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Racisme dans le foot : un faux débat, un vrai bon livre

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Racisme dans le foot : un faux débat, un vrai bon livre

Le journaliste Nicolas Vilas s’est intéressé à un des sujets polémiques du ballon rond : le racisme.

Enquête sur le racisme dans le football (Marabout) pourrait se conclure rapidement par « non, c’est faux, le foot n’est pas un milieu raciste », mais le livre vaut la lecture en raison du travail de son auteur. Déjà auteur de Dieu Football Club Nicolas Vilas recueille de nombreux témoignages de joueurs et entraîneurs pour revenir sur des actes racistes et livrer leur ressenti.

Malheureusement, la liste est longue et non exhaustive : Milan Baros qui a eu un geste déplacé suggérant qu’il ne supportait pas l’odeur du Camerounais Mbia lors d’un match Lyon-Rennes en 2007. Le Serbe Kezman sorti par Kombouaré lors d’un match entre Paris et Sainté car il aurait insulté Pape Diakhaté de « sale nègre« . Les insultes de Luis Suarez et John Terry envers Patrice Evra et Anton Ferdinand. L’Italien Paolo Di Canio qui se revendique « fasciste » tout en se défendant de racisme. Sans oublier les répercussions de Knysna, l’affaire Benzema, le racisme en Corse ou encore l’hostilité de la tribune Boulogne du Parc des Princes envers ses propres joueurs noirs… Nier que des actes racistes existent dans le monde du football serait absurde.

Si le football est à l’image de la société avec son lot d’imbécilités, ces actes indéfendables sont pourtant relativement rares et isolés. Surtout, ils ne représentent pas un sport qui sait justement transcender les différences et permettre un rapprochement autour d’une passion et de valeurs communes. Après tout, Zinedine Zidane n’est-il pas le joueur préféré de la France « black, blanc, beur » de 1998 ? Ngolo Kanté n’est-il pas le rayon de soleil de 2018 et le seul joueur à faire l’unanimité ?

Pas mal de footeux pro sont blacks ou rebeus

Certes, les instances semblent impuissantes envers des cas particuliers et les slogans « Non au racisme » ressemblent plus à de la bonne conscience, mais si le sujet du racisme est polémique et politique, il faut faire attention à ne pas généraliser des cas particuliers. Par chance, ce sport semble prouver en quasi permanence que l’essentiel est de savoir taper correctement dans un ballon, peu importe ses origines. « Pas mal de footeux pro sont blacks ou rebeus », écrit lui-même le journaliste, ce qui tend déjà à prouver que regarder du foot ou y jouer en étant raciste est une absurdité.

Malgré tout, sans être d’accord avec le postulat de départ de l’auteur qui laisse penser que le foot est gangréné par le racisme, Nicolas Vilas fournit un travail intéressant en recueillant l’avis de nombreux acteurs du football. Beaucoup d’entre-eux ne pensent d’ailleurs pas que leur sport soit frappé par le racisme :

  • Sabri Lamouchi : « à part une ou deux fois, lorsque j’étais petit mais de façon quasi anecdotique, je n’ai jamais eu de problèmes, en tant que joueur ou en tant qu’entraîneur». Mais il n’explique pas la moindre représentativité de la diversité chez les coachs : « ont-ils les diplômes pour entraîner ?»
  • Sylvain Distin : « bien sûr qu’il faut lutter contre ça, mais il ne faut pas basculer dans un autre extrême ».

Le livre revient également sur le fait que peu d’entraîneurs de haut niveau sont issus de la diversité. Antoine Kombouare est à ce titre plus revendicatif et dénonce le manque de courage de dirigeants face à leurs supporters. Néanmoins, en France, les exemples récents de Sabri Lamouchi et de Patrick Vieira (en plus de celui du coach guingampais) prouvent que ce n’est pas impossible. Plutôt que de parler de racisme, il faut probablement y voir le conservatisme d’un milieu qui recycle les mêmes entraîneurs à longueur de temps. Même pour des étrangers comme Jardim, Ranieri ou récemment Ricardo, c’est le corporatisme qui freine peut-être plus les choses. Emmanuel Petit l’observe : « dans les instances, il y a beaucoup de copinage ».

L’auteur dresse le constat positif de voir de plus en plus de diversité dans les formations de coachs mais Sidney Govou objecte que « plus on monte (dans le niveau), moins il y en a». Difficile de savoir pourquoi mais l’hypothèse du coût élevé des formations ne tient pas la route car les bancs de touche professionnels s’ouvrent surtout à des anciens pros qui ont les moyens de se former.

Des quotas d’origine ou la volonté d’avoir plus de diversité dans les profils ?

En France, l’affaire qui ressemble le plus à un « racisme institutionnalisé » est celle dite « des quotas » suite aux propos tenus par différents membres (dont Laurent Blanc) de la Direction Technique Nationale en 2010. Avec en arrière-plan les questions de la double nationalité de joueurs qui finissent par changer de pays entre les sélections jeunes et l’équipe A ainsi que celle des critères privilégiés chez les jeunes footballeurs. En l’occurrence « grands, costauds, puissants. Les Blacks« . Les mots sont maladroits, c’est une évidence mais il est difficile à croire que ces « blancs » qui ont joué et entraîné des footballeurs « noirs ou arabes » soient vraiment racistes. Dans le contexte de l’époque, il me semble qu’ils essayaient de dire, sans parvenir à s’exprimer correctement, qu’il fallait justement plus de diversité pour éviter de recaler des joueurs petits et techniques, à un moment où l’Espagne régnait sur le foot mondial. Bernard Lama tend vers cet avis également : « Chaque fois que j’allais à Clairefontaine, je le voyais au niveau des jeunes qui étaient là. C’était mixte et c’est devenu black, beur. (…). C’est lié à l’évolution du football français qui était en déficit athlétique, qui a renforcé ses entraînements, ses recrutements et les Blacks se sont retrouvés là alors qu’ils ne devraient peut-être pas y être. On a choisi un morphotype de joueur, on a choisi un athlète, pas un joueur de foot ».

Enquête sur le racisme dans le football (Marabout) est un livre vraiment intéressant car Nicolas Vilas pointe le viseur sur des faits de racisme et donnent la parole à de nombreux témoins, principalement dans le foot français. Mais contrairement à ce que le titre peut laisser sous-entendre sur la volonté de révéler un sujet tabou trop souvent caché sur le tapis, la question en quatrième de couverture apporte déjà une réponse : « Le racisme épargne-t-il le football ?« . Car à cette question, on ne peut que répondre « non ». Les faits le prouvent inévitablement, mais comment le monde du ballon rond pourrait-il vivre dans une bulle et échapper aux travers de la société ? Il ne faut pas pour autant crier au racisme dès qu’un coach n’est pas choisi (Jean Tigana par exemple) ou un joueur non-sélectionné. Les médias, dont celui qui emploie l’auteur, cherchent en effet parfois à créer des polémiques en résumant ou en exagérant des petites phrases. Du genre de celles qui laissent croire que Laurent Blanc (affaire des quotas) ou Willy Sagnol (caractéristiques du joueur africain) sont racistes ou qui caricaturent les propos de Karim Benzema en laissant filtrer qu’il traite Didier Deschamps de raciste alors que ce n’était pas le sens de leurs propos.

Passionné de football, j'adore analyser et décortiquer le milieu du ballon rond (stratégie des clubs, tactiques des entraîneurs, performances des joueurs...) en essayant d'apporter un regard décalé et en provocant le débat.

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