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Mohammed Jaddou, pépite syrienne et migrant parmi tant d’autres

Allemagne

Mohammed Jaddou, pépite syrienne et migrant parmi tant d’autres

Le bilan du conflit syrien s’alourdit de jour en jour. Entre les victimes sur places et les milliers de migrants ne survivant pas au voyage, les chiffres deviennent plus horribles encore. Mais heureusement, il reste de belles histoires à travers cette guerre qui n’en fini pas. Celle de par exemple, jeune pousse syrienne aujourd’hui scrutée par la Bundesliga.

Trois fois par semaine, Mohammed Jaddou s’entraine avec le petit club de Ravesburg, en 5e division allemande (CFA 2). Même pour ça, le jeune syrien a du demander une autorisation officielle, puisqu’il habite à près de 50km. Mais après son voyage, cette contrainte est sûrement le cadet de ses soucis. Le jeune de 17 ans vit pour le football, auquel il a commencé à jouer à 8 ans. « J’ai donné beaucoup moins d’importance à l’école et me suis concentré sur le football. J’aimais le foot plus que mes parents. » a-t-il déclaré au New-York Times cet été. Le club de sa ville le repère, et l’amène jusqu’en sélection nationale jeunes. Mais c’était avant que le conflit ne débute.

S’il n’a pas abandonné sa passion, loin de là, jouer au football n’était plus pareil. Avec le conflit, la FIFA a interdit les rencontres internationales en Syrie. Il fallait donc pour le prodige et ses coéquipiers se rendre à Damas, la capitale. Mais la route était longue et dangereuse. Le gouvernement lui mettait la pression pour qu’il représente l’équipe, et les rebelles le ciblaient pour représenter Bashar Al-Assad. « Quand on quittait le camp d’entrainement, j’étais menacé de mort, d’être abattu ou bombardé » confiait-il au Times. « Notre terrain a été bombardé, on était en danger même quand on jouait. » Pourtant, son amour pour le foot le pousse à continuer.

Le meilleur ami et coéquipier de Mohammed n’a pas pu accompagner l’équipe pour la Coupe d’Asie des moins de 16 ans car le conflit lui a pris la vie avant. Marqué au fer rouge, Mohammed joue la compétition et y excelle. Trop, c’est trop. Le jeune tente de quitter le pays pour rejoindre l’Allemagne, sans y parvenir : lui et ses coéquipiers sont interdits de vol.

C’est par un autre chemin que lui, son père et son oncle vont alors quitter le pays, celui emprunté par des millions d’autres victimes de la guerre. La maison familiale vendue pour financer le périple, les trois hommes rejoignent la Turquie et embarquent dans une esquife surchargée, pour la côte italienne. Et ils n’auraient pu ne jamais la rejoindre.

On a du tout jeter à la mer : nourriture, vêtements et autres, pour que le bateau ne coule pas. Les hommes sont restés éveillés pour vider l’eau avec leurs mains. Si on s’endormait, on se noyait.
Mohammed Jaddou

Les autorités italiennes ont fini par repérer l’embarcation et la ramener jusqu’à un camp de réfugiés en Sicile, ou les migrants ont été fichés puis autorisés à partir. Avec l’argent qu’ils leur restait, Mohammed, son père et son oncle ont réussi à rejoindre un autre camp à Munich, d’où ils ont été envoyé à Oberstaufen. Après un périple à travers la mort, le jeune syrien a réussi à renouer avec sa passion. C’est dans un club local, le F.V. Ravensburg, qu’il va pouvoir jouer. Par le bouche à oreille, la formation de 5e division lui donne sa chance avec les jeunes. L’entraineur et les joueurs sont impressionnés.

Il n’a pas pu rejoindre le Bayer, à cause de son statut de réfugié

Depuis son entretien avec le New-York Times, la situation a quelques peu changé nous rapporte le journaliste. Avec la médiatisation et la prise de conscience publique autour du conflit syrien et des migrants, Mohammed a pu rester en Allemagne. Il ne s’entraine plus avec Ravensbruck, mais avec Oberstaufen. Sa relation avec l’agent qu’il avait rencontré en Allemagne s’est détériorée, amenant ce changement. Et son statut de réfugié est toujours un problème, puisqu’il n’a pas pu rejoindre le Bayer Leverkusen, pourtant intéressé.

Si des bâtons restent dans ses roues, Mohammed a réussi à échapper à l’enfer de la guerre. Mais il en a gros sur le cœur, au sujet de ses coéquipiers en équipe nationale qu’il a laissé derrière lui, mais aussi et surtout au sujet de sa mère et ses frères, toujours en Syrie, et que le garçon rêverait de faire venir.

Mohammed a réussi à s’échapper du conflit. Malheureusement, et comme beaucoup de migrants dans la même situation, il vit dans l’angoisse. Si celle d’être renvoyé en Syrie s’est dissipée, il reste celle de s’adapter. De construire une nouvelle vie. De vivre avec sa famille. De voir son pays mourir. De pouvoir, enfin, jouer au football dans un championnat qui le fait rêver depuis petit.

Amateur de football en général et de l’OM en particulier, je passe ma semaine à étudier la géo et mon week-end à regretter Bielsa. En espérant en faire mon métier, j’écris sur le foot à l’occasion.

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