Pour le retour de la phase finale de la Ligue des champions, nous avons observé les difficultés du PSG, défait à domicile face à Manchester United. Nous avons aussi observé l’Inter Milan, et l’intégration mitigée d’Eriksen. Enfin, on salue le doublé d’Angelino, et les buteurs français du Bayern Munich.

Manchester United retrouve son système

Match observé : PSG 1-2 Manchester United

Et si la victoire de Manchester United s’était en partie dessinée avant le match? L’absence de Maguire a incité Solskjaer à ENFIN renouer avec un 3-4-1-2 qu’il avait utilisé par le passé, et qui correspond beaucoup mieux à son effectif, comme nous le recommandions en juin dernier. Avec Telles et surtout Wan-Bissaka toujours prêts à redescendre, ajouté à un duo Fred-McTominay, les Red Devils n’envoient pas du rêve, mais au moins retrouvent-ils de la solidité, que n’assure nullement le 4-2-3-1 utilisé ces derniers mois. Avec 2 voire 3 joueurs qui sautent sur Neymar quand il reçoit la balle dans les 30 derniers mètres, les Mancuniens ont su annihiler la créativité parisienne en première période. Car oui, le PSG a été transparent pendant 45 minutes, à domicile. La contre-partie négative pour les visiteurs était que les chances de marquer étaient faibles, et ne pouvaient venir que d’une action « illogique« , à savoir qui ne résulte pas d’une réflexion offensive globale, mais plus d’un événement imprévu : exploit individuel, corner, ou penalty.

Avec son trio Danilo-Herrera-Gueye, le PSG n’avait pas la créativité au milieu pour répondre à ce bloc dense et bas. Ses seules opportunités étaient en transition, avec Neymar qui cherchait à lancer Mbappé dans la profondeur, mais comme Manchester United attaquait à 4, sans trop se découvrir, il restait trop de joueurs pour que cela ne fonctionne. Tuchel a donc décidé à la pause de sortir le Sénégalais pour faire entrer Kean, et ainsi permettre à Neymar de créer plus bas dans ce qui ressemble, sur le papier, à un 4-2-3-1. En addition, Di Maria, introuvable en première période, dézonait un peu plus pour se rendre disponible dans le cœur du jeu, et combiner avec son numéro 10. Il n’a pas été très inspiré, mais au moins, il touchait enfin le ballon. Le tout a permis à Mbappé d’avoir un poil plus d’espaces, et donc de pouvoir se montrer d’avantage, quitte à parfois surjouer. C’est ainsi que 10 minutes après ce remue-ménage, le PSG égalise, de façon chanceuse certes, mais dans son temps fort. Les minutes qui suivent voient Paris perdre toute solidité défensive, soit le prix à payer pour cette réorganisation ambitieuse mais risquée : le double pivot ne pouvait pas colmater toutes les brèches laissées par le quatuor de devant, et Navas ne peut pas gagner à lui seul. L’entrée de Rafinha pour conserver le ballon et amener encore plus de créativité ne suffiront pas, d’autant plus que Pogba était entré pour permettre à United de mettre un peu le pied sur le ballon, d’être en supériorité au milieu, et de profiter de la profondeur offerte, en tant que rampe de lancement. Le match nul n’aurait pas été complètement volé, mais Rashford, décidément fort pour refroidir les Parisiens, en a décidé autrement.

Parmi les joueurs, Tuanzebe a brillé, bloquant notamment 2 fois un Mbappé en pleine course, couvrant bien Wan-Bissaka quand ce dernier se faisait déborder, et se montrant autoritaire dans les airs face à Kean. Il est ironique de penser qu’il n’aurait pas joué si Maguire avait été disponible… Fred a beaucoup travaillé au milieu et dans la remontée de balle, tandis que McTominay était dans son registre, avec beaucoup d’intensité sur le porteur. Même s’ils ont parfois fait de mauvais choix, Bruno Fernandes et Rashford ont le mérite d’être décisifs, tandis que Martial a oscillé entre le moyen et le frustrant. Certaines de ses pertes de balle empruntes de nonchalance faisaient écho à celles de Neymar, qui a perdu le ballon au milieu trop facilement en seconde période, alors que le score était encore de 1-1, et que cela engendrait des situations pour l’adversaire. Le Brésilien a parfois trop voulu être le sauveur, au sein d’une animation offensive pauvre. Un joueur pour combiner avec lui, comme Draxler avait su le faire face à Angers (même si oui, ce n’était « que » Angers), aurait été plus utile que Gueye ou Herrera, puisque le 4-3-3 parisien n’a jamais su profiter de sa supériorité numérique dans l’entrejeu. Il est toutefois plus facile de parler après-coup, et puisque Tuchel déclare réfléchir après chaque match, nul ne doute qu’il saura tirer des leçons de cette défaite inattendue.

