Calendrier surchargé en raison des matches à rattraper suite au confinement oblige, la trêve internationale a permis à Deschamps de convoquer un groupe élargi, pour un trio de rencontres à enseignements variables. Alors, qui a marqué des points aux yeux du sélectionneur ?

Match observés : France 0-2 Finlande, Portugal 0-1 France, France 4-2 Suède

Thuram, un novice affamé

De nombreux engagements positifs sont à tirer de ce dernier rassemblement, au point que Deschamps, pourtant pas le premier à s’enflammer, a tenu à rappeler que l’équipe de France était « encore une grande équipe » suite à la victoire face au Portugal. Outre un Griezmann en jambes et rassurant, voici notre top 5 des joueurs qui ont réussi à se distinguer :

  • Son match solide face au Portugal de Cristiano Ronaldo contraste avec la fébrilité défensive française quelques jours auparavant, face à la Finlande. Auteur d’excellentes performances ces derniers mois, Kimpembé avait laissé une mauvaise impression face à Leipzig, retombant dans ses travers. Il semblerait que lorsqu’il n’est pas aligné avec un milieu défensif de métier, le stoppeur peut faire parler ses qualités d’agressivité au duel, de puissance dans les sauvetages aériens, et même de relances propres. Dans la mesure où Umtiti semble hors-jeu pour cause de blessures, il est le candidat numéro 1 pour accompagner, sur la durée, Varane en charnière centrale.

  • Et si l’ancien paria devenait le nouveau couteau suisse des Bleus ? On n’en est pas encore là, mais Rabiot a fait belle impression face au Portugal, puis la Suède. Son profil lui permet de bien bloquer le couloir gauche, d’occuper le demi-espace pour laisser le latéral (Hernandez notamment) prendre le couloir, mais aussi d’apporter une justesse technique dans les combinaisons. A l’origine du but de Kanté face au Portugal, Rabiot peut être utilisé dans un double pivot du 4-4-2 à plat (parfois proche d’un 4-4-1-1 face à la Suède), comme en milieu intérieur gauche du 4-3-1-2.

  • Homme du match face au Portugal, Kanté n’a pas fait que marquer. Il a mangé le milieu adverse, avec une qualité de conservation de balle assez peu commune, malheureusement souvent éclipsée par sa capacité à multiplier les interceptions. Mieux encore : il rend Pogba meilleur. Mais doit-on s’en étonner quand on se souvient qu’il arrivait même à bonifier Drinkwater ? Quel que soit le système choisi, et malgré la féroce concurrence, on voit mal comment Deschamps pourrait se passer de lui dans son onze de départ.

  • Le petit nouveau était attendu. Outre la curiosité habituelle, Thuram a un sacré patronyme à honorer. Pour le moment, il s’en sort plutôt bien : joueur le plus en vue lors des 20 premières bonnes minutes face à la Finlande, il a montré son implication défensive lors de son entrée face au Portugal, avant de se faire plaisir face à la Suède. Passeur décisif, il réalise aussi un joli festival sur le but de Pavard. Jouant à gauche du 4-4-2 à plat, il a le coffre pour aider son latéral, ce qui est une donnée forcément apprécie du sélectionneur.

  • Contrairement à ses concurrents, il a marqué lors de cette trêve internationale. Transparent face à la Finlande, Giroud avait tout intérêt à se distinguer face à la Suède, d’autant plus que Martial avait été intéressant dans le jeu face au Portugal. Comme d’habitude, le numéro 9 des Bleus a répondu présent, avec un doublé. Auteur aussi d’un bon pressing, récupérant quelques ballons haut, Giroud s’est aussi démené dans les airs, et aurait pu terminer avec une passe décisive si Griezmann avait converti sa jolie remise de la poitrine.

