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Faut-il être fou pour investir dans un club de football ?

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Faut-il être fou pour investir dans un club de football ?

Après la vente de l’Olympique de Marseille à Frank McCourt, nous apprenions il y a deux jours que l’AS Nancy-Lorraine était sur le point d’être racheté par un conglomérat d’investisseurs étrangers majoritairement chinois, tout comme l’AJ Auxerre. Ce nouvel épisode dans la vague de rachats de clubs de football contraste sérieusement avec les difficultés financières rencontrées par des clubs comme Sochaux, Sedan ou Lens précédemment. Faut-il être fou pour lâcher ses billes dans un club de football ?

Si les premiers investissements étrangers marquant pour le football peuvent se nommer Manchester City et Paris Saint-Germain, l’arrivée de capitaux étrangers n’est pas chose nouvelle dans le monde du ballon rond. A l’heure où la vague de rachats de clubs s’accélèrent, nous pouvons déjà tirer une conclusion évidente : les exemples d’échec sont bien plus importants que les modèles de réussite dans ce type d’opération. City et le PSG ont pleinement profité de ces rachats pour prendre une nouvelle dimension et glaner des titres qui leur échappaient depuis de nombreuses années, Monaco semble en passe de réussir après réajustement de leur stratégie, mais pour ces quelques belles réussites, combien de club n’ont pas réussi à prendre leur envol ?

Des propriétaires absents et décriés

Le scenario est souvent le même : un club en difficulté et son président sur les rotules partent à l’autre bout du monde chercher d’improbables investisseurs qui arrivent la besace pleine de promesses après un trop léger examen de la situation. Quelques semaines plus tard, au mieux quelques mois, la situation s’envenime à cause d’un élément économique ou d’un retour à la réalité de l’investisseur maintenant conscient que les bénéfices seront impossibles, le dialogue se rompt et bien trop souvent le club se retrouve en dépôt de bilan et met un terme à son histoire professionnelle.

Faut-il être fou pour investir dans un club de football ?

On imagine l’ambiance du premier repas Mammadov – Martel.

En 2008, un fond d’investissement d’Abu Dhabi rachète Manchester City, deux ans plus tard ils sont imités à Malaga par un groupe d’investisseurs Qatariens décidés à faire du club espagnol l’un des plus compétitifs d’Europe. Van Nistelrooy, Cazorla, Toulalan ou encore Monreal signent et la saison 2011-2012 est exceptionnelle pour le club. La saison suivante, le club est engagé en Ligue des Champions, mais l’UEFA décide de sanctionner le club en décembre suite à de nombreuses dettes et un déficit important. Non-qualifiable en coupe d’Europe sur la période 2013-2017, le club connait de graves problèmes et doit revendre son armada. Finalement, le fond d’investissement se désengage et le club retrouve le ventre mou de la Liga à la faveur des règles financières très souples en Espagne (en France, c’était direction la CFA !). Le Cheik Abdullah Al-Thani est décrié par tous les acteurs du projet, comme par les supporters. A Portsmouth, la situation était en tout point semblable au début, sauf que depuis la première revente, le club n’a cessé de changer de mains pour finaliser atterrir en D4 anglaise, loin du rêve européen porté en 2008 par des joueurs comme Lassana Diarra ou Jermaine Defos.

En France, les exemples sont très nombreux. Le premier semble être le Grenoble Football 38 racheté en 2004 par la société japonaise Index Corporation et conduit à la Ligue 1 en 2008, après avoir comblé les dettes du club et construit un très joli écrin, le Stade des Alpes. Le club recrute et reste 2 saisons en Ligue 1, mais au terme de cette aventure, le club connaitra deux relégations successives et un dépôt de bilan au lendemain de la relégation officielle en National. L’aventure japonaise prend fin, l’investisseur n’étant plus en mesure de régler quoi que ce soit. Aujourd’hui, le club autrefois ambitieux végète en CFA.

Ces dernières semaines, d’autres clubs français semblent dans l’impasse : Sedan est dernier de National après le désengagement de l’investisseur Souadien qui s’était associé aux frères Dubois lorsque le club était en CFA2 et le FC Sochaux-Montbéliard commence à craindre pour son avenir. En effet, le club historique du groupe Peugeot revendu en 2015 au groupe chinois Ledus, voit sa trésorerie fondre de jour en jour, passant de 15 M€ à la reprise à un hypothétique 0€ en fin de saison. La mauvaise santé financière du club Sochalien semble s’expliquer aujourd’hui par celle de la maison-mère de Ledus, Techpro, dont l’action a récemment perdu 90% de sa valeur.

Les candidats au rachat toujours aussi nombreux

Si l’AJ Auxerre et l’ASNL, les prochaines cibles des investisseurs étrangers, espèrent échapper aux destins moroses de leurs comparses précédemment cités, certaines situations très médiatiques invitent les supporters à la plus grande prudence.

