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Depuis sa création en 1956, le Ballon d’or récompense le meilleur joueur de football chaque année. Ce trophée individuel est souvent critiqué par la désignation finale du lauréat. Pour tenter d’améliorer la qualité, le quotidien français, apporte régulièrement des modifications aux critères de sélection et aux votes.

Le 11 mars, l’organisateur du Ballon d’or dévoilait les nouvelles règles d’attribution du trophée tant convoité par les joueurs.

Plusieurs questions se posent sur cette récompense individuelle. N’est-ce pas étrange de mettre en avant un seul membre d’une équipe ? Les nouvelles catégories de ces dernières années ne cachent-elles pas un manque de notoriété du trophée de la part des acteurs du football ?

Tour d’horizon sur l’univers doré du trophée estampiller France Football.

Le mode de scrutin du ballon d’or

Le Ballon d’or est attribué par votes. Mis à part lorsque la FIFA et France Football se sont associés pour élire le meilleur joueur de l’année, c’est un aréopage de journalistes qui désigne le lauréat à travers un système de points. Chaque joueur se voit attribuer un nombre de points en fonction de sa place dans le classement de chaque journaliste. S’il s’agit de professionnels spécialisés, l’établissement du classement des joueurs par tous les membres d’une assemblée reste tout de même très arbitraire. Le côté humain, le côté affectif entre en jeu de manière inconsciente, et c’est là que le bât blesse. En effet, la simple appréciation personnelle modifie le classement final établi sur des critères bien précis.

Lors de la dernière édition, un panel de 180 journalistes internationaux était chargé d’établir un classement de cinq joueurs au sein d’une liste de 30 prétendants. Cette liste est constituée lors d’une commission interne au journal France Football et est validée par le rédacteur en chef. Un premier tour de table réunit une vingtaine de noms de joueurs qui se sont démarqués au cours de l’année. Le choix des dix joueurs supplémentaires nécessite un deuxième voire un troisième tour pour sélectionner, selon les dires du patron de France Football, les noms qui font débat. Dès le départ, la liste est sujette à la polémique. Pourquoi fixer une liste de 30 noms si seulement une vingtaine de joueurs sortent du lot ?

 

Les changements apportés

 

Il faudra attendre la 66édition pour que les joueurs soient jugés sur une saison complète. Auparavant, le Ballon d’or récompensait les joueurs sur l’exercice d’une année civile. C’est-à-dire que l’on évaluait une performance globale sur deux demi-saisons. Que nous commencions à analyser les performances après la période de trêve hivernale lorsque les joueurs sont dans une phase de reprise. Ce constat se répétait en août en début de saison. Nous avions affaire à des joueurs en méforme physique pour attribuer un trophée qui, soi-disant, récompense le meilleur joueur du monde.

Pour pallier l’établissement interne au journal France Football de la liste de 30 nominés, plusieurs acteurs ont été ajoutés à la commission du Ballon d’or. En sus des journalistes de l’Équipe, l’ambassadeur du trophée, Didier Drogba, établira sa liste pour les trophées masculins, Yachine et Kopa. À cela s’ajoutera la liste du journaliste ayant réalisé le meilleur pronostique de l’édition précédente. La question qui se pose en premier lieu c’est que l’on accorde une liste supplémentaire pour les trois trophées masculins, mais qu’il n’existe encore aucune ambassadrice du trophée féminin. À l’heure où l’égalité des sexes est un combat quotidien, nous pouvons nous étonner de cette nouvelle décision.

Lors de la première remise du Ballon d’or en 1956, le vote était ouvert à 16 nations, soit 16 votes. La dernière édition en 2021, nous l’avons vu, a réuni 180 votants. Dorénavant, pour participer aux votes, il faudra faire partie des 100 premiers pays au classement de la FIFA pour le trophée masculin et des 50 premiers pays pour le trophée féminin. La diminution du nombre de pays ayant le droit de participer à l’élection du meilleur joueur du monde est un gage de qualité. Cependant, exclure les pays ayant une culture footballistique moins prononcée freine leur développement. Peu de pays auront l’occasion d’accéder au top 100 de la FIFA au vu du nombre de points marqués chaque année à ce stade du classement. C’est donc une ligue fermée qui élira les prochains ballons d’or.

Enfin, le règlement a été clarifié. La performance individuelle prend le dessus sur la performance collective. L’exemplarité du joueur vient compléter les critères d’attribution du Ballon d’or. Le critère prenant en compte la carrière du joueur a été retiré du règlement. L’effet « un Ballon d’or appelle un autre Ballon d’or » devrait enfin disparaître. Avec le retrait du palmarès et de la carrière, le Ballon d’or sera jugé sur une seule saison. Il a été créé dans ce but. Cela paraît dérisoire, mais le Ballon d’or remplira sa fonction pour la première fois cette année, en octobre 2022.

