Depuis Dublin, nous avons échangé avec Neil Farrugia, international U21 irlandais et joueur du club le plus titré du pays, Shamrock Rovers. De son arrivée en Irlande à 8 ans au titre de champions 2020, en passant par la Youth League, nous sommes revenus sur le début de carrière d’un jeune à fort potentiel.

Profitez de l’interview sur YouTube ou en audio 🎧 directement ci-dessous.

Est ce que tu pourrais te présenter rapidement à nos lecteurs ?

Je suis franco-irlandais, d’une mère irlandaise et d’un père français. Je joue au foot en Irlande, à Dublin, dans une des plus grandes équipes d’Irlande, Shamrock Rovers et je suis arrivé ici quand j’avais 7 ans, 8 ans.

Comment es-tu tombé dans le monde du football ?

J’ai toujours joué au foot quand j’étais petit, même quand je vivais à Paris. J’allais toujours jouer au foot au parc, avec mon père. J’étais aussi un gamin qui courrait beaucoup. J’avais un bon toucher de balle et ça a commencé comme ça. Après, quand je suis arrivé en Irlande, j’ai très vite commencé dans une équipe de foot et voilà.

Quel était ton club favori quand tu es petit et pourquoi  ?

Ça a toujours été Chelsea. Je ne saurais pas te dire pourquoi. Ça fait tellement longtemps que je les suis, je ne saurais même pas te dire comment j’ai commencé à les suivre.

Est-ce que tu pourrais nous parler de ton profil en tant qu’attaquant, ta façon de jouer ?

Je suis un ailier, j’aime beaucoup attaquer, foncer, je suis rapide donc j’essaye de déborder sur les ailes. En ce moment, je joue plus dans une position de piston. J’ai dû plus travailler ma défense mais j’essaye d’avoir toujours cette mentalité d’attaque même dans ma nouvelle position.

Aux Shamrock Rovers, vous êtes passés en 3-5-2 ?

Oui exactement on est passés en 3-5-2. Dans cette position, je peux faire beaucoup de dégâts sur les ailes parce que parfois je suis moins marqué.

Est ce que tu pourrais nous parler de ton expérience avant les Rovers ?

Avant Rovers, j’étais dans une université, l’UCD (University College Dublin). L’UCD est le seul club semi-pro qui ne compte que des étudiants dans ses rangs. Certains clubs font des partenariats avec des facs mais UCD est le seul à jouer seulement avec des étudiants. J’ai joué là-bas pendant 3 ans et demi.

Avant ça, j’ai joué dans un club qui s’appelle Belvedere pendant 1 an. Et encore avant, j’ai joué pour un autre club pendant 5 ans, en équipes de jeunes, quand je suis arrivé en Irlande, à « Joeys » (St Josephs).

Belvedere est un club reconnu pour sa formation est ce que tu peux nous en parler un peu plus en détail ?

Il y a vraiment de bons joueurs qui sont venus de Belvedere. Quand j’ai fait cette transition de « Joeys » à Belvedere, c’est vraiment là où je suis monté d’un niveau. J’ai joué avec des bons joueurs, qui sont après allés dans des clubs en Angleterre et franchement on avait une bonne équipe. J’avais peut-être 16 ans et c’est vraiment là où j’ai pu jouer, monter d’un niveau avant d’aller à UCD. J’ai appris beaucoup de choses et c’était un bon club pour moi, une bonne transition.

Avant UCD, as-tu été en contact avec des clubs français ?

Avec des clubs français, non jamais. J’ai juste eu des contacts avec des clubs en Angleterre.

Tu es aussi étudiant, est-ce une sécurité ou comptes-tu reprendre dans ce domaine après ta carrière ?

Après avoir obtenu mon bac, j’ai vraiment pris la décision de continuer mes études. J’avais la possibilité de signer pour un club en Angleterre mais les études m’ont toujours passionné. Aussi, je voulais vraiment avoir une bonne base d’éducation pour que, quand je finis le foot, je puisse directement avoir un boulot ou faire encore deux ans d’études avant de travailler.

Donc j’ai étudié les sciences biomédicales, c’était vraiment scientifique, c’était sur la physiologie du corps, un peu sur les médecines. J’ai fait ça et c’est un truc qui me passionne toujours.

Comment as-tu réussi à concilier études et football pendant ces années ?