Quel amateur de football n’a jamais rit de la situation du Racing Club de Lens sous l’ère Mammadov ? Alors qu’après une première saison couronnée de succès (remontée immédiate en Ligue 1, beau parcours en coupe de France, recrutement réussi), la direction du club et la DNCG attendent l’argent d’Hafiz Mammadov pour valider la remontée du RCL et également les contrats des recrues, Gervais Martel se fait alors le porte-voix d’un investisseur que l’on dit mal en point financièrement et blacklisté dans son pays. S’en suivent deux années d’excuses foireuses sur un mauvaise IBAN ou encore une fête nationale empêchant toute activité bancaire, de silence radio du propriétaire à 99,99 % du club et de menaces de relégation en CFA2. Pourtant, lorsque le tribunal de commerce de Paris force la mise en vente du club, ils sont très nombreux à se montrer intéressés : le belge Gregory Maquet, l’autre belge Roland Duchatelet, l’Omanais-Ivoirien Charles-Kader Gooré ou encore le fond d’investissement Solferino (dans lequel est engagé l’Atletico Madrid). C’est cette dernière solution qui est choisi, le tribunal de commerce estimant que le redressement financier de l’Atletico était l’exemple à suivre pour le Racing. Aujourd’hui le club semble assaini et reparti de l’avant.

Malgré les échecs successifs de ce type de projet, les candidats aux rachats de clubs en difficulté sont toujours aussi nombreux et ne cessent de susciter de l’engouement autour de leur projet, malgré les nombreux mauvais exemples. Le supporter qui voit son club ne peut s’empêcher de se dire « avec nous, ça ne sera pas pareil », comme en ce moment du côté du LOSC. En effet, Gérard Lopez, autrefois candidat au rachat du RCL puis de l’OM, a jeté son dévolu sur le club flamand dont le propriétaire Michel Seydoux cherchait à se séparer depuis longtemps. Le coût pharaonique du stade a plombé le club et ses ambitions, mais le potentiel économique reste très fort pour un investisseur.

Un autre cas de figure voit également des investisseurs se créer des constellations de club dans différents championnats sans plus de réussite. Roland Duchatelet, qui a plusieurs fois tenté d’acquérir un club en France, était jusqu’en juin 2015 propriétaire de 5 clubs : le Saint-Trond VV et le Standard de Liège en Belgique, le Carl Zeiss Jena en D4 allemande, Charlton Athletic en D2 anglaise et l’AD Alcorcon en D2 espagnole. La Galaxie Duchatelet, censée emmener ces clubs vers les sommets dans un commun effort et ainsi faire prospérer leur propriétaire, connait aujourd’hui de grosses difficultés financières. Les clubs n’ont jamais progressé et Duchatelet n’a jamais fait de profits dans ces projets. Cette situation l’a poussé à vendre le Standard en juin 2015 et peut-être bientôt Charlton poussé vers la sortie par des supporters qui se sentent lésés.

Le football, définitivement un investissement à part

Ces échecs ne tiennent cependant pas tous à des erreurs de casting. Si les instituons de contrôle espagnoles n’ont su prévenir l’échec du projet de Malaga (et ne l’ont pas réellement sanctionné), la DNCG veille au grain en France. La DNCG a plusieurs fois refusé des ventes de club à des capitaux étrangers, mais aussi des montées de club fragilisés par ces investissements. Il faut dire que le football est clairement un sport à part en terme d’investissement et de rentabilité. Il est très difficile pour un propriétaire de gagner de l’argent avec un club de football, le seul gain d’un projet réussi se situant surtout dans le capital image du club, comme au PSG.

Les échecs de Malaga ou de Porsmouth à l’époque soulignent également une chose : ces projets sont d’autant plus difficiles à concrétiser si le championnat ciblé est cannibalisé par des mastodontes. City a su se faire une place près du BIG FOUR anglais, le PSG est devenu grand parce qu’il n’avait personne sur sa route en France, mais un club comme Malaga n’a jamais eu les moyens de rivaliser avec le Real Madrid ou le FC Barcelone, alors que ceci était presque impératif à la survie du projet. C’est sur des points comme celui-ci que les projets de l’AJA ou de l’ASNL peuvent faire peur : la place est prise et les clubs ne peuvent pas non plus compter sur un environnement géographique et économique aussi favorable que dans la capitale. Le projet de l’OM semble quant à lui raisonnable sur ce dernier point, c’est plus la personnalité du nouveau propriétaire qui effraye. De plus, les Marseillais peuvent compter sur une histoire récente, ils ne repartent pas de trop bas.

Contrairement à des sports comme la Formule 1 ou le cyclisme, le football ne semble pas assez rentable pour un investisseur qui se pointe dans un club en déficit de visibilité. A l’image de Bahreïn, de la Russie, de la Chine ou du Kazakhstan, les investisseurs ont aujourd’hui plus intérêt à se porter vers une équipe de cyclisme à laquelle ils pourront donner leur nom et qui le diffusera dans le monde entier, plutôt que sur un club de seconde zone d’un championnat peu médiatisé comme la Ligue 2. Le fossé est vraiment trop grand entre les ambitions du début de projet et sa concrétisation.

Faut-il être fou pour investir dans un club de football ?

Aujourd’hui, investir dans le football peut se penser de façon plus raisonnable qu’en espérant un destin à la parisienne. Fly Emirates est l’exemple parfait du sponsoring réussi, investissant à Arsenal, au Real Madrid, au PSG, au Milan AC pour devenir l’un des plus acteurs de son marché. C’est également le cas de l’assureur Allianz, dont le nom est porté par deux stades ultra-modernes en Europe : l’Allianz Arena à Munich et l’Allianz Rivera à Nice.

Une chose est sûre, l’économie du sport est entrée dans une période de profonde mutation et c’est le football qui semble aujourd’hui l’enjeu le plus important.

Quand je ne suis pas penché sur des stratégies marketing, j'écoute Pierre Bachelet dans mon jogging Sang & Or, la 8.6 pour seul allié. Mon père c'est Van Bommel, ma mère c'est Cyril Rool, du coup je voue un culte au tacle à la gorge.

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