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Penalty time : ce qui se passe dans leurs têtes

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Penalty time : ce qui se passe dans leurs têtes

Moment ultime de la dramaturgie du football, le penalty est un concentré d’adrénaline et d’émotions pour les supporters et surtout pour les joueurs. Si les perdants parlent souvent de loterie suite à cette exercice, tout est en fait beaucoup plus complexe dans l’exécution de ce geste, c’est ce que démontre Ben Lyttleton, dirigeant de l’agence Soccernomics et consultant footballistique pour divers médias anglais, dans le livre Onze Mètres, la solitude du tireur de pénalty (Hugo Sport), réédition française d’un ouvrage traduit par le journaliste sportif français Cédric Rouquette.

Des faits objectifs et des analyses scientifiques (combien de temps avant le tir ? le tireur fuit-il le regard du gardien ? quel angle pour la course d’élan ? quelle influence du temps de jeu du tireur ?…) et surtout le ressenti des protagonistes, ce livre combine les deux pour décrypter ce qui explique la réussite ou non au penalty.

L’auteur nous fait revivre des moments clés de l’histoire du foot contemporain avec, par exemple, les arrêts du gardien portugais Ricardo contre l’Angleterre : sans les gants contre à l’Euro 2004 et à nouveau décisif lors de la Coupe du Monde 2006 face à Lampard et Gerrard

Je savais que Lampard tirerait le premier, me dit Ricardo. On parle d’un type qui n’avait raté aucun pénalty en deux ans et des poussières. Avant de commencer, j’avais affirmé aux gars : Si j’arrête le premier, on gagne. Je savais que s’ils voyaient Lampard échouer, les Anglais ne s’en remettraient pas.
Ben Lyttleton

Le portier lusitanien évoque la faiblesse mentale d’internationaux anglais tétanisés par l’enjeu alors même qu’il sont habitués à réussir dans cet exercice avec leur club. C’est d’ailleurs cette loose anglaise incroyable qui semble avoir motivé l’écriture de ce livre.

Le mental fait donc aussi la différence mais la base, c’est le niveau des joueurs, ce qui explique que les Anglais soient dans le dur sur le plan international car leurs gardiens ont rarement brillé. A l’opposé, les Allemands cumulent de très bons frappeurs et des gardiens talentueux. Le hic pour les Anglais ou les Néerlandais, c’est qu’ils traînent leurs échecs comme des boulets, ce qui sapent leur confiance… bref, le cercle vicieux du pénalty.

Penalty time : ce qui se passe dans leurs têtes

Pour revenir à l’Allemagne, ce pays est au cœur de la tragédie du foot français : Séville 82 avec en ligne de mire des tricolores : . Là encore, on revit l’événement avec le témoignages de nombreux joueurs. Idem pour la finale de la CAN remportée par la Zambie sur la Côte d’Ivoire et tant d’autres exemples…

Si l’on arrive à faire abstraction de l’anglocentrisme de Ben Lyttleton, ce livre est une véritable mine d’or pour essayer de mieux comprendre ce qui se passe dans les têtes des tireurs et des gardiens. Du côté des joueurs prolifiques en la matière, il interviewe notamment , milieu de terrain star de Southampton dans les années 90 et qui a inscrit 47 pénaltys sur 48 au cours de sa carrière qui donne la principale clé de sa réussite : l’envie de tirer, de marquer.

Je peux voir dans le regard d’un joueur s’il a envie d’être là ou pas.
Matt Le Tissier

Cette envie, s’il y a bien un joueur qui la partage avec la farouche envie de marquer l’histoire du foot, c’est le Tchèque Antonin Panenka qui raconte son entraînement pour réussir le geste éponyme, devenu célèbre suite à cette séance contre la RFA lors de l’Euro 1976.

Je me voyais comme un homme de spectacle. Je voulais donner aux supporters quelque chose de nouveau.
Antonin Panenka

Du héros du pénalty au déchu, il n’y a qu’un pas, ou plutôt que quelques chapitres avec le fantasque Martin Palermo qui a raté trois pénos dans le même match avec l’Argentine contre la Colombie.

D’après les spécialistes, c’est ainsi logique que les grands joueurs (Platini, Baggio, Messi, Ronaldo…) ratent aussi, car ils tirent plus et ils ont le plus à perdre… Contrairement aux gardiens comme le raconte Mickaël Landreau dans la préface.

Je n’avais pas peur. J’en avais envie. J’étais gardien de but. Je n’avais donc rien à perdre. Pour nous gardiens, les séances de tir au but sont les seules possibilités d’être décisifs sans avoir à gérer le risque d’une erreur.
Mickaël Landreau

Un portier qui a connu souvent la gloire dans cet exercice, notamment face à Ronaldinho  mais qui a aussi connu l’humiliation en finale de Coupe de la Ligue avec sa panenka ratée.

Passionné de football, j'adore analyser et décortiquer le milieu du ballon rond (stratégie des clubs, tactiques des entraîneurs, performances des joueurs...) en essayant d'apporter un regard décalé et en provocant le débat.

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