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Moment d’histoire #2 : Le Maracanazo, une tragédie nationale

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Moment d’histoire #2 : Le Maracanazo, une tragédie nationale

Le Brésil, avec ses cinq Coupes du Monde, est aujourd’hui une puissance majeure du football planétaire.

Mais ses débuts internationaux sont marqués par une terrible désillusion à domicile lors de la « finale » du Mondial 1950, restée comme l’un des matchs les plus mythiques de l’histoire.

Un match gagné d’avance ?

16 juillet 1950 : 200 000 personnes sont réunies au Stade Maracanã de Rio de Janeiro pour ce qui s’annonce comme une grande fête du football. 170 000 places ont officiellement été vendues, mais la foule est bien plus nombreuse dans l’enceinte à peine achevée. 12 ans après la dernière Coupe du Monde en France, le Brésil affronte l’Uruguay en finale officieuse du Mondial. Pour cette édition, les deux meilleurs des quatre groupes se rencontrent chacun dans une sorte de mini championnat désignant le vainqueur. L’équipe de Flávio Costa, qui reste sur des succès 7-1 et 6-1 contre la Suède et l’Espagne, n’a besoin que d’un match nul pour s’adjuger un titre qui lui tend les bras. Avant le match, la presse brésilienne s’enflamme. En légende d’une photo de la Seleção, O’Mundo titre : « Voici les champions du monde ». Personne ne se doute alors du drame qui va suivre…

La garra charrúa

Dès le coup d’envoi, les Brésiliens assiègent le but de Roque Maspoli. Certains observateurs considèrent que cette équipe, plus que celle de 1970, est la meilleure de tout les temps. Portée par son capitaine Agusto, son meneur de jeu Zizinho et son attaquant Ademir, meilleur buteur du tournoi avec 8 réalisations, la Seleção est en tous points supérieure à la Celeste. Pourtant, les Uruguayens résistent grâce à une grande détermination, qui rappelle la résistance acharnée des indiens Charrúas aux colons européens, la garra. A la mi-temps, l’arbitre anglais George Reader renvoie les deux équipes aux vestiaires sur un score nul et vierge.

Les Auriverde entament la seconde période en trombe : à la 47ème minute, Ademir sert Friaça qui inscrit le premier but de la rencontre. Le Maracanã exulte. Dans le public, on éclate des pétards, on agite des mouchoirs blancs, persuadés de gagner le match. Mais à l’heure de jeu, alors que tout semble joué, Schiffiano égalise pour l’Uruguay.

 Moment d’histoire #2 : Le Maracanazo, une tragédie nationale

Les Auriverde continuent d’attaquer malgré cet avertissement, s’exposant à des situations de contres. On joue la 79ème minute lorsque Alcides Ghiggia, attaquant de Peñarol, combine avec Pérez. Il s’infiltre côté droit… avant de placer une frappe sèche au ras du poteau. 2-1. Le Brésil ne reviendra plus dans le match, et l’impensable se produit : l’Uruguay est championne du monde.

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« Comme si le Brésil avait perdu une guerre »

Le but de Ghiggia plonge les 200 000 spectateurs dans la stupeur. Jules Rimet, créateur de la Coupe du monde décrit ce silence comme « morbide, par moments trop difficile à supporter ». Le président de la FIFA, qui avait préparé un discours en portugais, en oublie presque de remettre le trophée aux joueurs de la Celeste, qui effectuent un tour d’honneur dans l’indifférence générale. Le résultat a l’effet d’un séisme, littéralement : deux personnes se jettent du haut des tribunes, trois sont victimes de crises cardiaques, et c’est tout un pays qui pleure. Dans l’Etat de São Paulo, un garçon de 9 ans, devant les larmes de son père, tombe à genoux et implore Dieu : « Jésus, pourquoi avons-nous été punis ? Qu’est-ce que nous avons fait de mal ? Est-ce un péché d’avoir la meilleure équipe ? » Edson Arantes do Nascimento, futur « Pelé », évoque « ce jour qu’il n’oubliera jamais » dans l’une de ses autobiographies, citée dans L’Histoire du football au Brésil (Michel Raspaud, éditions Chandeigne, 2010). « C’était comme si le Brésil avait perdu une guerre », écrit-il.

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Une blessure toujours intacte

En réalité, cette défaite dépasse de loin le cadre sportif. Le Brésil est alors en pleine campagne électorale, et, dans un élan de récupération politique, chaque candidat cherche à s’afficher aux côtés de l’équipe. Les députés ont offert des primes de victoire à tous les joueurs… avant même le début du match ! Deux ans plus tôt, au moment de poser la première pierre du stade Maracanã, voilà comment le général Morales, préfet de Rio, répond à l’urgence sanitaire qui frappe son pays : « Si on construit un stade, il n’y aura pas besoin d’hôpital ! » La Coupe du monde 1950 avait suscité un espoir de gloire à 60 millions de Brésiliens ; elle fut le symptôme d’une société divisée et endeuillée.

Traumatisée, l’équipe du Brésil ne disputera aucun match pendant deux ans, et, si la bande à Pelé remporte trois titres mondiaux entre 1958 et 1970, le Maracanazo reste une cicatrice ineffaçable dans l’histoire du football brésilien. Pour l’écrivain Marcos Guterman, c’est d’abord une « tragédie raciale » : les joueurs noirs furent désignés comme responsables de cette défaite, à l’image de Moaçir Barbosa. Le gardien de Vasco de Gama, fautif pour avoir anticipé un centre sur le second but uruguayen, devient le bouc émissaire de cette catastrophe nationale. Celui qui avant le match était encore considéré comme le meilleur gardien du monde terminera sa vie en paria. En 1994, alors qu’il vient soutenir la Seleção, on lui refuse même l’accès au centre d’entraînement. Barbosa mourra dans l’oubli en 2000. « Au Brésil, la peine maximale est de trente ans. Moi, j’ai pris perpète pour un but encaissé », déclare-t-il peu avant son décès.

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On garde de cette rencontre l’image d’un stade magique, passé de la plus grande affluence jamais enregistrée à une décrépitude totale après les Jeux Olympiques de 2016. On retiendra aussi la célèbre phrase d’Alcides Ghiggia, bourreau éternel des Brésiliens : « Seules trois personnes ont réussi à faire taire le Maracanã, Frank Sinatra, le pape et moi. » Plus symboliquement, c’est après ce match que les Auriverde abandonnent leur tunique immaculée pour un maillot jaune à parements verts (jusqu’à cette année, et un retour du maillot blanc pour la Copa America 2019). Avec ces nouvelles couleurs, la Seleção impose une culture du football : la finesse de Socrates, les buts de Ronaldo ou Rivaldo, et bien sûr, le dribble, le Joga Bonito de Ronaldinho ou Neymar. Mais, sur ses terres, le Brésil connait un nouvel affront, en 2014, conclu par sa plus large défaite en compétition face à l’Allemagne (1-7). Comme si, dans le football, certaines malédictions étaient faites pour durer…

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Passionné de foot depuis le Barça version Guardiola. Latéral gauche qui se rêve Jordi Alba ou Maxwell mais garde la vista de Lucas Digne.

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