J’ai eu mon diplôme l’année dernière, j’ai fini mes 3 ans. Mais il y a eu 6 mois où j’étais avec Shamrock Rovers et la fac. Je suis parti de UCD, 1 an avant la fin de mon diplôme. J’ai fait cette transition parce que je pensais que c’était le moment de monter de niveau. Mais je me suis dit que j’allais essayer de finir mes études. Là c’était plus dur parce qu’avant, à UCD, je m’entraînais le soir et j’allais en cours le matin.

Mais en allant à Shamrock Rovers, comme c’était un environnement complètement professionnel, j’ai dû essayer d’équilibrer les entraînements le matin, rater mes cours et après aller à la fac. Ça, c’était dur mais j’ai eu l’aide de ma copine qui faisait les mêmes études que moi. Elle a pu me prendre des notes et ça m’a bien aidé. Mais surtout, j’ai dû aller à la bibliothèque après mes entraînements pour étudier et essayer de rattraper.

Tu as connu la Youth League avec UCD, que vaut cette compétition et est-ce vraiment une étape importante dans la carrière d’un jeune ?

C’était énorme ! En fait on a juste joué contre une équipe et après on a été éliminé aux penaltys, au premier tour. Mais on a joué contre Molde (Norvège), il y avait Haaland de Dortmund, qui a joué, il est rentré. Maintenant je le connais bien sûr mais avant je ne savais pas qui c’était. Et je vois un mec qui arrive, il est super grand, costaud, et je me dis « c’est un bon joueur lui » et quelques années après il a explosé.

Mais c’était vraiment une bonne expérience, le stade là-bas était super beau. Et de pouvoir jouer contre des équipes, en Europe, c’est vraiment une expérience que tous les joueurs doivent vivre. Même avec Rovers, on a joué en Europe et c’est le moment de la saison que j’attends le plus chaque année.

Et donc comment était cette interminable séance de TAB contre Ilves (14-13 score final) ?

Je suis sorti à la 75ème ou 80ème minute donc je n’ai pas pu participer à la séance mais c’était vraiment chaud ! Je ne sais pas vraiment comment le décrire. En plus, comme il n’y avait pas de fans, je pense qu’il y avait moins de pression pour les deux équipes et ça a vraiment aidé tout le monde. Après, à la fin, je pense que c’est juste la chance qui était de notre côté.

Avant ça, tu as connu la D2 irlandaise, que vaut ce championnat ?

Surtout si t’es jeune, c’est un bon championnat pour apprendre à jouer contre des mecs qui sont plus costauds que toi, qui jouent pour leur famille. C’est vraiment l’expérience de jouer contre des hommes. Ça, ça vaut beaucoup pour un jeune joueur et dans la D2 c’est ce que ça donne. C’est une division qui est très physique, peut-être plus que la D1.

Ensuite tu es arrivé en D1, comment s’est passée cette année de découverte ?

On est montés avec UCD en première division et c’était vraiment un choc dans le système. Je me rappelle le premier match qu’on a joué, on s’est fait détruire 3-0. Je pense que j’ai touché la balle peut-être 10 fois, c’est un niveau complètement différent. Après, tu commences à t’adapter, à jouer et à penser plus vite. Ça a pris quelques matchs mais très vite tu t’adaptes à jouer contre des bonnes équipes où il faut passer la balle plus rapidement. Et j’ai aimé jouer avec UCD parce qu’on était une équipe jeune mais une équipe de possession aussi donc je pense que ça a aidé pour la transition.

Ensuite tu as enchaîné avec un transfert aux Rovers, comment ça s’est fait et pourquoi ce club ?

Je pense que je suis arrivé à une période avec UCD où je ne me voyais pas progresser pendant la saison. Personnellement, quand je joue au foot, je cherche à progresser chaque année. Je me suis donc dit, il faut que je change de club, il faut que j’essaye de progresser. Donc là j’avais un « checkpoint » de décision pour voir ce que j’allais faire. Il y avait des intérêts de clubs anglais je pouvais choisir de partir en Angleterre pour poursuivre ma carrière mais sans oublier qu’il me restait 1 an d’études.

Donc je devais arriver à monter de niveau tout en ayant la possibilité de finir mes études. Et le seul club, peut-être deux, qui répondait à ses critères, c’était Shamrock Rovers. Ils sont assez proches de ma maison et de la fac et tout ça a joué dans mes choix. Et aussi c’est une super équipe. Franchement c’est une des meilleures, voire la meilleure équipe d’Irlande.

Durant tes deux dernières saisons dans le championnat irlandais, quel joueur t’a le plus impressionné ?

