Forte de l’implication d’une quarantaine d’associations de supporters (ultras ou non) présentes sur tout le territoire français, l’Association Nationale des Supporters est depuis 2014 le principal interlocuteur des pouvoirs publics en matière de supporterisme.

L’ANS a été créée dans le but d’instaurer un dialogue cohérent entre des entités qui n’ont jamais réellement su dialoguer et sur les thématiques de l’animation des tribunes, de la gestion des accès au stade ou de toute autre question relative au monde du football dans sa dimension extrasportive.

Depuis sa création, l’ANS soutient l’idée du retour à ce que l’on appelle les tribunes debout dans les stades de l’Hexagone. Cette revendication existe depuis longtemps chez les supporters des clubs français et a fait l’objet de débats plus ou moins virulents ces 4 ou 5 dernières avec les constructions et rénovations de stades pour l’Euro 2016. C’est donc dans ce cadre que l’ANS a publié début novembre ses travaux sur les tribunes debout et l’évolution souhaitable dans la réglementation française.

La législation en France et en Europe

Depuis le drame de Furiani, la réglementation française en termes de station debout dans les stades est l’une des plus drastiques d’Europe. Légitime à l’époque, cette réglementation n’a peut-être plus lieu d’être aujourd’hui, notamment avec les nouvelles normes de construction des stades propres à l’Europe entière.

Aujourd’hui, l’organisation de manifestations sportives dépend des articles L.312-5 et R.312-14 du code du sport, ceux-ci conditionnant l’autorisation d’organiser ce type d’événement à l’homologation du stade l’accueillant et fixant comme règle que seule des places assises peuvent être prévues en tribune. Au niveau de l’Union Européenne, la réglementation est quasiment la même, mais ne peut que recommander que les stades de plus de 10 000 places ne soient pas pourvus en places debout. A un niveau plus propre au football, les réglementations de la FFF et de la LFP vont toutes deux dans le même sens.

Si l’UEFA a imposé de nouvelles normes d’accès et de station dans les stades obligeant les clubs à revoir à la baisse le nombre de places disponibles dans leurs stades et obligeant les clubs participants aux joutes européennes à fournir des places assises pour ces compétitions, certains règlements intérieurs de stades vont encore plus loin. Ainsi, les règlements du stade Pierre Mauroy et du Parc des Princes interdisent expressément la station debout dans toutes les tribunes disposant de sièges… c’est-à-dire le stade entier.

La réalité française

Une chose est sûre en France, aucun kop n’est tenu à rester assis pour animer son stade, ce qui est déjà une petite victoire en soit. Le problème qui se pose aujourd’hui est de savoir dans quelles conditions cette station debout est tolérée et envisageable ?

Dans son rapport, l’ANS met en avant les situations des stades de Caen, Saint-Etienne et Valenciennes qui ont mis en place un débat avec leurs principaux clubs de supporters pour au final installer des sièges coquilles à Caen, des sièges amovibles à Saint-Etienne et une combinaison coquille et barre anti-panique à Valenciennes. Ces solutions permettent un minimum de mouvement dans les tribunes et limitent les risques de blessure.

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

Le kop de VA et ses barres anti-panique

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

Les sièges amovibles à Saint-Etienne

On peut parler de moindre mal pour ces stades tant la situation dans d’autres enceintes est jugée catastrophique par les associations résidentes. Les nouveaux stades bordelais et havrais ou la récente rénovation lensoise posent de sérieux problèmes de sécurité pour les personnes présentes dans les kops. Lors de la saison 2015-2016, les rangées de strapontins du Stade Bollaert-Delelis ont cédé à plusieurs reprises blessant même certains supporters (70 sièges ont cédé lors d’un même match), tout comme les barrières en bas de la Marek qui ont cédé à deux reprises sur des buts des locaux. A Bordeaux, les Ultras Marine avaient communiqué en amont de l’ouverture du nouveau stade, mais leur requête n’a jamais été entendue.

