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Mes que un Clasico

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Mes que un Clasico

Le 18 décembre avait lieu le Clasico espagnol entre le et le . La rencontre, initialement prévue le 26 octobre, avait été repoussée à cette date suite aux violentes manifestations se déroulant à Barcelone suite à la condamnation à de la prison ferme d’indépendantistes catalans. Malgré son report, le Classique espagnol a encore été le théâtre d’événements hors-terrain marquants.

Le match avait encore lieu sous haute tension comme l’ont montré les heurts en marge de la rencontre. Celle-ci a également été le théâtre de revendications politique puisqu’une banderole « Libertad » a été déployée en tribunes. Cependant, si la fibre identitaire reste très présente au sein du club la revendication indépendantiste l’est beaucoup moins depuis la fin de l’ère Joan Laporta.

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Copyright / Marca.

Pour comprendre ce phénomène, il convient de revenir sur l’histoire du club et de ses revendications politiques. L’ancrage identitaire est au fondement de la culture du club et ce depuis sa création en 1895. En 1924, par exemple, le stade du Barça (Camp Nou) avait été suspendu 6 mois pour activités anti-espagnoles. L’avènement de la dictature franquiste n’a fait que renforcer ce phénomène. Le club, à cette période, incarne l’opposition au régime en place en revendiquant son identité catalane (catalanité). Le Camp Nou est alors le seul endroit où parler catalan sans risque demeure possible.

Avec la disparition de la dictature, l’opposition au pouvoir central autoritaire par la catanalité n’a plus lieu d’être. L’Espagne rentre alors dans une phase de modernité en se préparant à intégrer l’Europe et affiche une image unifiée. Le président du club de l’époque, Nunes, alors entrepreneur dans le BTP s’attache à construire un club moderne et attractif économiquement.

Le positionnement indépendantiste du club est assez récent et, au regard de l’histoire de celui-ci, finalement, de courte durée. Il intervient au milieu des années 2000 lorsque Joan Laporta, indépendantiste affiché, est élu président. Durant ses deux mandats, le club se politise de plus en plus. La fameuse devise « Mes Que Un Club » est remise au goût du jour. Plusieurs décisions symboliques sont prises : le drapeau espagnol est retiré du centre de formation (la Masia) pour être remplacé par le drapeau catalan ; les couleurs catalanes apparaissent sur le maillot et les joueurs recrutés par le club s’engagent, dans le cadre de leur contrat, à apprendre le catalan.

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Joan Laporta et un joueur du Barça. Goal

Au même moment, le club connaît la période sportive la plus glorieuse de son histoire en remportant 12 titres – dont 2 Ligue des Champions. Il est alors entrainé par un indépendantiste convaincu, , qui par moments, aligne une équipe composée à 100% de joueurs formés à la Masia. L’ensemble de ces facteurs a mécaniquement pour effet, sur le territoire espagnol, d’amplifier la revendication indépendantiste du club.

Dans le même temps il s’ouvre au marché international – Asie, Pays du Golfe – afin d’augmenter ses recettes. La « catalanité » n’est plus l’expression d’un projet politique mais fait alors office de stratégie marketing.

Le club devient, malgré lui, un tremplin électoral pour Joan Laporta et, pour beaucoup d’indépendantistes, l’équipe nationale de Catalogne, non officielle. Par la suite, l’avènement de deux présidents du club, Rosell et Bartomeu, change la donne : la fibre catalane reste présente, mais elle est moins mise en avant par ces deux dirigeants. Ces derniers, étant moins politisés que Joan Laporta et plus tournés vers la viabilité économique du club. En conséquence si la fibre identitaire est constitutive de l’ADN du club, le positionnement indépendantiste, quant à lui, ne l’est pas et ne résulte que de la volonté d’un seul président.

La deuxième raison de ce changement d’attitude du FC Barcelone est que, à emprunter cette voie indépendantiste, le club aurait eu beaucoup à y perdre. En effet, comme pour tous les clubs de football, le budget de chacun d’entre eux est pour partie alimenté par les droits TV. Le FC Barcelone a ainsi touché 140 millions d’euros de droits TV en 2016 pour un budget de près de 700 millions d’euros. Les sponsors, le merchandising et la vente de joueurs constituent le reste du budget.

