Cette semaine, on a apprécié l’Atalanta Bergame, qui a encore le potentiel de faire bien mieux. On a aussi suivi Dortmund et le PSG, aussi spectaculaires qu’imprévisibles. On applaudit Payet, Fékir et Ben Yedder, et on suit attentivement Getafe, qui n’a peut-être pas fini de nous surprendre.

Cette Dea a (encore) un tel potentiel

Match observé : Fiorentina 1-2 Atalanta Bergame

Aujourd’hui, l’Atalanta est une équipe qui fait peur en Italie. Il suffit de voir comment la Fiorentina, suite à une ouverture du score miraculeuse de Chiesa, a passé le dernier quart d’heure de la première période (!) à jouer la montre, à domicile, pour préserver le score jusqu’à la pause. Il faut dire que c’était inespérée, tant la Viola a pu compter sur un coup d’éclair de son prodige, qui a bonifié un ballon anodin aux 20 mètres (et des mains pas très fermes de Gollini), alors qu’il n’avait rien eu à se mettre sous la dent jusque-là. Durant cette première demi-heure de jeu, c’est clairement l’Atalanta qui avait brillé.

Sa façon de jouer fait de la Dea une des équipes les plus louées d’Europe. Avec 2 joueurs techniquement fabuleux dans les demi-espaces, Gomez à gauche et Ilicic à droite, et des joueurs de couloir (Gosens et Castagne) qui aiment aller de l’avant, les combinaisons sont magnifiques sur les ailes, avec beaucoup de déviation en une touche de balle, notamment les talonnades d’Ilicic, sans doute le joueur de Série A qui en tente le plus depuis le départ à la retraite de Totti. Egalement capables de porter la balle, Ilicic et Gomez sont naturellement ceux qui apportent la créativité offensive de cette équipe, composée en majeure partie de joueurs corrects, mais qui ne se distingueraient pas forcément en dehors de ce fort collectif. Voir Kessié à l’AC Milan, une fois sorti de cet effectif, permet notamment d’illustrer ce propos.

C’est sans doute là que doit appuyer l’Atalanta pour devenir, dans la durée, une place forte du football transalpin. Avoir gardé Ilicic (annoncé cet été à Naples) était déjà un premier pas, le prolonger serait une bonne idée. Cette formation mérite un meilleur gardien, Gollini ayant montré sur cette confrontation qu’il n’était pas suffisamment à l’aise quand il s’agit de sortir de sa ligne pour jouer en libéro, ce qui est important pour une équipe qui joue comme ça. Pasalic est précieux pour son volume de jeu mais manque de justesse, avec 2 grosses occasions manquées, et surtout un remplaçant, Malinovskyi, qui se distingue par de bonnes sorties de balles et même un but. Enfin, si on devait en citer un troisième, Freuler ne respire pas la sérénité. Alors oui, c’est très injuste et arbitraire de pointer des individualités, mais il est dingue de voir une équipe obtenir de tels résultats – en lice pour une seconde qualification consécutive en Ligue des champions et qualifiée en huitièmes de finale de la même compétition – alors qu’elle pourrait se renforcer si facilement, dans des secteurs de jeu si identifiables, avec des joueurs encore accessibles : Benassi, dans le camp adverse, n’aurait pas fait de mal. Aranguiz, en fin de contrat à Leverkusen, serait bienvenu également. Ce ne sont que 2 exemples à la volée, il y en a beaucoup d’autres. Car si la victoire face à la Fiorentina a été très logique, elle a surtout été trop laborieuse pour une formation qui sait ce qu’elle fait sur la pelouse, contrairement à son adversaire du jour.

Show must go on

Match observé : Bayer Leverkusen 4-3 Borussia Dortmund

Si Helenio Herrera, mythique entraîneur qui a contribué à populariser le catenaccio, était encore vivant, nul doute qu’il aurait eu le vertige en regardant cette rencontre complètement folle. La Bundesliga, on le sait, n’est pas le paradis des tacticiens qui aiment tout contrôler, mais bien celui des spectateurs avides de spectacle. Avec une telle intensité, et ces mouvements incessants, analyser un match devient plus difficile. On a quand même essayé de comprendre où voulait en venir Dortmund, surtout face à un adversaire aussi fort… et on n’a pas trouvé la logique.