Le joueur qui m’a le plus impressionné était dans mon équipe. C’était Jack Byrne. C’est un joueur qui a vraiment une technique incroyable, une vision de jeu et une qualité de passes que je n’ai jamais vu. Il a joué dans l’académie de Manchester City, il a fait quelques clubs et après il est revenu en Irlande. Il est reparti maintenant, il a signé à l’Apoel Nicosie à Chypre. Franchement c’est un super joueur et je pense que c’est celui-là. Il a aussi gagné le titre de joueur de l’année 2 fois de suite.

Quels sont les moments les plus marquants de ta carrière pour le moment ?

Un des moments les plus marquants, c’est quand j’ai gagné la deuxième division avec UCD. Ça, c’est vraiment un moment que je ne vais jamais oublier. Je voulais vraiment jouer en première division. Et à la fin de la saison, on était proches de la montée et la victoire lors de l’avant-dernière journée était vraiment un soulagement.

Le deuxième, c’est sûr, c’est de gagner le championnat avec Shamrock Rovers la saison dernière. Ça c’était énorme aussi parce que j’ai joué une grande partie de la saison et je pense pas qu’on ait perdu un match de la saison.

Après, un match qui va toujours rester dans mes pensées, c’est le match contre l’AC Milan, en qualifications pour l’Europa League. C’était un peu un rêve parce que c’était vraiment une équipe énorme, on jouait contre Zlatan, c’était incroyable en fait. En vrai, je n’ai pas vraiment aimé le match, on a perdu 2-0, je n’ai pas touché beaucoup de ballons mais c’est quand même un souvenir qui va rester.

Entre le titre avec UCD et celui avec les Rovers, lequel as-tu préféré ?

Ah ça c’est dur. Le titre avec Rovers, comme on a pas perdu un match de la saison, c’est un truc qui va rester dans l’histoire des championnats d’Irlande. Donc je pense que pour cette raison-là, je dois choisir ça. De ne pas perdre un match dans toute la saison, ça n’arrive pas souvent. Pour cette raison, je choisis donc Shamrock Rovers.

Comment parlerais-tu du championnat irlandais à un jeune qui est bloqué en France et qui cherche à s’expatrier ?

Je dirais qu’il y a beaucoup de passion dans le championnat irlandais, que les joueurs de ce championnat sont des joueurs avec beaucoup de passion pour le foot. Tous les matchs sont vraiment physiques et intenses. Tu ne peux pas arriver dans un match et te dire que ça va être facile. Tous les matchs sont des matchs que tu dois gagner et toutes les équipes d’Irlande ont la même mentalité, les 3 points ou rien. Et ça, ça joue beaucoup dans les matchs, tu vois qu’il y a une compétition, il y a un truc physique qui est difficile à expliquer. C’est en jouant le jeu que tu comprends cette ténacité que les joueurs irlandais ont.

Que penses-tu des rumeurs de fusion entre les championnats irlandais et nord-irlandais ?

J’ai pas vraiment eu beaucoup de pensées dessus. Je pense que je comprends pourquoi ils feraient ça, parce que ça augmenterait la qualité des équipes dans le championnat. On pourrait créer un championnat plus grand et au lieu de jouer les équipes quatre fois ou trois fois ce qu’on fait en ce moment, on jouerait toutes les équipes deux fois comme dans un championnat « normal ».

Quelle est la place du football en Irlande avec les sports plus populaires que sont le football gaélique et le rugby ?

Je pense que le foot en Irlande est peut-être deuxième, troisième. Pour moi, le football gaélique est vraiment énorme. Le football gaélique et le rugby sont les deux sports qui sont vraiment énormes en Irlande. Et c’est pour ça que je pense que le football est peut-être troisième dans la liste.

Que peux-tu nous dire sur la rivalité qu’entretient ton club avec les Bohemians (BFC Dublin) ?

La première fois, j’étais en tribunes et j’ai regardé Rovers contre Bohs, c’était incroyable, ça me donnait des frissons. Parce qu’avec les fumigènes et les supporters qui criaient, c’est vraiment quelque chose qu’il faut vivre. Et quand je te parlais de cette ténacité et de compétitivité en Irlande, tu peux le voir en tribunes lors d’un match entre Shamrock Rovers et Bohs, c’est multiplié par dix.

Quelles opinions ont globalement les Irlandais des Français ?

Je dirais que c’est plutôt positif. Je pense qu’ils voient la France comme un pays qui a produit des joueurs de foot énormes mais aussi dans les autres sports, sauf le rugby peut-être, pas comme l’Irlande en tout cas.

