S’il n’évoluait plus au plus haut niveau depuis un moment, cela fait bizarre de voir Rooney prendre sa retraite. On l’a aperçu une première fois, lorsqu’il était encore adolescent, à Everton. Le jeune attaquant se permettait de nettoyer la lucarne de Seaman, gardien d’Arsenal, parmi les meilleures équipes européennes à l’époque. Le wonderkid devait tout casser sur son passage, comme bien d’autres avant lui. Mais contrairement à beaucoup, Wazza (dérivé du surnom Gazza qui était celui de Gascoigne) a fait bien plus que de répondre aux attentes pourtant élevées.

Tout fan de Manchester United se souvient de son premier match fracassant sous les couleurs des Red Devils. Révélation de l’Euro 2004, le jeune espoir débute en Ligue des champions face à Fenerbahçe, en inscrivant un triplé : du gauche, du droit, et sur coup franc. Les années passent, et le numéro 8, qui récupérera le numéro 10 de van Nistelrooy parti à Madrid, deviendra légende. Souvent buteur, toujours combattant, Rooney brille aussi et surtout par son incroyable intelligence de jeu, qui lui permet de tout (bien) faire, loin de l’image de bourrin anglais que certains lui ont collé (parce qu’il est roux, trapu et aime la box). Capable de se mettre au service de ou Berbatov, et de combiner avec Tevez ou Chicharito, il sait aussi endosser le rôle de buteur principal de l’équipe, notamment lors de cette saison 2009-10, où son niveau de jeu est stratosphérique. Son plus beau but restera celui contre Manchester City : alors qu’il avait commencé à faire part d’envies d’ailleurs, au point de se faire chahuter par Old Trafford, il finira par prolonger, puis par se faire pardonner en claquant un retourné acrobatique dans la lucarne des voisins. Un tel scénario n’arrive habituellement qu’au cinéma.

Capable de jouer second attaquant, voire meneur de jeu, de tacler comme un numéro 6 ou de jouer box-to-box, Rooney a été le footballeur collectif ultime, celui qui se moque des récompenses individuelles, malgré un talent fou. S’il n’a pas tenu la distance face aux monstres que sont Ronaldo et Messi, il a réussi, pendant quelques saisons, à se rapprocher sérieusement de leur niveau. Détenteur de nombreux records, il quitte le monde du football dans une relative indifférence par rapport au monument qu’il a été. Qu’importe, puisque les connaisseurs se rappelleront toujours de ce joueur hargneux et fin à la fois, tel le footballeur total qu’il était. Goodbye et merci pour tout.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.