AvideceWopyBalab

Football, guerre et politique, voici 3 disciplines qui ne font pas bon ménage en temps normal. Pourtant Romain Molina, « conteur d’histoires » s’est intéressé au sujet et nous présente le fruit de son travail dans un ouvrage tout autant passionnant que attachant. Voilà de quoi s’occuper en temps de couvre-feu !

The Beautiful Game: le livre

Du Guatemala au Népal, de Fidel Castro aux Khmers rouges en passant par le fils aîné de Saddam Hussein, The Beautiful Game retrace le destin entrelacé de ces entraîneurs et joueurs lancés à la poursuite d’un ballon malgré l’exil, le génocide, la guerre ou encore la torture.

Comme un carnet de voyage, Romain Molina nous livre son tour du Monde dans des pays en retrait du football-business. Dans des lieux où le football est définitivement plus qu’un sport. Au fil d’anecdotes et entretiens improbables, mêlant géopolitique, foot, culture, joies et drames humains, Romain Molina dresse l’histoire de ces héros de l’ombre, courant malgré eux au-devant de grands dangers ; derrière leur passion se cache souvent une tragédie.

Pour aller plus loin

Une fois le livre terminé, mon premier reflexe aura été d’aller échanger directement avec l’auteur, Romain Molina, sur cet ouvrage fantastique. Romain Molina nous emmène aux 4 coins du monde et nous raconte avec brio des histoires nous rappelant que le foot est un sport à part. J’ai voulu en savoir plus sur sa démarche initiale de mêler football et géopolitique.

RM : Haha je ne le voyais pas comme ça originellement. Mon but, c’était de trouver et interroger des joueurs ou entraîneurs du monde entier pour qu’ils racontent leurs histoires. Je considère le football comme une excellente porte d’entrée pour comprendre le monde nous entourant ; une porte d’entrée sans doute plus accessible pour beaucoup de gens. The Beautiful Game, c’est un peu les petites histoires de ces joueurs ou sélectionneurs qui rencontrent la grande histoire de leur pays. Les guerres, l’exil, la mort et les joies s’entrechoquent…

A travers ce livre, on voyage beaucoup, dans plusieurs pays, on peut lire plusieurs témoignages,  j’imagine donc qu’un projet d’écriture comme celui-ci prend énormément de temps.

RM : C’est l’ouvrage qui m’a pris le plus de temps, mais c’est dur à calculer. J’ai commencé les entretiens il y a plus de deux ans parce que ce projet (sous une autre forme) devait sortir chez mon ancien éditeur, Hugo & Cie, mais vu le coup qu’ils m’ont fait avec La Mano Negra (je n’ai toujours pas reçu le moindre centime de droits d’auteur car un agent a attaqué le livre en diffamation, et a d’ailleurs perdu le procès), c’était impossible de continuer. De fait, il y a eu une belle période de battement, puis Fabien Moine d’Exuvie m’a contacté, et je lui ai parlé de cette idée. Je n’avais pas de structure réelle en tête, mais j’avais une logique globale après La Mano Negra qui était très dark. Bref, ensuite il y a eu toutes les interviews, certaines ont mis du temps à se réaliser, mais globalement c’était facile, puis les retranscriptions, et l’écriture. Problème, j’étais aussi dans l’enquête d’abus sexuels sur mineurs en Haïti, donc… Pour faire simple, je devais finir le livre trois ou quatre mois avant, mais c’était impossible. Haïti… Ca a changé ma vie, mon quotidien, mon rythme, mon esprit, tout. Donc si tu rajoutes les vidéos et des enquêtes annexes pour survivre car je n’avais aucune autre rentrée d’argent, je finissais réellement à 5, voire 6 heures du matin parfois ! Et ma mère en est témoin quand elle est venue me rendre visite en vacances. Si tu rajoutes mon côté perfectionniste, l’écriture m’a pris cinq mois, ce qui est beaucoup pour moi ; puis, il est plus long aussi.

J’ai beaucoup appris en lisant ce livre, notamment sur les « effets » de certains politiques sur le football et sur les footballeurs et naturellement, je me suis demandé s’il y avait encore qu’on ne pouvait pas dire dans le foot …

RM : C’est une bonne question. Honnêtement, je pense être allé dans le détail du détail du détail sur certains chapitres. Il y a des entretiens durant plus de deux heures, comme Patrick Aussems, l’ancien sélectionneur du Népal. Donc on va en profondeur, avec plein d’histoires, d’anecdotes, de tranches de vie. Sur ce point, je suis très content et c’est un contenu inédit et introuvable ailleurs que les gens peuvent lire. Cependant, on ne dit pas vraiment ce qui se passe dans les coulisses. Je pense être la personne balançant le plus, et encore, c’est même pas 20 % de ce qui se passe. Ça fait quoi ? Dix ans que je suis dans ce milieu, et je suis confronté à des histoires… Si tu n’es pas dans le milieu du foot, tu ne peux pas y croire, c’est tellement surréaliste. Je te donne un exemple concret : j’ai déjà remonté sept membres de la CONCACAF ou FIFA ayant reçu des filles comme « cadeau sexuel » de Yves Jean-Bart et Rosnick Grant, respectivement ancien président et actuel vice-président de la fédération haïtienne de football. Ces gars prostituent des joueuses, des arbitres, des employées… Je suis loin d’avoir tout remonté, mais imagine le délire. Si on n’était pas là, ça aurait duré et on aurait continué de lire l’histoire de « Dadou », ce bon papa-président du football haïtien et pas « Dadou », l’homme ayant abusé de mineures et envoyant des chefs de gang menacer toute personne pouvant révéler ses secrets. Ca a duré quasiment deux décennies quand même…

Enfin j’ai une question plus personnelle qui me vient, j’ai osé demander à Romain de faire un choix dans ce carnet de voyage. S’il y avait un seul récit, témoignage à retenir lequel ce serait ? Attention spoiler alerte !

RM : Dur à retenir un seul… Ca dépend de mes humeurs car on m’a souvent posé la question, et j’ai justement du mal à en retenir un, mais ce soir, au moment où je te réponds, si je dois en garder un seul, je dirais Ovays Azizi, le gardien de l’Afghanistan. C’était un entretien… Touchant. Pur. Son parcours est une odyssée. C’est une histoire, une grande histoire, depuis son Afghanistan natal à l’Iran au Danemark en suivant sa maman, sa passion du football… Je ne veux pas spoiler, mais il raconte avec des détails très précis ses conditions de vie, ses retards de croissance lors de sa jeunesse iranienne car ses repas consistaient simplement en du pain, du thé et du yaourt. Forcément, ça m’a touché, comme sa trajectoire, son arrivée au Danemark, l’amour de sa mère, ses études d’ergothérapeute et son retour en Afghanistan, deux décennies après, avec le maillot de son pays pour le 99e anniversaire de l’indépendance. Ovays Azizi, c’est la définition du Beautiful Game.

Un grand merci à Romain Molina pour son livre et pour le temps qu’il m’a accordé !

Un livre que vous pouvez retrouver directement sur le site de son editeur : Exuvie Editions https://exuvie.fr/livre/the-beautiful-game/

Julien Pauletto

Né ballon au pied tel Olivier Atton, mais sans son talent footbalistique, j'ai décidé de me consacrer à cette grande religion qu'est le football. Fidèle au poste (de télé) devant la messe chaque dimanche matin à 11h chantant la marseillaise.