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Turquie : les prémices de la fin du monopole des 3 Grands ?

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Turquie : les prémices de la fin du monopole des 3 Grands ?

Lorsque l’on parle de football turc, les clichés affleurent, au choix, entre les vieilles stars y allant pour finir tranquillement leur carrière, les stades contenant de nombreux supporteurs bouillants et bruyants ou des noms de clubs se finissant par « spor »…

C’est en partie vrai puisque le football en Turquie a toujours été considéré comme un exutoire et est en prise avec une passion exacerbée.

Paradoxalement, la notion même de football turc reconnu en Europe se limitait traditionnellement à Istanbul et, dès le plus jeune âge, chaque supporter se devait de choisir une équipe en lien entre :

  • Besiktas, crée en 1903
  • Galatasaray, en 1905
  • Fenerbahçe, en 1907

Ces 3 clubs, depuis la création du championnat en 1959, se sont d’ailleurs taillés la part du lion (hormis durant les années 76-84 via Trabzonspor et 2010 avec Bursapor) en accaparant nombre de coupes nationales et championnats et dont les effectifs constituaient l’ossature de l’équipe nationale turque.

Cependant, cette hégémonie des « 3 Grands – Üç Büyükler » est remise en cause cette saison puisque c’est un autre club stambouliote, ancien club crée par la Mairie d’Istanbul durant les années 90-2000 qui mène la danse, le Medipol (du nom d’un groupe hospitalier) Basaksehir (M.B.S.) au nez à la barbe des clubs habituels :

Plusieurs raisons à l’arrivée de Basaksehir

  1. La grande structuration de ce club depuis plusieurs saisons lui ayant permis, depuis sa remontée en Süper Lig, d’emmagasiner de l’expérience, d’attirer des joueurs et avoir une montée en puissance progressive. M.B.S. est abonné maintenant aux coupes d’Europe, en jouant l’Europa League, et même le tour préliminaire de la Ligue des Champions en juillet dernier face au F.C. Séville de Wissam Ben Yedder.
  2. Des moyens financiers importants ayant permis de recruter en conséquence et une ossature peu changeante de saison en saison.
  3. Le club est entraîné depuis de nombreuses saisons par l’ancien sélectionneur de la Turquie et technicien maison : Abdullah Avci, un entraîneur compétent, pédagogue et ambitieux qui détonne des entraîneurs turcs, plus véhéments, Avci ayant trouvé le club idoine pour développer un jeu offensif et plaisant. Il s’appuie sur un groupe réceptif et étoffé, en qualité et en quantité, avec quelques anciens de notre bon vieux championnat de Ligue 1 tels que : (qui y a été transféré après le refus de l’O.L. de l’engager), l’ancien Gunner et Citizen (comme Adebayor) Gaël Clichy, l’ancien Parisien Mevlüt Erding ou bien encore le franco-maroco-portugais de l’ASNL, Manuel da Costa.
  4. Le capitanat revenant à une des plus grandes stars quoique très controversé, même au pays – Emre Belözoglu, rejoint depuis début 2018, par l’autre star très controversé, depuis l’Euro 2016, en France, Arda Turan.

Basaksehir profite aussi largement de l’effritement relatif des clubs majeurs :

  • Galatasaray qui s’est débattu durant la première partie de saison et son élimination contre les modestes suédois d’Ostersunds en tour préliminaire de Ligue Europa, entre un changement d’entraîneur (Fatih Terim ayant remplacé l’ancien turinois Igor Tudor) et des problèmes de gouvernance (nouveau président et dettes du club astronomiques…) voire de non-versements de salaires aux joueurs.
  • Fenerbahce, qui a subi le même sort que G.S. en coupe d’Europe (contre les touts aussi terrifiants macédoniens de Vardar), avec un entraîneur contesté (Aykut Kocaman, l’ancien buteur des années 90), beaucoup de joueurs étrangers n’ayant pas justifié leur statut supposé (Isla, Neto, Soldado… Janssen, blessé) ou ayant du mal à cerner l’entraîneur (coucou M. Valbuena) et vice et versa.
  • Besiktas, malgré sa première partie de saison bien négociée en Ligue des Champions contre Monaco, Leipzig (coucou l’OM) ou Porto, a eu du mal à confirmer surtout après le départ de son buteur pour Everton, Cenk Tosun, et de la rouste infligée par le Bayern en 8ème de finale de Ligue des Champions.

