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Quelles sont les conséquences des clashs de Pierre Ménès ?

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Quelles sont les conséquences des clashs de Pierre Ménès ?

Présent tous les dimanches sur le plateau du Canal Football Club, lu pars des milliers de passionnés de foot sur le Pierrot Football Blog, suivi par plus de 200 000 personnes sur Twitter, est aujourd’hui devenu un personnage incontournable du paysage médiatico-footballistique français. A chaque intervention, le verbe est le même, le ton aussi. Au programme : des vannes, des piques, de la mauvaise foi, tout y est.

Pierre Ménès, à l’instar d’un Daniel Riolo à la radio, joue parfaitement bien le rôle du polémiste et contribue à donner du piquant à une émission qui perdrait de son charme sans sa présence. Appréciées par la majeure partie des fans de foot, ses nombreuses critiques à l’encontre des footeux peuvent parfois conduire à le rendre impopulaire aux yeux des acteurs du football français. Mais de cela il n’en a cure, puisque comme il le dit un jour à Jean-Michel Aulas, « ce n’est pas le football français qui me paye, mais Canal ». Ses récentes prises de becs par médias interposés avec Gillot, Brandão, Jeunechamp ou Joey Barton méritent qu’on s’attarde un peu plus en détail sur ces derniers incidents et ses éventuelles conséquences pour les débats sur le football en France.

Pierre Ménès est de ces hommes qui ne laissent pas indifférent. Adulé par certains au point de se voir ériger une statue en son honneur (un photomontage évidemment !), détestés par d’autres qui lui reprochent son ton moqueur, ses critiques acerbes et son « illégitimité » (il n’a jamais joué au haut niveau), Pierre Ménès a au moins le mérite de dire ce qu’il veut au sein d’un milieu aussi aseptisé que peut l’être le football. Avec lui, pas de langue de bois : si un joueur est mauvais, il le dit, s’il est ridicule, il le dit aussi, comme après le match Marseille-Nancy où Mathieu Valbuena a été tourné en ridicule pour sa démarche et sa tenue. Ses cibles sont nombreuses, et ça ne date pas d’hier.

Du fait de son rôle de polémiste, Pierre Ménès a toujours eu tendance à vouloir s’acharner sur ces cibles et à vouloir les tourner en dérision. Nous pouvons citer par exemple Florent Malouda, qui en 2008 a commencé à essuyer de nombreuses critiques. Parmi ses autres « victimes », nous pouvons citer aussi Jean Tigana lorsqu’il était entraîneur de Bordeaux, à qui il reproche son antipathie, Jean-Michel Larqué, qui tiendrait un double discours selon qu’il commente à la télé ou se trouve à la radio sur RMC. Lors de la saison 2010-2011, c’est Yoan Gouffran qui, lassé par les critiques incessantes, déclare « J’en profite pour dire à Pierre Ménès qu’il parle trop, mais je sais où le trouver, Obélix ». Malgré cette réaction de Gouffran, le journaliste n’avait jusque là pas trop été attaqué, les personnes visées préférant bien souvent faire profil bas et ignorer les remarques. Mais ça, c’était avant.

Ses dernières semaines, le journaliste a subit de plus en plus d’attaques ciblées de la part de personnalités du monde du football. Le personnage finit par agacer de plus en plus, et ça se voit. Le point critique a même été atteint ces derniers jours, notamment avec l’anglais Joey Barton. C’est le journaliste français qui le premier s’est attaqué à Barton, en expliquant non sans raison que l’anglais était plus performant sur les réseaux sociaux que sur un terrain. L’anglais, guère inspiré il faut le reconnaître, a fini par répondre en plus de lever le ton dans son style si particulier, se permettant des réponses à la limite de l’injure, l’invitant notamment à « manger de la salade », critiquant par ailleurs son expérience plus que mitigée de dirigeant du côté de Reims en 2004-2005. Mais Barton n’est pas le seul à s’en prendre à Pierrot de façon virulente. Dans le dernier numéro de So Foot, c’est Cyril Jeunechamp qui s’y y est collé, le traitant de « mange-b**e des gars d’Arsenal (Henry, Pires), et maintenant clown du Canal Football Club », faisant référence à sa réaction après un sujet du CFC sur le montpelliérain (« rien que de donner la parole, ça me choque », avait-il déclaré sur le plateau de l’émission). Il y a quelques jours, c’était au tour du Maire de Brest François Cuillandre de se défendre. Dans une lettre, ce dernier a répondu à des attaques de la part du journaliste qui lui reprochait de « n’en avoir rien à cirer de son club ». Pierre Ménès est en train de se prendre le retour de bâton, et les personnes attaquées se privent de moins en moins de leur droit de réponse. Ne serait-il pas en train de devenir victime de son rôle parfois exagéré de polémiste ?

