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En Algérie, les ultras contre le pouvoir

Récits

En Algérie, les ultras contre le pouvoir

La chute de Bouteflika et la promesse d’organiser des élections n’ont pas calmé les manifestants algériens. Le « Hirak » (mouvement en arabe) social est très ancré dans le pays et les supporters des clubs de football algérois en sont des acteurs majeurs. Récit.


Dès les premiers vendredis de contestations en Algérie, la presse française a relevé la place et l’influence importante qu’avaient les supporters des deux principaux clubs de la ville (Le MCA et L’USMA) dans les cortèges. Si, depuis l’Europe cette présence peut sembler incongrue, plus habituée à considérer les supporters de football comme une masse informe violente et inculte, dans la plupart des pays nord-africains le phénomène n’est ni nouveau, ni surprenant.

En Algérie, les ultras contre le pouvoir

En effet, lors des précédentes contestations dans les pays arabes – Tunisie, Égypte ou encore Turquie, les supporters tenaient déjà une place prépondérante dans les manifestations populaires. Lors des évènements de la place de la place Taksim d’Istanbul en 2013 on a vu les supporters des clubs historiques de la ville – Fenerbahçe, Besiktas et Galatasaray – s’unir pour défier la police et protéger les manifestants d’une répression violente. Il en fut de même en Egypte autour de la place Tahrir, au Caire, quand les ultras des deux clubs du Zamalek et Al-Ahly se sont retrouvés en première ligne de la contestation.*

Cet activisme s’explique par trois raisons au moins :

  • d’une part, dans ces sociétés autocratiques la pression sociale s’exerce moins lorsque que l’on est dans l’enceinte des stades
  • d’autre part, les supporters des clubs sont le seul groupe social à être structuré et organisé et coutumier de la répression policière.
    Enfin spécificité algérienne le football a toujours été un moyen d’expression de l’identité nationale et de la lutte anticoloniale. En effet, le football a été importé par la France comme un instrument de contrôle social et d’acculturation des population « indigènes ». Mais très rapidement, de nombreux clubs exclusivement composés de joueurs « indigènes » se constituent.
    Par la suite, l’émergence des premiers mouvements indépendantistes – le Parti du Peuple Algérien a été créé en 1937 – et la popularité grandissante du football transforment les terrains de football en lieu de revendications émancipatrices. L’acmé est atteinte au moment de la création en 1958 de l’équipe du FLN qui représente pendant 4 ans, sans être reconnue par la FIFA, l’Algérie officieuse.

En outre, la tradition musicale algérienne – à travers le Chaabi de la casbah d’Alger, le Raï oranais ou le Diwann berbère – se fait l’écho dans ses textes de la situation politique et sociale du pays. Inspirés de cette tradition et en ce qu’ils ne sont que contestataires, les chants des tribunes sont devenus un style musical à part entière.

Devenu très populaires, ces chants sont sortis hors des murs du stade et sont désormais repris dans les cortèges. Le plus célèbre d’entre eux est La Casa del Mouradia (en référence à la fois au Palais présidentiel et à la série La Casa de Papel) chanté dans les tribunes de l’USMA depuis 2018.

Dernier constat : on chante actuellement dans les cortèges en Algérie « Fi Bladi Dalmouni » – « dans mon pays, on m’a maltraité » –  chant des supporters du club du Raja de Casablanca (Maroc) qui évoque l’accaparement des richesses par les politiques. Les gouvernements de la région seraient avisés de tenir compte des chants des supporters.

*Les ultras d’AL-Ahly paieront un lourd tribu à cette opposition puisqu’un an après en 2012 lors d’un match entre Al-ALhy et port saïd 74 supporters cairotes décéderont lors d’affrontement sous les yeux de la police qui n’est pas intervenu.(

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