 

Les autres catégories

 

Depuis 2018, l’évènement du Ballon d’or s’étoffe avec la remise de plusieurs récompenses. La catégorie féminine est enfin créée. Passons l’incroyable demande faite à la toute première lauréate lors de la remise du trophée qui a malheureusement mis cette première récompense au second plan. Si le football féminin se développe de plus en plus, il (elle ?) a un retard phénoménal sur son homologue masculin. Alors que la catégorie masculine dispose des récompenses pour le meilleur gardien et le meilleur jeune, la catégorie féminine est encore cantonnée à une seule récompense. Ceci est une question d’équité pure. Je vous laisse découvrir pourquoi.

2018 fut une grande année pour le Ballon d’or. Deuxième trophée créé, la récompense du meilleur jeune, le trophée Kopa. Ce prix porte le nom du premier Ballon d’or français, en 1958. Comme dans de nombreux sports, la catégorie jeune (moins de 21 ans) est récompensée. Le doute subsiste cependant quant à la date de création de ce trophée. En effet, nous sommes alors en décembre 2018, soit six mois après le second sacre de l’équipe de France en coupe du monde. Le timing est surprenant, il fait penser que le trophée a été créé uniquement pour pouvoir remettre une récompense au jeune joueur parisien. En réalisant un mondial de haut niveau avec 4 réalisations en 7 matchs, le jeune joueur français a tout de même surpris tout le monde.

Nouvelle catégorie depuis 2019, le trophée Yachine. Nom attribué en hommage au seul gardien de but ayant remporté le Ballon d’or. Si une catégorie par poste existe, il faudrait créer une catégorie pour les défenseurs, pour les milieux, pour les attaquants. Et reprenons de plus belle, il faudrait également créer une catégorie pour les ailiers, les latéraux, un trophée par poste en somme. La création de cette catégorie pose tout de même un problème. Plus aucun gardien ne sera élu meilleur joueur de l’année. Le portier soviétique restera l’unique Ballon d’or de l’histoire du football. Pourtant le joueur le plus décisif sur un terrain de football est le gardien. Comment expliquer la faible présence des gardiens de but dans le classement du Ballon d’or lorsque le critère numéro un est la performance individuelle et le caractère décisif des joueurs ?

Deux nouveaux trophées ont vu le jour lors de l’édition 2021 du Ballon d’or. Le trophée du meilleur buteur de l’année a récompensé l’attaquant polonais auteur d’une année stupéfiante. Il a fait trembler les filets à 69 reprises sur la seule année 2021. Largement devant ses concurrents directs, il est normal de voir le bavarois s’emparer de cette récompense. Le problème est qu’avec de telles statistiques il aurait dû s’adjuger le Graal, le Ballon d’or. Au lieu de cela, le trophée 2021 a été attribué à la star argentine qui remporte cette récompense pour la septième fois de sa carrière au sortir d’une saison plutôt terne. À l’instar du trophée du meilleur jeune, le trophée du meilleur buteur de l’année semble avoir été créé afin de réparer une injustice. Une compensation mal venue pour éviter de faire face à la réalité.

Le deuxième trophée à naître de l’édition 2021 est celui de la meilleure équipe de l’année. Ce qui pose problème ici c’est que même si, de nos jours, le Ballon d’or s’est mondialisé, le football européen reste le plus diffusé au monde. C’est alors sans surprise que nous avons découvert le premier lauréat de la catégorie. En effet, le vainqueur de la coupe du monde des clubs de la FIFA recevra indéniablement le prix de la meilleure équipe de l’année. Il est difficile d’imaginer que cela se passe autrement, et c’est, j’en conviens, que des suppositions. La création d’une récompense pour la meilleure équipe de l’année fait doublon avec la compétition réelle, avec le sportif. De ce fait, ce nouveau trophée est sans intérêt.

 

Le Ballon d’or est une récompense individuelle qui existe depuis des décennies. La cérémonie fait partie d’un show annuel et il sera difficile de s’en passer désormais. Seulement, l’essence même du Ballon d’or est sujette à polémique. Quelles que soient les modifications apportées à ces trophées, le résultat sera le même. Dans un sport collectif, les joueurs cherchent de plus en plus à parfaire leurs statistiques individuelles. Cela représente la vraie dichotomie du Ballon d’or.