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L’élégance est-elle l’apanage du joueur lent ?

Récits

L’élégance est-elle l’apanage du joueur lent ?

Bergkamp, Riquelme, Zidane, Iniesta, Pirlo, Berbatov… La quasi-totalité des joueurs les plus élégants de ces 15 dernières années ont pour point commun d’être lents, ou perçus comme tels. Tentatives d’explication.

Si on vous demande qui est le meilleur joueur actuel, vous répondrez Ronaldo ou Messi. Dans le cas où vous aimez sortir des sentiers battus, vous citerez Robben, Neymar, Rooney, Bale, Hazard, Tevez, Agüero, Suarez, etc. Maintenant, si on vous demande qui est le joueur le plus élégant, aucun de ces noms ne devrait vous revenir à la bouche. Même si les perceptions de la grâce sont propres à chacun, il y a plus de chances que vous évoquiez Isco, Pirlo, David Silva, Kroos, Berbatov, Iniesta, Xabi Alonso, Ozil, Modric, Pastore, etc. Tous ont pour point commun d’être lents. Ou plutôt, malgré un jeu au rythme toujours plus effréné, aucun n’utilise la vitesse comme atout majeur.

Maradona avait beaucoup d’admiration pour Caniggia

Maradona, qui n’était pourtant pas le plus lent au démarrage, avait beaucoup d’admiration pour son ami Caniggia, plus rapide que lui. Il lui disait souvent qu’avec une telle arme, le football devait être plus facile, puisqu’il suffisait à son coéquipier de pousser le ballon devant, là où quelqu’un comme lui était obligé de toujours feinter son adversaire, en simulant un départ d’un côté pour partir de l’autre, en cachant la balle avec son corps, etc. De cette anecdote, on peut retenir que la supériorité athlétique d’un joueur peut lui permettre de prendre le dessus sur un autre, sans même entrer dans la moindre considération technique. Et si c’est évidemment intelligent d’user de tous ses avantages, c’est probablement cette dimension physique qui fait qu’on trouve moins « méritant » et moins beau un slalom de Messi à un dribble d’Iniesta. Et ce, indépendamment du fait qu’on puisse apprécier un débordement basé sur la vitesse pure.

La fascination pour le joueur lent s’explique par le fait qu’on ne comprend pas comment quelqu’un dont le physique se rapproche d’un homme lambda, sportif sans être impressionnant, puisse avancer balle aux pieds sans que personne ne parvienne à le stopper. L’impression de finesse s’explique par le fait que ces joueurs ne sprintent pas, tout simplement car cela ne leur fait pas aller beaucoup plus vite. La faible plus-value ne justifie pas l’effort. De fait, ils ont plus de temps pour regarder autour d’eux et jouer la tête haute, ce qui leur confère une certaine prestance. Autre avantage, leur précision dans le jeu long est supérieure, car ils ont appris depuis toujours que le ballon allait plus vite qu’eux. Enfin, chez ces joueurs subsiste toujours une forte impression de contrôle, de calme, car ils ont appris à calmer le jeu. Cette gestion des temps morts attribue directement au joueur concerné un rôle de leader qui ne fait que renforcer l’impression de charisme, et in fine d’élégance.

La femme de Ronaldo avait défrayé la chronique en disant, à l’époque où son mari se « disputait » le titre de meilleur joueur du monde avec Zidane, qu’elle trouvait le jeu du Français plus beau.

Je ne saurais la contredire, malgré toute l’admiration que j’ai pour le Brésilien. Si tous les joueurs rapides sont aussi doués avec un ballon que les joueurs lents, ils n’ont pas une image aussi soyeuse que leurs opposés. Tout le monde peut danser sur la samba de Neymar, mais sait-on apprécier le flegme qui ressort d’un tango de Riquelme ou d’une valse de Zidane ?

Cet article n’a rien de dogmatique. En aucun cas, je n’affirme que les joueurs lents soient tous plus raffinés que leurs homologues rapides. Un Mertesacker est loin d’être le plus beau à voir jouer à Arsenal. Et je ne critique aucunement les flèches sur un terrain. J’aime regarder des joueurs explosifs comme Robben, qui est un des rares pour qui je peux regarder un match tout particulièrement, sans forcément avoir d’intérêt pour l’affiche du match en elle-même. Je défends juste la mixité dans le football. Si la multiplication des Walcott, Chamberlain, Hazard, Reus ou autres Neymar est une bonne chose, il ne faut pas qu’elle se fasse au détriment d’autres profils. Il n’y a rien de mal à encenser les joueurs qui accélèrent le temps, mais n’oublions pas ceux qui ont la capacité de le suspendre.

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi, je vous invite donc à me donner votre opinion.

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