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Anthony Soubervie : « Pendant 2 ans, je n’ai pas touché un ballon »

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Anthony Soubervie : « Pendant 2 ans, je n’ai pas touché un ballon »

J’ai a eu le plaisir de discuter avec , latéral droit du SR Colmar. Retour sur le parcours riche en rebondissements d’un homme humble et passionné.

Anthony Soubervie est né le 24 avril 1984 à Cayenne en Guyane. Il a fait ses gammes en France métropolitaine avant de rejoindre récemment la sélection nationale guyanaise. Aujourd’hui, il évolue au poste de latéral droit à Colmar, qui connaît une saison très compliquée en National malgré un effectif de qualité. Anthony raconte : « On avait un effectif plus ou moins pour jouer la montée mais on s’est retrouvé dans une période délicate en début d’année 2016. On a subi un retrait administratif de 5 points (dont 2 par la DNCG, ndlr) au moment où on pouvait basculer dans la première partie de tableau. On est tombé en position de relégables et depuis on a dû batailler pour essayer de s’en sortir. » Un combat semé d’embûches tant Colmar a joué de malchance cette saison, à l’image de l’annulation de la victoire sur Béziers pour un défaut de feuille de match électronique, entraînant un « rematch » perdu par les Colmariens, lourdement handicapés par les blessures. Au moment de notre conversation, celui qui avouait malgré lui que « ça allait être compliqué de se maintenir sportivement » ne savait pas encore qu’il serait définitivement relégué après la victoire de Béziers, justement, à Marseille ce week-end…

Un ultime espoir reste néanmoins permis. Comme Anthony nous l’expliquait, « il faudra essayer de finir premier relégué pour conserver une chance d’être repêché car on sait que chaque année il y a des clubs qui déposent le bilan ou qui descendent financièrement. » A défaut d’un maintien sportif, Colmar peut donc encore envisager un maintien administratif, le club étant toujours en bras de fer judiciaire pour récupérer les points perdus évoqués précédemment. Ce maintien en National s’avère crucial pour le club mais aussi pour le joueur, qui nous confie qu’il devra se résigner à trouver un nouveau club en cas de descente. Une tâche qui ne devrait toutefois pas être très délicate pour celui qui a été élu meilleur latéral du championnat cette saison.

Lorsque l’on évoque son avenir, Anthony ne cache pas ses envies d’étranger et d’exotisme : « Je suis ouvert à toute proposition mais il est vrai que l’étranger me brancherait bien. J’aimerais bien un pays exotique, ça serait un véritable changement de culture. Découvrir un nouvel environnement, un autre championnat et un autre football, ça pourrait être sympa. » Toutefois, celui qui juge son année comme « une bonne saison » et qui se dit satisfait à titre personnel ne ferme pas la porte à la Ligue 2, un niveau qu’il n’a jamais côtoyé malgré certaines propositions : « J’ai eu plusieurs opportunités de partir en Ligue 2, notamment à Istres ou Arles-Avignon mais c’était plutôt pour des rôles de doublure ou pour compléter le groupe. Moi je préfère jouer. Dans tous les clubs où je suis allé j’ai joué, me retrouver sur le banc à jouer la doublure ne m’enchante pas plus que ça. »

En effet, ce qu’aime avant tout le numéro 11 de Colmar, c’est le jeu. Un amour pour le football qui ne l’a jamais quitté, malgré quelques désillusions… Retour sur un parcours atypique.

Tout a commencé en Gironde pour Anthony qui a fait toutes ses gammes à Bordeaux : « J’ai commencé à l’âge de 5 ans aux Girondins et j’ai fait toutes les catégories de jeunes jusqu’en 17 ans. J’y ai joué 12 ans, je suis de la même génération que Mavuba, Chamakh et Valbuena. » Toutefois, son aventure bordelaise prendra fin en 2003 : « En deuxième année de 17 ans, Gernot Rohr est venu me chercher et du coup j’ai signé à Nice à l’âge de 18 ans. On a fait de bons résultats et ça s’est super bien passé. » Tout semblait alors prédisposer Anthony Soubervie à un avenir radieux, et ce ne sont pas ses convocations en sélection nationale qui vont témoigner du contraire : « Ça fait toujours plaisir de porter le maillot de l’Équipe de France. J’étais en sélection de jeune, ça veut dire que je faisais partie de meilleurs, c’était très valorisant et j’étais très content. » Bien que titulaire d’un talent incontestable, la carrière du natif de Cayenne va prendre un tournant inattendu… « J’ai signé professionnel 1 an à Nice, sans jamais jouer en Ligue 1, mais un agent m’a fait miroiter. Il m’a promis plusieurs choses et plusieurs clubs, au final je n’ai pas prolongé mon contrat à Nice et je me suis retrouvé sans rien. » Une cruelle désillusion pour le joueur qui va le pousser à prendre une décision forte et significative ; celle de se retirer du football professionnel : « J’étais un peu dégoûté donc j’ai coupé avec le foot pendant deux ans, durant lesquels je n’ai pas touché un ballon. » Entre 2005 et 2007, Anthony Soubervie va donc privilégier son épanouissement personnel à sa carrière : « C’était une période spéciale, compliquée oui et non parce qu’en fait je n’ai jamais trop eu de vacances durant ma formation, j’ai jamais trop profité. A Nice on pouvait sortir que le samedi après-midi de 14h à 16h, j’avais l’impression de ne pas avoir eu de jeunesse donc pendant ces deux ans de coupure, j’en ai profité. »