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

Les strapontins de Bollaert-Delelis

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

Installation des strapontins à Bordeaux

Cette différence de traitement est symptomatique d’un dialogue rompu entre supporters et dirigeants dans certains clubs. Alors que la création de l’ANS a permis de rouvrir les échanges entre associations et pouvoirs publics, il serait de bon ton que ce dialogue réapparaisse à l’échelle local entre groupes et directions de clubs.

En route en Europe ?

En Europe, l’exemple Allemand est souvent mis en avant par les supporters d’autres pays. Surfant sur la construction et la rénovation des stades pour le mondial de 2006, les clubs allemands ont su trouver la bonne formule pour gérer et conserver la forte affluence dans ces nouvelles enceintes. Ainsi, depuis 2006, la fréquentation moyenne des stades allemands s’établie autour de 40 000 spectateurs par stade et par match contre 20 000 dans l’hexagone. En dehors de ça, l’animation des stades allemands est montrée en exemple dans l’Europe entière. D’où viennent donc la vie et la ferveur des stades allemands ?

Si la qualité du jeu en Bundesliga est un facteur indéniable, la législation en terme de station debout est également à l’origine de cette belle réussite. La politique allemande en matière de supporterisme est à l’image du Signal Iduna Park au sein duquel la direction du Borussia Dortmund a laissé plus de 27 000 places pour les supporters désirant rester debout, ce qui nous donne au final le mythique mur jaune ! A l’Allianz Arena, bien que la culture du club soit un peu différente du rival jaune, 5 000 places debout existent. Les exemples allemands ne manquent pas :

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

Techniquement, les tribunes ne sont pas « debout exclusives », mais font partie de stades dits modulaires. A Hambourg par exemple, les architectes ont inventé un système de marche métallique amovible avec siège dépliant intégré.

L’ANS présente son rapport sur les « Tribunes debout »

L’innovation signée HSV Hambourg

Les stades modulaires allemands semblent être une bien belle idée puisque ceux-ci offrent une vue parfaite sur le jeu peu importe que l’on soit à une place assise ou debout, la sécurité des supporters est assurée et la réglementation UEFA est respectée puisque les places assises sont transformables en places debout. Au final, les stades sont animés et remplis, du coup les investissements sont vite amortis et le prix des places va à la baisse. Pour exemple, à Schalke, club européen chaque année, le prix d’une place debout adulte est d’environ 8€ et pour une place assise adulte il faut compter 13€. Trois fois rien au final en comparaison avec les stades français dans le rapport prix / spectacle. Et l’exemple du club de Gelsenkirchen est loin d’être esseulé, puisqu’à Hambourg, les places de base vont de 8 à 16€, à Brême de 13 à 18€ etc.

Depuis, plusieurs championnats et clubs européens s’alignent sur le modèle allemand. C’est le cas de la nouvelle enceinte du Rapid de Vienne en Autriche, du stade de l’Ajax aux Pays-bas (aménagement prévu pour 2017), du Celtic Park à Glasgow…

A l’heure où la France doit se faire une place dans l’Europe du football, dynamiser les stades est un premier pas essentiel pour susciter un intérêt auprès des fans de football, en France ou à l’étranger. Il faut donner envie aux supporters de lâcher l’écran de télé pour revenir vivre la véritable expérience du fan : le stade. Et pour les clubs l’intérêt est clairement présent : un stade vivant c’est un stade plein, et un stade plein c’est un stade rentable !

On espère donc que le très bon travail de l’ANS ne restera pas sans suite, histoire que le championnat de France ne se contente plus de 3 ou 4 stades dépassant les 15 000 spectateurs par match.

Thomas Vandaele

Quand je ne suis pas penché sur des stratégies marketing, j'écoute Pierre Bachelet dans mon jogging Sang & Or, la 8.6 pour seul allié. Mon père c'est Van Bommel, ma mère c'est Cyril Rool, du coup je voue un culte au tacle à la gorge.