La poisse de Ben Yedder

Si certains ont réussi à tirer leur épingle du jeu, d’autres n’ont pas eu cette chance. Sans forcément démériter, des joueurs ont vu leurs concurrents briller, et peuvent se sentir légèrement sur la sellette. Voici notre top 5 de ceux qui ont perdu des points sur ce rassemblement :

  • Son statut de plus ancien joueur de la sélection lui donne presque d’office un strapontin dans la liste des 23 pour le prochain Euro. Pourtant, Mandanda n’a pas brillé face à la Finlande, encaissant 2 buts sur les 3 frappes adverses. Certes, il n’a pas fait de boulette spectaculaire, et il jouait au sein d’une équipe remaniée, mais le gardien marseillais ne transmet pas beaucoup de sérénité à sa défense. S’il n’est pas honteux, il peut largement faire mieux sur les 2 buts. Sans la logique de groupe logiquement chère au sélectionneur, il aurait de quoi s’inquiéter pour sa place. Il n’est même plus question de titiller Lloris, impérial au Portugal, et plus que jamais capitaine des Bleus.

  • Lent, emprunté dans les duels, et neutre dans la relance : Lenglet a prouvé malgré lui que sa méforme actuelle n’était peut-être pas le seul fait du contexte catalan. En difficulté face à la Finlande, il a vu Kimpembé briller à Lisbonne, puis rendre une copie convenable face à la Suède. Souvent en retard, pris à défaut, le défenseur du Barça peut s’inquiéter s’il ne rehausse pas son niveau en club : le fait d’être gaucher ne le sauvera pas éternellement. Il occupe une position où plusieurs joueurs sont titulaires en Ligue des champions comme Koundé, Upamecano et Laporte. Si ma préférence va aux 2 premiers cités, je n’oublie pas non plus Konaté, Zagadou et Fofana, sans doute encore un peu tendres. Si seulement Umtiti avait encore des genoux fiables…

  • C’est sans doute cruel de le placer ici, mais le soldat de Deschamps n’a pas brillé. On aime Sissoko pour sa façon si particulière, presque brute de casser des lignes, à coup de percées tout en puissance, qui nous avaient fait rêver en 2016. On n’en a pas vu une seule, que ce soit face à la Finlande ou la Suède. Pire, il est fautif sur le premier but encaissé, même si la passe de Lenglet est loin d’être un cadeau. Pas de chance : c’est le match où il a pris place sur le banc qui a été le plus convaincant collectivement pour les Bleus. S’il bénéficie d’un profil apprécié du sélectionneur, qui l’utilise à droite du 4-4-2 à plat, il doit se méfier d’une concurrence féroce aux milieux, où les absents n’ont pas forcément eu tort sur ce rassemblement…

  • Beaucoup de gens, dès l’annonce de la liste, ont remis en cause sa présence. Auteur de performances correctes, à défaut d’être transcendantes, à Rennes, Nzonzi n’a pas été à son avantage face à la Finlande, loin de là. Passif sur le second but encaissé, la Longueur a surtout affiché un déficit de combativité inquiétant, peu aidé par un Pogba qui n’avait pas envie non plus de faire les efforts. Rarement le milieu tricolore avait été aussi faible, et sans en être le seul responsable, Nzonzi pourrait en faire les frais. Outre son partenaire Camavinga, et même si aucun n’a son profil équilibrant, beaucoup de joueurs évoluant dans sa zone se distinguent en club : Ndombélé, Veretout, Doucouré voire Bourigeaud.

  • La chance ne veut pas lui sourire. Ben Yedder a été utilisé en second attaquant face à la Finlande, et a bien essayé de combiner dans les petits espaces durant le bon début de match des Bleus. Malheureusement, il s’est éteint par la suite, peu aidé par un collectif qui a pris l’eau. Pire encore, il a vu Martial réaliser un bon match face au Portugal, puis Giroud inscrire un doublé face à la Suède, alors qu’il était déjà parti à Monaco, en raison d’un test positif au coronavirus. S’il n’arrive pas à s’imposer en doublure en pointe, et puisque Deschamps pourrait privilégier Fékir ou Aouar pour être la doublure de Griezmann, le Monégasque pourrait être le grand absent de l’Euro côté tricolore. Cela serait cruel, mais pas illogique, même si les choses peuvent évidemment changer d’ici l’été prochain.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.