Tirer vers le bas le niveau des discussions sur le football

L’intensification de ces joutes verbales par médias interposés commence à poser problème, à commencer par celui du niveau général des débats. On connaît trop bien l’intérêt des polémistes dans les émissions de télé. Leur rôle est d’être « le moins objectif possible » avec le sportif tout en ayant un côté sympathique et attachant vis-à-vis du public. Mais dans le fond, ce genre de débat ne conduit-il pas à tirer inexorablement vers le bas le niveau des discussions sur le football ? On ne retient plus les analyses des consultants, mais bien la critique du polémiste. Si un joueur est « mauvais », le public ne cherchera plus à comprendre le pourquoi du comment, mais attendra en revanche la vanne ou l’intervention qui les fera marrer. Si un entraîneur fait pratiquer un jeu moyen ou ennuyeux à son équipe, la seule chose que nous, public, aurons à comprendre, est que celui-ci est « nul ». On ne cherchera pas à nous expliquer en quoi un choix, une tactique, une décision, n’a pas fonctionné. En aucun cas on ne cherchera à nous donner d’autres explications. Dans un schéma comme celui-là, à sens unique, on ne peut que comprendre pourquoi les sportifs finissent par en avoir assez d’essuyer ces critiques souvent gratuites et parfois même sans fondements, tout du moins sans explications valables. Dans le fond, il n’y a rien à reprocher à Pierre Ménès, qui joue son rôle à la perfection, en revanche, on ne peut que regretter que celui-ci se place trop souvent dans un rôle de critique alors qu’il pourrait apporter un autre regard bien plus technique, lui qui est journaliste depuis près de 30 ans.

Une chose est certaine, Pierre Ménès connaît parfaitement bien le football et celui qui penserait le contraire serait un idiot. Il est assurément un personnage médiatique important dans le paysage footballistique actuel et ses interventions font souvent mouche. Ses attaques répétées à l’encontre des joueurs et autres entraîneurs sont néanmoins en train de provoquer des réactions de plus en plus violentes de la part de ces acteurs, qu’il est en train de se mettre à dos. Le personnage de Pierre Ménès à la télé suscite de plus en plus de réactions mitigées qui ne sont pas du goût de tous. La chose regrettable est que ce genre de critique a pris le pas sur les analyses, si bien que le niveau général des débats sur le football en France est en train d’être nivelé par le bas. Chacun se fera son idée à son propos : certains amateurs de foot se délecteront probablement de plus en plus du personnage, d’autres, au contraire commenceront peut-être à se lasser et attendre de lui qu’il soit plus « technique » dans ses interventions. Devant une telle escalade et devant tant de joutes verbales ses dernières semaines, il appartient en tout cas au journaliste de calmer le jeu, ou alors de continuer ses attaques et prendre le risque de contribuer davantage à la détérioration des débats footeux en France. Réponse d’ici les prochaines semaines.

Passionné de football depuis tout petit, je crois que depuis le début j’aime autant le regarder que le pratiquer. Mes premiers souvenirs télévisuels remontent à 1996 et l’Euro en Angleterre, puis bien évidemment la Coupe du Monde 98. Mon regard n’a vraiment changé qu’à partir de 2004-2005, où je me suis vraiment mis à m’intéresser au football différemment et au moment ou j’ai eu mon premier Football Manager.

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