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Moment d’histoire #1 : Matthias Sindelar, le footballeur qui défia Hitler

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Moment d’histoire #1 : Matthias Sindelar, le footballeur qui défia Hitler

Lancement cette semaine de la série Moment d’histoire, consacrée aux grands évènements qui ont fait l’histoire du foot. Pour le premier épisode, retour sur l’acte de bravoure de Sindelar avant la Coupe du monde 1938.

Moment d’histoire #1 : Matthias Sindelar, le footballeur qui défia Hitler

L’idole d’un peuple

Matthias Sindelar. Ce nom ne vous dit sûrement rien, et pourtant, il est pourtant considéré comme le plus grand joueur autrichien de l’histoire. Matthias grandit dans une modeste famille de Moravie (région de l’actuelle République Tchèque) avant de déménager à Vienne au début du siècle. Dribbleur et efficace, le jeune avant-centre fait ses débuts au Herta puis est repéré par l’Austria Vienne, échappant ainsi à une carrière de mécanicien. Il va très vite subjuguer les fans de ce club traditionnellement supporté par les classes moyennes juives. Chaque semaine, ses performances sont commentées dans les cafés viennois, où les termes employés pour parler football se rapprochent des descriptions de grandes représentations musicales. En 700 matchs disputés, il marque 600 fois (!), s’imposant comme l’un des meilleurs attaquants européens de l’entre-deux guerres.

Mais c’est en 1938 que celui que l’on surnomme der Papierne (« l’homme de papier ») commettra son principal fait d’armes face à l’ennemi nazi. Hitler est au pouvoir depuis 5 ans et, le 12 mars,  l’Allemagne envahit l’Autriche : c’est l’Anschluss. La Wunderteam, qui éblouit l’Europe du foot, n’a plus d’existence légale. Les autorités allemandes décident alors d’organiser un match amical entre les deux pays, le 3 avril 1938. Cet Anschlussspiel est censé affirmer la puissance de l’occupant allemand. Malgré leur supériorité collective, les joueurs autrichiens sont donc tenus de lever le pied pour éviter l’affront diplomatique. Sindelar s’applique à rater toutes les occasions… jusqu’à la 70ème minute, avec un but qui plonge les 60000 spectateurs du stade Ernst-Happel de Vienne dans la stupeur. Avec son coéquipier Karl Szesta, il célèbre la victoire en dansant devant la tribune des dignitaires allemands. La Wunderteam s’impose 2-0 et Sindelar s’impose comme un symbole d’opposition au pouvoir nazi.

Le courage du résistant

Vient ensuite la coupe du monde 1938 à Paris. Hitler réquisitionne de nombreux joueurs autrichiens, mais Sindelar refuse de se fondre avec l’occupant, prétextant soit son âge avancé, soit une blessure ancienne de quinze ans. Fiché par la Gestapo comme « sympathisant juif, tchèque et socio-démocrate », il vit caché pendant huit mois avec sa compagne italienne Camilla Castagnola. Entretemps, l’équipe allemande, qui effectue le salut nazi avant chaque rencontre, joue son match d’ouverture face à la Suisse. Défaite 4-2, les joueurs venus d’Autriche ne s’investissent pas : fin du Mondial pour la Mannnschaft. Matthias Sindelaar, lui, sera retrouvé mort dans son appartement viennois en janvier 1939, 6 mois à peine depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Moment d’histoire #1 : Matthias Sindelar, le footballeur qui défia Hitler

Pour beaucoup, Sindelar a refusé de céder à la barbarie.

La postérité d’un joueur

Aujourd’hui encore, Matthias Sindelar occupe une place particulière dans le patrimoine autrichien. L’écrivain Friedrich Torber lui a consacré le poème Auf den Tod eines Fußballers (À propos de la mort d’un footballeur), dans lequel il laisse entendre que Sindelar se serait suicidé suite à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938. Mais le doute subsiste quant à ses intentions réelles.

D’abord, il n’est pas avéré que l’attaquant soit juif, mais seulement qu’il ait des origines juives : le rachat d’un café « aryanisé » à Vienne semble aller dans ce sens. Compte tenu du profond antisémitisme d’Hitler, on peut difficilement imaginer que Sindelar, s’il s’était déclaré juif, eut pu jouer l’ Anschlussspiel. De même, l’engagement politique du joueur n’est pas avéré, comme l’indique l’historien français Paul Dietschy, spécialiste du football : « D’après moi, ces célébrations sont plus le signe d’un refus de l’Anschluss sportive que d’une démonstration politique. On a trop tendance à ériger Sindelar comme un symbole. Il est le défenseur du football viennois plus qu’il est un homme avec une conscience politique ». Enfin, personne ne connait les conditions exactes de sa mort. « Sindelar est mort comme Zola : asphyxié au monoxyde de carbone », note prudemment Dietschy, laissant l’assassinat par la Gestapo à l’ordre du « probable ».

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Paolo Antiga (Ed. petit à petit)

Alors, qui était vraiment Matthias Sindelaar ? A force de vouloir sans cesse élever les hommes au statut de héros, on en oublie parfois leurs qualités premières. Et cette qualité, pour Sindelaar, c’était le football. L’art d’accélérer sans prévenir, d’effacer les défenseurs, de frapper au but, celui-là même qui, le lendemain d’un match à Stamford Bridge, fit dire au Times qu’il était « l’un des plus grands joueurs du monde ». Pour les Autrichiens, il restera le « Mozart du foot », à la tête d’une équipe de rêve qui se cherche encore des héritiers (l’Autriche ne s’est plus qualifiée pour une phase finale de Coupe du monde depuis 1998).

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8 décennies plus tard, rares sont ceux qui peuvent prétendre l’avoir vu joué, mais Sindelar figure aujourd’hui dans le top 30 (22ème) du classement des « Meilleurs joueurs du XXème siècle » selon l’IFFHS (International Federation of Football History & Statistics). Plus largement, et alors que le foot professionnel ne cesse de s’industrialiser, ce goût pour le jeu, par-delà les tensions politiques ou sociales, se retrouve aujourd’hui dans n’importe quel enfant dribblant dans les rues de Vienne ou d’ailleurs…

Passionné de foot depuis le Barça version Guardiola. Latéral gauche qui se rêve Jordi Alba ou Maxwell mais garde la vista de Lucas Digne.

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