Le scénario d’une Catalogne indépendante conduirait automatiquement à exclure les clubs catalans de la « Liga » (championnat espagnol) comme l’a déclaré le Président de la ligue de football espagnol Javier Tebas en septembre 2017 à El Pais[1]. Eludant cette déclaration, ceux qui voudraient voir le Barça évoluer dans une autre ligue s’appuient, pour justifier leur projet, sur l’exemple du club de Monaco qui joue dans le championnat français. Or, outre le fait que le statut de la principauté n’est pas comparable avec celui de la Catalogne indépendante, le principe de territorialité s’appliquerait. L’UEFA, en outre, a bien rappelé, il y a quelques années, que « l’organisation du football sur une base nationale territoriale constitue un principe fondamental et une caractéristique bien établie du sport »[2]. Ce projet tient plus du fantasme que d’une réalité concrète.

Dans le cas d’une Catalogne indépendante le FC Barcelone se retrouverait à jouer un championnat de Catalogne. Il est, alors, évident que l’attraction pour les sponsors et les télévisions serait moindre : un FC Barcelone-Gérone ferait moins d’audience que le « Clasico » Barça-Real.

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Girona-Barça, affiche de gala du Championnat de Catalogne. Copyright / FC Barcelona

En outre, si le Barça est un club catalan et le revendique, il n’est pas le club exclusif des Catalans. En effet, la politique d’expansion menée par Joan Laporta associée à la qualité du jeu proposée et aux bons résultats sportifs a permis au club de « recruter » des supporters – et donc de futurs acheteurs de produits dérivés – partout dans le monde, notamment en Asie et au Moyen- Orient. Ces nouveaux supporters sont peu concernés voire pas du tout par le positionnement politique du club. En Espagne, les socios eux-mêmes, extérieurs à la Catalogne, sont très réservés voire hostiles au discours nationaliste catalan. L’ensemble de ces phénomènes pourrait impacter fortement le budget du FC Barcelone et, si celui-ci baisse, le club, alors ne pourrait plus payer des joueurs internationaux tel que Leo Messi, au risque de perdre sa compétitivité européenne, ce qui impacterait encore davantage ses revenus.

La posture indépendantiste du club, fût-elle très courte, lors du referendum du 1er octobre 2017 a laissé des traces. Une semaine après celui-ci, le déplacement à Madrid, chez l’Atletico, est jugé à haut risque par les autorités espagnoles. L’Atletico Madrid est, en effet, née de la fusion du club Atletic de Madrid et du club Avicion national – le club de l’armée de l’air franquiste. De ce fait l’Atletico a toujours eu une frange de supporters nationalistes voire nostalgiques du franquisme. Lors de ce match le président du club invite les supporters à arborer le drapeau espagnol pour montrer leur attachement à l’Espagne unifiée. Cette invitation n’est pas anodine, dans un pays où le rapport au drapeau n’est pas aussi aisé qu’ailleurs.

Barcelone, le club qui divise l’Espagne

Dans ce contexte, le cas du joueur de Barcelone Gerard Piqué est emblématique de la position du club. Né d’un père homme d’affaire et d’une mère neuro-chirurgienne, il est également le petit fils d’un ancien vice-président du Barça. Il a toujours affirmé des convictions indépendantistes fortes au point d’être régulièrement sifflé lors des matchs de l’équipe nationale. Très présent, avec sa femme, Shakira, sur les réseaux sociaux, il s’affiche sur ceux-ci en train de voter au referendum. Il finit pourtant par adoucir sa position en concédant que pour lui l’équipe nationale représente une famille. [3]

Le paradoxe est que, dans une Catalogne indépendante, le FC Barcelone perdrait son statut de « Mes Que Un Club » car il ne serait qu’un club catalan parmi d’autres. Si la fibre identitaire est un bon moyen marketing pour attirer des fans, elle atteint sa limite quand un club aussi internationalisé que le FC Barcelone se laisse entrainer dans le champ politique.

A partir du référendum de 2017 le club s’est tenu à distance du champ politique voyant tout ce qu’il avait a y perdre. L’exemple le plus frappant est celui de Gerard Piqué, encore une fois, qui avant 2017, n’hésitait pas à mettre en avant ses convictions indépendantistes. Depuis, le joueur du Barça ne s’exprime quasiment plus sur le sujet[4]. Finalement, pas si « Mes que Un Club » que ça.

 

[1] Javier Tebas : « El Barcelona no podra jugar en la liga » publié le 9/09/2017 disponible sur : https://elpais.com/deportes/2017/09/08/actualidad/1504897689_866947.html

[2] Ce rappel est issu de la motivation du refus de faire jouer le club français d’Evian-Thonon-Gaillard à Genève.

[3] Geral Piqué : « Ne doutez pas de mon implication » , l’Equipe.Fr, publié le 4/10/2017 disponible sur : https://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Gerard-pique-ne-doutez-pas-de-mon-implication/839725

[4] L’organisation de la nouvelle Coupe Davis par son entreprise d’entertainement sportif y est peut-être pour quelque chose.

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