pour Dortmund), le Real Madrid s’est rassuré en battant Huesca grâce notamment à un but magnifique d’Hazard. Le Belge se doit d’alléger ENFIN la responsabilité offensive de Benzema, auteur d’un doublé et d’une passe décisive.
  • Ziyech n’aura pas eu besoin de beaucoup de temps pour être décisif avec Chelsea. Avec un but et une passe décisive, le Marocain a contribué, pour sa première en championnat, à gagner sur la pelouse de Burnley, une équipe toujours chiante à négocier pour les gros.
  • Même s’il a vu son but refusé face au Werder, Kamada a encore rappelé qu’il était l’élément central de l’animation offensive de Francfort, en étant impliqué dans tous les mouvements de son équipe et en signant une passe décisive.
  • Sur le but de la victoire face à West Ham, la sublime passe de Shaqiri sur le but de Jota nous rappelle, si besoin, que Liverpool dispose d’un banc incroyable. C’est une merveille avec un timing et un dosage parfait. Chapeau l’artiste.
  • Discrètement, la Real Sociedad engrange les points, avec une victoire face au Celta Vigo. Si même David Silva se met à marquer, de la tête qui plus est, rien ne peut leur arriver.
  • Rien ne va plus au FC Barcelone, qui concède le match nul face à Alavés avec en prime un but gag encaissé. Si Griezmann a permis de limiter la casse, cela fait un moment que Messi n’arrive plus à marquer dans le jeu. Autant dire qu’il va inscrire un triplé mercredi contre le Dynamo Kiev.
  • Même si cela n’a pas suffi pour vaincre l’Inter Milan, le doublé de Gervinho, dans son style si spontané, fait forcément plaisir à tout le monde, fans de Parme ou non.
  • Passeur puis buteur décisif face à l’Udinese, l’increvable Zlatan confirme semaine après semaine son leadership à l’AC Milan. Cela sera sans doute un peu juste pour être champion d’Italie, mais que l’histoire serait belle…
  • Maxime Lopez a inscrit un premier but magnifique avec Sassuolo. Cette action en solo n’est pas anodine, puisque l’ancien Marseillais a réussi cet exploit face à Naples.
  • Fin de match épique entre Getafe et Valence. Le club ché a eu, malgré son infériorité numérique, plusieurs occasions de faire le break, avant de voir son adversaire inscrire 2 buts en toute fin de match… Malgré les turbulences actuelles, Valence finira par égaliser sur penalty, dans un climat particulièrement houleux.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.