Alors qu’il utilise un système à 3 défenseurs qui fonctionne plutôt bien depuis quelques semaines, Favre a décidé de faire alterner son équipe à 3 et 4 derrière, selon les séquences de jeu. Plusieurs problèmes se posent, notamment sur les couloirs : Akanji se retrouvait arrière droit, une position qu’il ne maîtrise pas, lui qui a déjà du mal à jouer défenseur central cette saison, tandis que Guerreiro ne défend pas bien, laissant trop d’espaces dans son dos. Son but rappelle qu’il est meilleur dans la moitié de terrain adverse que dans la sienne. Parmi les bénéfices du 4-2-3-1, qui avait été utile en fin de match face à Augsbourg, on notera que Brandt se retrouve plus proche de la surface, et qu’un double pivot Witsel-Can consolidera normalement le milieu à l’avenir, qui souffre face à chaque équipe qui dispose de bonnes individualités, comme cela avait été le cas face à Leipzig. Sauf que le numéro 19 est sorti sur blessure, et sera absent 4 semaines, et que le duo de l’entrejeu, bien que complémentaire sur le papier, n’a aucune marque pour le moment, et laisse l’équipe prendre l’eau (sans être le seul responsable). En attaque, les permutations ont semblé gêné les joueurs, car si Sancho s’en sort toujours formidablement bien, Hakimi a eu beaucoup plus de mal en première période, se reprenant bien en seconde.

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On peut également se poser des questions, outre l’aspect tactique, sur la gestion de Favre. Can titulaire d’entrée, quel est le message pour Dahoud, qui n’est jamais vraiment utilisé alors qu’il était, lors de son recrutement, un joueur brillant à Gladbach? Lors de la sortie de Brandt, pourquoi faire entrer le si jeune Reyna? Götze ou Hazard n’auraient-ils pas été plus indiqués sur une rencontre quand même assez difficile pour un novice? Combien de temps Akanji continuera-t-il à faire partie du onze de départ alors qu’il est clairement à côté de la plaque depuis plusieurs mois? Même une victoire face à cette belle équipe de Leverkusen n’aurait pas pu dissiper les doutes, qu’on se pose depuis longtemps maintenant. Mais la chance de Favre est que le football reste un sport si aléatoire que la qualité de ses joueurs peut lui permettre d’espérer des miracles, lors d’un jour où la roue tourne dans le bon sens. C’est une bien maigre consolation…

Lacunes et spectacle

Match observé : PSG 4-2 OL

A défaut d’être maîtrisé par une équipe ou l’autre, le choc du dimanche a eu le mérite d’être spectaculaire. L’OL a bien essayé de placer un bloc haut pour perturber la relance parisienne, profitant du fait que Kehrer et Kimpembé ne soient pas Thiago Silva sur les longs ballons pour s’installer avec moins de crainte dans la moitié de terrain adverse. Gueye et Verratti muselés, le schéma devenait prévisible jusqu’à ce que Draxler d’abord, puis Di Maria ensuite (avec beaucoup plus d’efficacité) ne se décident à se montrer disponibles dans le cœur du jeu, au lieu de rester naïvement dans leurs couloirs. Le PSG, en sortant mieux les ballons, pouvait ensuite profiter des espaces liés au bloc haut de Lyon pour faire parler la poudre avant la pause, même si Mbappé a buté sur Lopes sur un face-à-face où il doit faire bien mieux, et a aussi perdu plusieurs duels face à Marcelo (pas Nesta hein, Marcelo). En monstre mental qu’il est, il marquera finalement son but.

