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L'éternel débat sur les binationaux

Ils s’appellent Aymeric Laporte, Anthony Lopes, Sébastien Haller, ou encore Boubacar Kamara. Leur point commun : Ils sont tous binationaux. La Coupe du Monde au Qatar approche à grands pas et leur gestion fait toujours débat.

La règle dit…

Resituons d’abord les choses dans leur contexte. La FIFA indique dans ses textes que « ces joueurs doivent désormais être en mesure de démontrer un lien évident avec le pays dans lequel ils ne sont pas nés mais qu’ils souhaitent représenter ». La FIFA entend par « lien évident » que le joueur doit avoir au moins un parent ou grand parent qui est né dans ce pays ou, à defaut, y avoir lui-même résidé au moins cinq ans. De plus, le joueur qui désire prétendre à une nouvelle nationalité, ne doit avoir déjà disputé le moindre match international avec une sélection. Avec ces règles, la FIFA a souhaité arrêter d’octroyer de nouvelles naturalisations à tout bout de champ pour de nombreux joueurs qui intégraient des nations mineures, et qui n’avaient aucun lien avec ces pays.

Un véritable cri du coeur ?

Pour certains, le choix d’une naturalisation s’apparente davantage à un plan stratégique qu’à un cri du coeur.

En effet, la possibilité de disputer une Coupe du Monde par exemple, occasion parfois unique dans une carrière, peut motiver ce processus. Un joueur a tendance à déclarer sa flamme à son pays d’origine (ou d’adoption) surtout si ce dernier est en lice pour disputer une grande compétition internationale. Ou tout simplement un joueur n’ayant pas le niveau pour jouer pour une grande sélection, qui va tenter de donner un boost à sa carrière en trustant une sélection plus faible. Cela se comprend mais n’est pas parfois bien compris par tous. Par le passé, il y’a eu les cas Damien Perquis et Ludovic Obraniak (Pologne), ou plus récemment avec Andy Delort (Algérie) et Sébastien Haller (Côte d’Ivoire). Néanmoins, il peut être parfois difficile pour ces joueurs là de se faire une place quand on a un nom qui ne fait pas très « local de l’étape »…

L'éternel débat sur les binationaux

Laporte ou la gloire

Le cas Aymeric Laporte cristallise parfaitement les tensions et débats au sujet des binationaux. L’information a été très médiatisée car se jouant entre deux nations qui comptent sur la scène internationale. Boudé par Didier Deschamps, malgré de nombreuses sélections en Espoirs et de bonnes performances en club, l’Agenais a fait une croix sur les Bleus et a finalement opté pour la Roja suite à un appel de Luis Enrique. Ayant passé plus de 5 ans en Espagne, il était en effet éligible pour jouer avec la sélection. Certains crieront au scandale et appèleront cela de l’opportunisme pur et dur. Pour ceux-là, il est inconcevable de changer de nation comme on change de club. Il y’a un attachement à la patrie qui doit être viscéral. D’autres estimeront que cela est en fin de compte tout à fait normal car l’ambition n’a pas de frontières ! Libre à vous de juger…

D’autres avant lui ont eu ce dilemme de choisir entre 2 sélections prestigieuses. Luis Fernandez, David Trezeguet, Gonzalo Higuain, Diego Costa, Marcos Senna, Thiago Alcantara, Deco, Pepe, Jorginho, Thiago Motta…que des grands noms et pourtant à l’époque cela avait fait moins de bruit. On peut rajouter à cette liste les exemples récents et Raphaël Guerreiro (Portugal).

Attention toutefois à ne pas tous les oeufs dans le même panier ! Chaque cas est différent. Certains joueurs ont une démarche sincère en voulant jouer pour leur « deuxième pays »(d’adoption ou d’origine) pour des raisons plus nobles. C’est tout à leur honneur. C’est le cas notamment du franco-sénégalais Abdou Diallo. Ou dans le sens inverse à Wissam Ben Yedder ou Amine Gouiri.

Les sélections ne sont pas en reste

A l’inverse, les sélections nationales peuvent également avoir une démarche stratégique. On a souvent reproché par exemple au sélectionneur de la jouer tactique à ce niveau-là. Les sélections récentes de ont d’ailleurs récemment fait débat (beaucoup d’observateurs ont estimé que le sélectionneur national avait fait cela uniquement pour empêcher l’ex-marseillais de jouer pour le Sénégal, version démentie depuis par le joueur lui-même). Chez nos voisins anglo-saxons, trois joyaux de la couronne ont récemment pris des destinées différentes. Il s’agit de Tariq Lamptey, Callum Hudson-Odoi et Eddie Nketiah. Le premier a choisi la sélection ghanéenne, le second a honoré sa première sélection avec les Three Lions, et enfin le dernier n’a pas encore tranché. Nul doute que le Ghana va lui faire les yeux doux tant que sa situation restera indécise. À moins que Southgate ne décide de la jouer stratégie….

Ambition ou cri du coeur, il sera de toute façon toujours délicat pour tous ces binationaux de faire l’unanimité. Mais ils ont tous une bonne raison de choisir et de continuer sereinement leur bonhomme de chemin.