Mais, le bas du panier de la D1 turque donne également des sueurs froides à plusieurs clubs et à certaines de nos vieilles connaissances de Ligue 1 :

  • Konyaspor, avec Samuel Eto’o qui y est arrivé lors du mercato d’hiver dernier depuis Antalyaspor et ses nombreux français (Vainqueur, Menez, Nasri, ces 2 derniers étant partis depuis lors).
  • Alanyaspor qui a également un lien direct avec la France puisque ce club est celui d’une pépite future de la sélection et qui devrait aller jouer à Basaksehir la saison prochaine : (né en France), N°10 avec un pied gauche aussi soyeux que précis.
  • Gençlerbirligi, club d’Ankara historique, ayant donné au football turc de nombreux joueurs et qui a la particularité d’avoir le nom de son président décédé l’an dernier, Ilhan Cavcav, comme « emblème » de la saison footballistique turque 2017-2018. En effet, en Turquie, depuis 4-5 ans, chaque saison rend hommage à d’anciens joueurs ou dirigeants décédés (Hasan Dogan, Turgay Seren, Süleyman Seba…).
  • Osmanlispor, club d’Ankara et d’Adrien Regattin qui jouait, il y a 2 ans encore les coupes d’Europe et qui, cette année, a baissé de régime et se retrouve à la lutte pour le maintien.
  • Bursaspor, ex-club de Paul le Guen (viré cette semaine) et de Jirès Kembo Ekoko, demi-frère du parisien Kylian Mbappé.

En terme de niveau de jeu, chaque club s’appuie sur des profils rugueux, physiques, avec une culture tactique chancelante et variable et la tendance d’essayer d’obtenir des résultats le plus rapidement possible, sans vision sur le long terme (on n’a pas le temps et les présidents sont très impatients) ou d’idées de développements de clubs, excepté Basaksehir.

Sur 18 clubs, 17 possèdent des entraineurs turcs, un fait rarissime

Nombre d’entraîneurs tournent régulièrement de clubs en clubs durant la saison et, cette année, sur 18 clubs, 17 possèdent des entraineurs turcs, un fait rarissime pour un championnat accueillant traditionnellement beaucoup de coachs étrangers.

Cependant, cette incertitude crée finalement beaucoup de matchs rythmés et le niveau général est plus homogène. A titre d’exemple, contrairement à la Turquie, le championnat est déjà joué en France (PSG), en Allemagne (Bayern) ou en Espagne (FC Barcelone) et cette pression du résultat donne, par conséquent, beaucoup de jeu ces dernières semaines, les clubs ne pouvant se permettre de calculer.

En termes de pépites, comme énoncé plus haut, Emre Akbaba est celui qui se rapproche le plus du destin d’un autre joueur, Cengiz Ünder, ancien de Medipol Basaksehir (et passeur décisif pour Manolas à la Roma lors de la Romatada).

Et si vous n’êtes pas convaincus par ces arguments, en voici un autre faisant appel, au choix, à notre fibre patriotique, nos souvenirs ou nos connaissances : au sein du championnat turc, vous trouverez certainement un ancien de Ligue 1 à supporter que vous soyez Nantais (Olivier Veigneau, Kasimpasa), Bordelais (Yoan Gouffran, Göztepe), Lyonnais ou Marseillais (Mathieu Valbuena, Fenerbahçe), Stéphanois (Bafé Gomis, Galatasaray) ou bien encore Parisien (Stéphane Sessegnon, Gençlerbirligi), Monégasque (Vagner Love, Besiktas) etc… Bref, de bonnes raisons de suivre la Süper Lig.

Nous sommes donc à la 29ème journée et avec 6 journées restantes, bien malin qui pourra dire quel club sera sacré champion de Turquie à la fin de la saison 2017-2018.

Passionné d'histoire, de football et d'histoire du football, aimant le décalage, les passes bien ajustées et les reprises de volées dans la lucarne, je suis avec attention et précision le football turc. Fenerbahçe, Galatasaray, Besiktas ou même... Gençlerbirligi n'auront plus de secrets pour vous. Vive le football !

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