Cette semaine, on a profité du retour de la Premier League pour regarder Manchester City atomiser Arsenal. On a également pris le temps d’observer l’Atlético, bien loin des clichés.

Des hommes contre des enfants

Manchester City 3-0 Arsenal

Forcément, on retiendra tous les erreurs de David Luiz, déterminantes dans le résultat final. Le Brésilien, qui a remplacé un Pablo Mari blessé sur une accélération anodine, a réussi l’exploit de se trouer sur le premier but, avant de provoquer un penalty et de récolter un carton rouge. Il n’empêche : il n’est pas le seul responsable du naufrage des Gunners, qui n’ont pas cadré un seul tir, là où Leno a été contraint d’enchaîner les parades.

Il faut dire qu’ils n’ont pas eu l’opportunité d’être dangereux. Lorsque Arsenal était en phase de relance, avec le ballon dans les pieds des défenseurs centraux, Manchester City lui opposait une ligne de 3 pour couper toute solution de passe : sans presser, Sterling et Mahrez empêchaient de jouer sur les latéraux, et Jesus rendait difficile une transmission vers Guendouzi. Dans ce contexte, Ceballos, entré à la place du blessé Xhaka, n’a rien trouvé de mieux que de coller la ligne de touche, alors qu’il aurait pu créer un surnombre en demandant le ballon derrière cette ligne de 3. On sait que dans le football de Guardiola, dont Arteta s’inspire sans doute en tant qu’ancien adjoint, tout part d’une fixation de l’arrière, qui permet de faire la différence au milieu, jusqu’en attaque. Cela n’a pas du tout été appliqué, et on a vu Arsenal user de longs ballons très faciles à récupérer pour City, le jeune Nketiah n’étant pas forcément bon dans le jeu en pivot. Lacazette, qui malgré son gabarit ordinaire, brille dans ce domaine, était laissé sur le banc, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. Sans milieu capable de demander la balle, la bataille était perdue pour Arteta.

Un joueur aurait fait du bien à son équipe, mais il défendait les couleurs adverses. Au four et au moulin, De Bruyne a (encore) réalisé une performance solide. Malgré deux ou trois maladresses inhabituelles, le Belge a signé quelques belles remontées de balle, mettant notamment le bouillon aux milieux adverses, et a surtout régalé par ses nombreux caviars. Mahrez et Sterling auraient pu d’ailleurs lui permettre de compter 2 passes décisives bien avant l’ouverture du score. Costaud dans les duels, facile à trouver, capable de renverser le jeu, il est l’homme du match. Son coéquipier Ederson s’est aussi distingué balle aux pieds, et on a encore du mal à comprendre comment il a pu si souvent être tranquille, à 30 mètres de son but, pour distiller le jeu, sans qu’aucun attaquant adverse ne vienne le presser. Sa sortie dangereuse sur Garcia, son propre coéquipier, vient ternir un match jusque-là très réussi. Qu’importe pour City : la victoire est nette, et prouve pour ceux qui en doutaient encore qu’Arsenal n’est plus une terreur en Premier League.

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De bonnes idées pas bien exploitées

Atlético Madrid 1-0 Real Valladolid

De l’Atlético Madrid, on a l’image d’un 4-4-2 immuable de Simeone, composé de soldats prêts à se battre jusqu’au bout. Voici plus ou moins le cliché véhiculé par la presse et/ou observateurs lointains de l’équipe madrilène : des joueurs disciplinés, pas forcément évolués tactiquement mais particulièrement appliqués. La vérité est un peu plus subtile. Si en phase défensive, les Matelassiers sont aveuglément fidèles au 4-4-2, ils forment une équipe très intéressante à observer quand ils ont le ballon, notamment lorsqu’ils sont en phase de relance.

Face à Valladolid, l’Atlético évoluait plutôt dans un 4-2-3-1 lorsque les défenseurs centraux avaient la balle, voire un 4-2-1-2-1 en fonction des décrochages de Felix. Les latéraux évoluaient parfois si haut que Lemar et Llorente, supposés jouer sur l’aile, évoluaient en fait à l’intérieur (dans leur demi-espace respectif), tandis que Felix n’a eu de cesse de redescendre créer du liant, recevant souvent le ballon plus bas que Lemar, Llorente et Morata, évoluant vraiment comme un meneur de jeu. Le Portugais, s’il n’a pas (encore?) le niveau des meilleurs joueurs mondiaux, prouve qu’il a du caractère et ne se cache pas, bien au contraire. Surtout, chaque joueur est responsabilisé : Hermoso et Giménez n’hésitent pas à claquer des passes pour casser le pressing adverse, tout comme Herrera et Thomas Partey, qui ont beaucoup cherché Lemar et Felix en première période. Hybride, Llorente a beaucoup changé par rapport à ce qu’il pouvait proposer au Real Madrid, où il était dans un rôle de régulateur : il évolue beaucoup plus haut, étant parfois en second attaquant, et n’hésite pas à tenter sa chance de loin ou à dribbler.

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Si l’Atlético a montré de belles idées, du mouvement entre les lignes, et une faculté à trouver de jolies passes verticales face à Valladolid, il s’en est fallu de peu pour que la victoire ne leur échappe. Si l’intention était bonne, la conclusion l’était beaucoup moins : dans le dernier geste ou la prise de décision dans la zone de vérité, les joueurs ont manqué de justesse, ce qui explique le faible score, ou même le faible nombre d’arrêts que le gardien adverse, pourtant très fébrile, a eu à réaliser. Aussi, la sortie de Felix a enlevé un peu du liant de l’équipe, prouvant que son profil précieux restait unique dans cet effectif, ce qui pourrait être problématique, surtout quand Simeone se passe de Saul et Koke au coup d’envoi.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.