En seconde période, si on excepte le but incompréhensible et burlesque de Marçal contre son camp, l’OL a plutôt bien réagi. Si Terrier a eu la bonne idée de profiter d’une main peu ferme de Navas (c’est assez rare pour le souligner, mais le gardien parisien n’a pas fait un grand match), c’est surtout l’entrée de Toko-Ekambi qui a fait du bien aux Gones. Passeur décisif pour Dembélé, le Camerounais a fait passer de sales moments à Kurzawa et Kimpembé, l’un et l’autre n’ayant jamais été bons pour couvrir la profondeur, et Thiago Silva n’étant pas là pour aider le capitaine du soir à corriger cette lacune, ce qui aurait évité par exemple cette faute grossière en fin de première période, où il aurait pu prendre un rouge. Critiqué, à juste titre, pour son match, Kimpembé peut s’estimer heureux que Dembélé ait loupé la balle de 3-3, et que l’OL dispose d’un milieu si faible… au point que Denayer a été obligé sur une action de porter la balle sur 30 mètres et de dribbler plusieurs joueurs du PSG pour que son équipe puisse créer quelque chose. Tousart et Mendes sont trop limités balle aux pieds, et Aouar ne peut pas tout faire seul, surtout quand il est dans un jour sans.

Profitant de son but d’avance pour faire tourner sans sortir, le PSG a incité l’OL à venir le chercher haut pour s’offrir de la profondeur. Cette tactique a permis de créer l’action du dernier but, signé Cavani. Entré en jeu à la place d’un Icardi qui s’est bien battu sur le but de Mbappé mais qui n’a rien montré d’extraordinaire (malgré un but refusé pour hors-jeu), l’Uruguayen aura permis aux spectateurs de se réjouir une dernière fois, et de donner à cette victoire un score en trompe-l’œil. Non, contrairement à ce qu’a déclaré Tuchel, le PSG n’a pas maîtrisé ce match. Mais il a eu le mérite de gagner sans Thiago Silva, Marquinhos, Bernat et surtout Neymar.

Et sinon

  • C’est réducteur de résumer la défaite de la Roma face à Bologne à leur seule absence, mais force est de constater que cette équipe est extrêmement banale sans Pellegrini et Zaniolo…
  • C’est réducteur de résumer la place de l’OM, victorieux face à Toulouse, à sa seule présence, mais force est de constater que Payet, tout comme Mandanda, est indispensable aux bons résultats de son équipe, qui a peiné dans le jeu face à la lanterne rouge.

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  • Sans faire de bruit, Calvert-Lewin est décisif depuis plusieurs semaines, alors que beaucoup (moi le premier) le voyaient rester un éternel espoir. Everton, victorieux face à Crystal Palace, reste sur d’excellents résultats sur ces dernières semaines.
  • Boga est le joueur à suivre en ce moment en Série A. S’il ne marque évidemment pas autant que Ronaldo, le joueur de Sassuolo est régulièrement décisif, comme face à la Spal, contre qui il obtient un penalty avant de marquer dans les dernières minutes. C’est un nouveau récital pour lui, qui reste sur un bijou face au Torino et à la Roma.
  • Même si cela doit faire mal de le voir porter un maillot complètement vert, comme face au FC Barcelone, Fékir doit réjouir les Lyonnais par ses performances en Liga. Le joueur du Bétis, qui prendra un carton rouge en fin de match, a surtout provoqué un penalty, avant de marquer sur une action où son ami Umtiti lui laisse bien des libertés. Le Barça s’en sort quand même, malgré l’incompréhensible manque de réussite à la finition de Messi. Quand cela va revenir, ça va faire mal…

  • Auteur d’un super but face à Reims, suite à un joli une-deux, Waris est pour l’instant la bonne pioche hivernale à Strasbourg, comme il l’avait été à Valenciennes il y a quelques années.
  • Ben Yedder marque beaucoup avec l’AS Monaco, on le sait. Mais surtout, comme face à Amiens, il ne s’agit pas de buts faciles : entre le timing de l’appel et la justesse dans la finition, il arrive à marquer des buts que peu inscrire en Ligue 1.

  • Getafe a dominé de la tête et des épaules le FC Valence, avec notamment un énorme Molina, qui danse littéralement avec la défense adverse sur son second but. Ce n’est pas la première fois qu’on souligne combien cette équipe est intéressante, et on a hâte de regarder la confrontation face à l’Ajax, en Ligue Europa.
  • Passeur décisif puis buteur, Ibrahimovic pensait offrir le derby à l’AC Milan. Il a surtout vu la déferlante intériste en seconde période. Malheureux, le Suédois touche le poteau dans les dernières minutes, avant de voir Lukaku porter l’estocade. A noter également le but de De Vrij, peut-être le défenseur le plus convaincant de cette formation qui compte pourtant Skriniar et Godin.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.