Après s’être ressourcé, le latéral de formation va donner un second souffle à sa carrière et reprendre son activité en 2007 à Bayonne, où il découvrira le championnat de National : « Alain Pocha m’a relancé à l’Aviron Bayonnais en CFA. Dès la première année on est monté en National. » Ensuite, un homme qui va s’avérer très important dans la carrière d’Anthony va l’attirer en Normandie : « Didier Ollé-Nicolle m’a appelé pour venir à Rouen. A l’issue d’une belle saison, on devait monter en Ligue 2 mais suite à un retrait de 3 points de la DNCG, on est pas monté et le club a déposé le bilan derrière. » Là encore, la carrière du latéral est freinée. Tous les salariés du FC Rouen sont plongés dans le flou et doivent trouver un nouveau job. Pour les y aider, Didier Ollé-Nicolle va faire preuve d’un professionnalisme qui n’a pas laissé Anthony indifférent : « Suite au dépôt de bilan on ne pouvait plus s’entraîner normalement et le coach s’est engagé à nous entraîner gratuitement pendant 3 mois pour les joueurs n’ayant pas encore trouvé de club. C’est un super mec, qui aime beaucoup ses joueurs et qui est très perfectionniste. C’est une personne que j’apprécie beaucoup et qui a énormément compté dans ma carrière. »

Libre, Anthony se relance du coté de Boulogne sur Mer entre 2013 et 2015. Mais l’ancien Rouennais va finalement recroiser rapidement la route de son mentor Ollé-Nicolle qui l’attire cette fois ci à Colmar, soucieux de recruter un latéral de qualité et expérimenté. Un recrutement intelligent puisque Anthony Soubervie a marqué 4 buts et délivré 7 passes décisives cette saison en National. Des statistiques ronflantes au vu de la saison compliquée des Colmarais… Celui qui se caractérise comme « un véritable contre-attaquant aimant participer au jeu, déborder, dédoubler, centrer et apporter offensivement » va d’ailleurs se distinguer dans un exercice bien spécifique, celui des coups de pied arrêtés. Fantastique tireur de coups-francs, Anthony nous dévoile son secret : « J’ai commencé à taper les coups de pied arrêtés à Nice. Je les travaille depuis tout jeune et depuis j’ai été partout le tireur attitré. Je les bosse pas mal mais le plus important c’est d’avoir la confiance de ses coéquipiers. Mes coéquipiers me font confiance et je me sens libéré, ça me permet de tenter des choses et d’avoir de la réussite. »

On retrouve d’ailleurs toute cette humilité lorsqu’il évoque ses rapports avec ses anciens coéquipiers, aujourd’hui professionnels reconnus : « Avec Mathieu (Valbuena) on ne fait pas partie du même monde. Maintenant, il est plus exposé. J’ai gardé contact avec Rio Mavuba, on se revoit de temps en temps mais moi je fais ma petite vie tranquille ». Sa tranquillité, Anthony Soubervie ne la tronquerait pour rien au monde, n’ayant que pour unique regret sa mésaventure niçoise à cause d’un agent : « Je pense que mon plus gros regret c’est de ne pas avoir prolongé à Nice à cause d’un agent. Signer un gros contrat à Nice aurait changé pas mal de choses, après je fais quand même une belle petite carrière, notamment en coupe de France (où il s’est incliné en ¼ de finale avec Boulogne face à l’ASSE la saison dernière, ndlr) donc je n’ai pas plus de regrets que ça. »

Anthony Soubervie : « Pendant 2 ans, je n'ai pas touché un ballon »

Aujourd’hui, l’ex-espoir niçois semble épanoui et à la quête de nouveaux défis, à l’image de son implication au sein de la sélection Guyanaise : « Tout cela remonte à 5-6 ans, j’avais déjà eu des convocations pour la sélection mais ça ne collait pas avec les dates FIFA. Depuis ça coïncide et j’ai pu prendre part à l’aventure. Bernard Lama est a la tête du projet et a monté une belle petite équipe avec les joueurs qu’il a contacté en France. Parmi ces joueurs on retrouve Roy Contout, Ludovic Baal, Donovan Léon et Sloan Privat. Actuellement on est en train de disputer les qualifications pour la Gold Cup. Ça se passe bien, on a passé le premier tour et on va prochainement rencontrer les Bermudes et se déplacer en République Dominicaine. On a une bonne petite équipe et on essaye de faire un bout de chemin ensemble. »

Un bout de chemin dans le football qui ne semble pas prêt de prendre fin pour un passionné qui peine à être rassasié, même lorsque l’on évoque une future reconversion : « Je joue au foot depuis l’âge de 5 ans donc j’aimerais rester dans le monde du football. Je passe actuellement mes diplômes d’entraîneur en parallèle. Je sais qu’il y a beaucoup de demandes pour peu d’élus donc ce sera à moi de faire le maximum pour y arriver. »

Je tiens à remercier sincèrement Anthony pour sa disponibilité et sa sympathie et espère que celle-ci a été perceptible à la lecture de l’article.

Passionné de sport en général, c’est la beauté du football qui m’a séduit plus particulièrement dès mon plus jeune âge par les émotions procurées, par la ferveur et l'engouement populaire qu'il génère. Je possède l’intime conviction que l’analyse du football ne doit pas être exclusivement réservée aux élites télévisuelles ou intellectuelles.

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