Vis ma vie de président de club

Les joueurs leur réclament des primes, les supporters réclament parfois leur tête et eux doivent tenir le cap en s’efforçant de structurer et de faire progresser leur club : 14 présidents témoignent.

Dans Secrets de présidents (Hugo Sport, 280 pages, 17,95 €), l’ancien journaliste Denis Chaumer (actuellement directeur de la communication de Première Ligue, syndicat des clubs professionnels) recueille les confessions des dirigeants. Avec franchise, ceux-ci livrent leur vérité, ils racontent leur histoire personnelle et professionnelle, reviennent sur les moments marquants de la vie de leur club… 14 présidents ont joué le jeu de l’entretien à travers autant de chapitres hybrides entre la biographie et l’interview sur l’actualité du club en question.

Avec ce livre, les amateurs de foot vont apprendre à mieux connaître et même comprendre des personnalités qu’ils peuvent ignorer ou même mépriser, à tort. Si chacun expose ses réussites et si le journaliste ne donne pas la parole à leurs contradicteurs, les présidents semblent répondre honnêtement aux questions et avouent même quelques erreurs. Certaines interviews sont plutôt orientées sur la personnalité et le parcours, d’autres débattent du modèle économique des clubs français, quand quelques présidents évoquent les relations humaines parfois compliquées au sein de l’entreprise atypique qu’est un club de foot professionnel. Au final, de par la diversité des profils et des thématiques, ce livre est intéressant quelque soit le club que l’on supporte.

En voici une mise en bouche :

Jean-Michel Aulas, le président lyonnais, qui raconte que Bernard Tapie lui envoie ses conseils de composition d’équipe par SMS, intervient surtout sur la dimension économique du football, et sur sa stratégie pour l’OL : « A partir de 2006, je me suis davantage tourné vers l’Allemagne, avec tous ces nouveaux stades et leur capacité de reconversion. Le déclic est venu de là. J’ai compris que l’on pouvait s’affranchir, non pas de l’aléa sportif, mais de l’aléa économique. (…) J’ai voulu que l’OL aille en bourse afin de lever des fonds dans le but de construire un stade. C’est un combat qui, au final, aura duré seize ans« .

Josep Bartomeu, le président du Barça souhaite réduire le nombre d’équipes des différents championnats pour alléger le calendrier et redorer le blason de la Coupe du monde des clubs : « Nous souhaitons que naisse un tournoi qui puisse égaler, en prestige, la Ligue des Champions, qui rapporte de nouvelles recettes aux clubs et qui passionne les fans du monde entier« .

Bernard Caïazzo, co-président des Verts revient notamment sur une erreur : « Après la période Elie Baup, j’ai engagé un coach tchèque, Ivan Hasek, alors que le directeur sportif de l’époque, Omar Da Fonseca, était Argentin. C’était le mariage de la carpe et du lapin. Omar misait sur des joueurs techniques capables de jouer à une touche de balle, quand Hasek souhaitait prendre des arrières latéraux d’un mètre quatre-vingt-dix. Avec le recul, je me demande comment j’ai pu être aussi stupide pour former un tel duo« .

Jean-Pierre Caillot, superstitieux conducteur du Stade de Reims : « Depuis que je suis président (2004), j’ai des rituels auxquels je ne déroge jamais. J’emprunte toujours le même chemin pour me rendre de chez moi au stade, qui n’est pas le plus court. (…) Mais il ne faut rien exagérer : je cultive mon côté superstitieux car il est drôle, finalement ».

Waldemar Kita, président contesté : « A Nantes, on vit avec le passé, qui se transmet de génération en génération. On refuse d’ouvrir les yeux (…). Aujourd’hui, j’impose notre style de maillot chez notre fournisseur Umbro. Nike et Adidas souhaitaient travailler avec nous mais en inversant le sens de la décision. Je ne suis pas d’accord. Je veux redonner du caractère à un club auquel il manque, pour l’instant, des résultats positifs. (…) Je n’arrive pas à appliquer ce que je veux. Partir ? Pour laisser la place à qui ? Des candidats, il en existe mais ils n’ont pas un centime (…). Je n’admets pas que mes propres employés cherchent à me détruire (…) Ils continueront à mettre des bâtons dans les roues à toute personne qui reprendra les commandes du club, après moi. Ils estiment que Nantes leur appartient« .

Louis Nicollin, le coup de gueule permanent : « J’estime que ce sont des mecs (les joueurs) qui ont extrêmement de chance. Quand tu vois des merdeux de 19 ou 20 ans qui gagnent 100 ou 140 000 € par mois, comment voulez-vous, s’ils n’ont pas une femme intelligente, qu’ils ne se barrent pas en couilles ?! ».

Michel Seydoux, l’ex-président lillois : « Lille a pris le chemin le plus absurde, le PPP, le partenariat public privé qui, en réalité, signifie perdant, perdant, perdant. La collectivité, l’exploitant et le club : tout le monde perd, avec en plus un système d’emmerdements maximum« .

Saïd Chabane (Angers), Jean-François Fortin (Caen), Jean-Pierre Rivère (Nice), Karl-Heinz Rummenige (Bayern Munich), Olivier Sadran (Toulouse), Jean-Louis Triaud (Bordeaux) et Vadim Vasilyev (Monaco) se livrent aussi dans Secrets de présidents.

Vous aimerez aussi

N'oubliez pas de nous suivre Facebook et Twitter