Eriksen, peut mieux faire

Match observé : Inter Milan 2-2 Borussia Mönchengladbach

S’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à Conte, c’est bien sa façon de se faire comprendre. Il ne lui faut que quelques semaines pour que ses joueurs assimilent ses consignes, et sachent exactement quoi faire sur le terrain. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir des joueurs en difficulté renaître, comme Darmian, neutre (pour être poli) quand il jouait à Manchester United, mais excellent face à Gladbach. Il n’est pas le premier, et ne sera sans doute pas le dernier, à bénéficier de ce cadre bien établi. Dès lors, on imaginait qu’un joueur comme Eriksen, certes en légère perte de vitesse à Tottenham, allait s’acclimater directement. Ce n’est pas encore ça, même s’il y a du mieux.

Lorsque l’Inter repart à l’attaque, les défenseurs cherchent un des milieux qui décrochent : Vidal ou Barella se montrent disponibles, et utilisent plutôt bien le ballon. Les deux peuvent orienter vers les pistons, ou envoyer directement sur Lukaku (qui fait parler son jeu de corps dos aux buts), tandis que l’Italien peut aussi casser des lignes balle aux pieds, ce que le Chilien fait moins fréquemment. Et Eriksen dans l’histoire? Il est un peu le corps étranger, pour le moment, de cette équipe. On l’a vu toucher le ballon sur le côté, lorsqu’il aidait son piston droit ou gauche qui ne pouvait plus déborder. Il a su aussi ponctuellement se proposer à Lukaku qui pouvait remiser sur lui, et a même été à la réception d’un centre de Darmian pour la première action construite des Nerazzuri. C’est très dommage que le Danois ne soit pas trouvé d’avantage dans le cœur du jeu pour faire parler sa qualité de passes et de frappe. Si on a vu sur quelques actions que la magie était encore là, on reste sur notre faim : à son meilleur niveau, il a tout pour être le meneur de jeu de l’équipe, celui pour qui les fans se lèvent et à qui ses partenaires se réfèrent. Sur ce match, il ne joue pas sur ses qualités… par consigne ou par incapacité passagère?

Pour Gladbach, c’est une bonne opération que de repartir avec le point du match nul, tant les Allemands ont été dominé. Mais le Borussia a su marqué sur ses 2 seules tentatives cadrées, et on sait que le réalisme prime (malheureusement?) sur tout le reste dans le football moderne. Neuhaus et Hofmann ont surnagé dans le jeu, et ont été décisifs sur le deuxième but de leur équipe. La passe décisive du premier pour le second élimine toute l’équipe adverse, c’est une véritable « passe laser » digne d’Iniesta. Sans doute la plus belle offrande de cette première journée, plus belle encore que celle de Kimmich pour Coman. S’il reste inconnu du grand public français, nos lecteurs ne seront pas surpris de le voir signer bientôt dans un club qui vise la victoire en Ligue des champions.

Et sinon

  • Sur l’ouverture du score de Leipzig, le contrôle orienté derrière la jambe d’appui suivi de la frappe d’Angelino sont à montrer dans toutes les écoles de football. Auteur d’un doublé bluffant face à Basaksehir, l’habituel latéral a brillé dans la finition, un domaine où il n’est pourtant pas particulièrement réputé.
  • En 2020, Crivelli, El-Arabi et Eder sont titulaires en Ligue des champions. Et le Portugais se permet même de marquer, sur une jolie tête. Ces attaquants insolites sont parfaitement dans l’esprit de notre Ligue des talents, et cela reste toujours drôle de les (re)voir.
  • Dans l’absolu, le Shakhtar n’est pas une mauvaise équipe, et il n’y a rien de honteux à concéder des occasions face à eux. Mais l’attitude passive de la défense du Real Madrid, notamment sur le troisième but, interroge vraiment quant à l’état d’esprit des joueurs sur ce match. Militao marche sur l’action alors qu’il avait clairement les moyens d’arriver sur le ballon en premier.
  • Déjà auteur de l’ouverture du score, Coman s’est permis une petite balade sur son second but, le quatrième du Bayern Munich face à l’Atlético Madrid. Tolisso a également marqué d’une magnifique frappe lointaine.

 

 

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.