Véritables entreprises, les clubs de football sont amenés à diversifier leurs revenus ou améliorer leur image de marque. Cela passe par beaucoup de vecteurs différents. L’immobilier, les médias, d’autres sports… Penchons-nous sur l’un d’eux, l’investissement dans l’eSport à travers League of Legends.

League of Legends ?

League of Legends est classé comme un MOBA, arène de bataille multijoueur en ligne en anglais. C’est un jeu de stratégie dans lequel deux équipes de cinq joueurs s’affrontent sur une même carte avec pour objectif de détruire la base ennemie. Chaque joueur contrôle un « champion » choisi parmi les plus de 150 disponibles. Chaque champion a son style de jeu et des compétences propres. Le joueur le contrôlant augmente ses statistiques au fil de la partie en achetant des objets qui ont eux-mêmes leurs propres caractéristiques. La partie, qui dure en moyenne entre 20 et 40 minutes, se termine quand une équipe détruit le « Nexus » ennemi, bâtiment situé au centre de chaque base.

Vu comme ça, le lien avec le football paraît compliqué à côté de jeux comme FIFA ou PES. Pourquoi alors s’intéresser à d’autres jeux bien plus éloignés du gazon dans le gameplay ?

Placement intéressant

Dans la même logique qu’une entreprise, un état ou d’autres structures qui investissent dans un club, l’idée est d’entrer sur de nouveaux marchés. S’assurer une présence dans un autre secteur. Faire connaître sa structure dans un domaine qui n’est pas le sien, de prime abord. Et comme il est plus courant de voir de gros investisseurs acheter des clubs de première ou deuxième division plutôt que de « petits clubs », les nouveaux marchés touchés doivent être porteurs. C’est là que League of Legends entre en scène.

Après plusieurs remaniements, la compétition en Europe s’organise autour d’une lige majeure, la LEC. C’est l’équivalent d’une SuperLigue européenne dont on parle dans le football, avec un fonctionnement proche de celui de la NBA. 10 équipes s’affrontent, sans promotion ou descente, le podium se qualifie au championnat du monde tandis que le 4e passe par les qualifications. Une sécurité qui assure la présence des formations en LEC quoi qu’il arrive, au moins en termes de résultats. Viennent ensuite les ligues nationales (France, Espagne, Allemagne, Turquie, Balkans, Grèce, Portugal entre autres).

Le jeu, qui a fêté ses 10 ans l’année dernière, est un mastodonte ! Considéré comme le jeu « le plus joué au monde » ou celui ayant la scène compétitive « la plus large de la planète », il s’est imposé comme une référence dans le monde de l’eSport. Son succès, à l’image de celui plus récent de Fortnite, peut en partie s’expliquer par le fait qu’il soit gratuit. Il suffit d’un ordinateur et d’une connexion internet pour y jouer. Mis à jour très régulièrement, il arrive à garder de l’intérêt au fil du temps. Et cela plaît puisque le jeu enregistrais en 2019 près de 8 millions de joueurs en simultané chaque jour ! Une cible potentielle très large donc. Et sur plusieurs continents ; LoL est populaire en Europe, aux USA, et surtout en Asie.

L’Europe du foot déjà présent

Football et League of Legends, une alliance prometteuse ?

Structures esport affiliées à des clubs de foot en Europe en 2021

Et contrairement à FIFA ou PES, la communauté de LoL n’est pas forcément intéressée par le football. Une possibilité de se faire connaître à un nouveau public pour des clubs. Le premier à franchir le pas en Europe a été Besiktas, rachetant une équipe de ligue turque en 2015. Schalke 04 a quant à lui intégré la LEC en 2016. Aujourd’hui, les différentes compétitions européennes comptent 13 structures directement reliés à des clubs !

En France, c’est l’Olympique Lyonnais qui s’y est mis en nouant un partenariat avec la structure LDLC, déjà très compétitive au niveau national, en janvier 2020. L’objectif, selon le site officiel du club, est de « renforcer le leadership de l’équipe sur la scène esport française et internationale ».

Les Gones se sont aussi rapprochés d’une structure chinoise, Edward Gaming, active sur Fifa ou Counter Strike. Loin d’être un hasard, puisque « la Chine est un véritable pilier pour le développement du marché mondial de l’eSports. »

L’investissement dans ce milieu est d’autant plus intéressant qu’il s’affirme de plus en plus. L’eSport est devenu une des épreuves officielles des Jeux Asiatiques de Jakarta en 2018 et de Hangzho en 2022. Dans l’optique de la Coupe du Monde, qui représente un temps fort pour l’économie du football, la visibilité est encore plus importante.

Le PSG, en deux temps

Paris, un des meilleurs exemples de valorisation de marque même en dehors du football, s’est bien évidemment essayé à l’exercice. D’abord en Europe, avec une pige d’un an pas franchement réussie en Challenger Series (deuxième division européenne, qui n’existe plus aujourd’hui). Le projet fut annoncé en grandes pompes, avec une équipe ambitieuse et un des meilleurs coachs français. Mais cela n’a pas pris.

Pourtant, devant l’intérêt de l’investissement, le club de la capitale n’a pas abandonné LoL. 3 ans après, en 2020, le PSG revient en annonçant un partenariat avec une équipe déjà établie dans sa région, les hongkongais Talon Esports. En apportant des moyens supplémentaires à une formation championne en titre de sa ligue à ce moment-là, et surtout en habillant la structure aux couleurs du PSG, le club a réussi à être présent sur la scène des Worlds de League of Legends, compétition extrêmement suivie au niveau international !

Réussite obligatoire ?

Le succès n’est pas assuré pour autant. L’investissement peut paraître risqué pour plusieurs raisons. La scène européenne est en pleine expansion et a donc vu les salaires et coûts autour des équipes augmenter de manière significative depuis quelques années. Sans que le retour sur investissement soit au niveau, du moins pour le moment. C’est une des raisons pour lesquelles le PSG s’était éloigné de LoL après son échec en 2017.

Mais l’audience de ces compétitions continue de grandir. Quand on met cela en parallèle de la crise des droits TV qui touche la France, là où la LEC a pu continuer d’être diffusée malgré la crise, cela donne à réfléchir. De plus, l’eSport s’appuye sur des médias plus populaires auprès du jeune public, notamment Twitch qui connaît un essor de popularité encore accentué par la période récente. C’est un pari sur le moyen à long terme qui peut s’avérer payant.

Cela peut même aider le secteur sportif ! Schalke, en proie à de très grosses difficultés en , pense à vendre à place en LEC. L’investissement de 8M€ fait en 2016 pourrait rapporter près de 20M€ aujourd’hui, selon les estimations de l’Equipe. Face aux coûts de fonctionnement et le revenu possible de la vente, le club de Gelsenkirchen pourrait passer à l’action. Même si ce n’est pas la priorité du club, l’option est considérée pour sécuriser le cœur du club, le football.

Et après ?

Le mariage entre LoL et le foot, bien qu’ayant connu quelques couacs, paraît prometteur pour une équipe qui a les reins assez solides. Les retombées en terme d’image ont déjà fait leurs preuves. Il faut quand même être prêt à investir à perte. Mais cela n’est-il pas relativement récurrent dans le foot ? Reste maintenant à savoir si l’éventuel départ de Schalke ouvrira la porte à une nouvelle équipe européenne.

Thibault Delcourt

Amateur de football en général et de l’OM en particulier, je passe mon week-end à regretter Bielsa. En espérant en faire mon métier, j’écris sur le foot à l’occasion.