Comment se vit le quotidien en Irlande par rapport à la France (popularité…)?

Comme je te disais, le foot en Irlande c’est troisième. Si t’es un joueur de rugby qui joue pour Leinster (le club de Dublin), ça c’est différent ou même un joueur gaélique qui joue pour Dublin, c’est un niveau de popularité différent. Donc il n’y a pas vraiment ça comme tu le verrais en Angleterre par exemple.

Quelles sont tes principales activités en dehors du football ?

J’adore jouer au golf, je suis membre d’un club. J’essaye aussi de me reposer entre les entraînements. J’aime bien aussi marcher avec ma copine, avec les chiens, dans la forêt ou dans les montagnes. J’essaye de faire ça une fois toutes les deux semaines pour ne pas trop fatiguer mes jambes. J’aime aussi beaucoup nager. Il fait super froid mais j’adore ça.

Au niveau alimentaire, quelles sont les différences entre la France et l’Irlande et est-ce que tu pourrais me donner une spécialité irlandaise ?

Comme ma mère est à moitié espagnole, à la maison on ne mange pas vraiment des choses irlandaises. On mange des plats de partout en fait. Pour un plat irlandais, je dirais Fish & Chips, c’est aussi anglais mais Fish & Chips dans un pub, c’est assez irlandais. A part ça, ce n’est pas comme la France ou l’Espagne où la gastronomie est beaucoup plus évoluée.

La saison 2021 démarre dans quelques semaines, quelles sont tes ambitions pour cette nouvelle saison ?

La saison commence dans 1 mois et demi et au niveau de mes ambitions personnelles, je veux monter d’un niveau. L’an dernier, je n’ai pas eu beaucoup de chance avec mes blessures. Un de mes objectifs cette année est de ne pas me blesser et d’essayer de pouvoir enchaîner les matchs parce que j’en ai vraiment besoin. L’an dernier j’avais pas trop ça. Je pense qu’avoir ça me donnera un boost de confiance. C’est pour ça que cette année, je vais essayer d’éviter les blessures, de pouvoir jouer tous les matchs, de marquer plus de buts et surtout d’avoir plus de passes décisives.

Lors de ta première interview avec les Rovers, tu disais que ton ambition était de partir à l’étranger, quelles destinations aurais-tu tendance à privilégier ?

Je pense pas que j’aurais vraiment une destination. Je veux progresser. J’ai que 21 ans, je vais avoir 22 ans en mai et je pense que je ne vais jamais arriver à un point de ma carrière où je vais me dire que je ne veux plus progresser. Je veux toujours essayer de monter de niveau et quand je sentirai que j’ai cette possibilité, j’espère la prendre. Mais je n’ai pas vraiment de destination, ça va dépendre.

Tu as connu la sélection irlandaise en jeunes, quelles sensations as-tu ressenti à ce moment-là ?

Jouer pour l’Irlande, c’est quelque chose qui va rester dans mes souvenirs. Mettre le maillot vert et chanter l’hymne, c’est quelque chose dont tous les jeunes rêvent dès un jeune âge. Quand j’ai joué pour les U21, c’était super, j’avais marqué un but. C’est vraiment des sensations, des expériences dont je n’aurais même pas pu rêver avant.

Maintenant tu commences à prendre de l’expérience, la sélection A s’approche, as-tu déjà des contacts ?

Pas encore. Je pense que j’ai toujours un peu de boulot à faire en termes de progression en tant que joueur, d’être plus décisif, d’avoir plus de confiance et d’essayer d’enchaîner les matchs tout en évitant les blessures, tout ça, ça va aider. Je pense que je suis proche mais il y a encore du boulot à faire de ma part.

Merci pour tes réponses, aurais-tu un petit mot à ajouter pour clôturer l’interview ?

J’ai bien aimé l’interview. J’ai bien aimé parler en français, ça faisait longtemps que je n’avais pas fait d’interview en français donc c’est toujours un plaisir.

Toute l’équipe de PKFoot remercie Neil Farrugia pour sa disponibilité et lui souhaite une très belle saison du côté du Tallaght Stadium de Dublin ! N’hésitez pas à le suivre ses aventures sur son instagram : n.farrugia19

Amalric Blanchon

Passionné d'écriture et de football depuis ma tendre enfance, je m'attelle à faire découvrir les championnats peu médiatisés que je prends plaisir à visiter chaque année. Dans la vie, je suis un étudiant en communications la semaine et un groundhopper le reste du temps.