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Barça : le changement, c’est maintenant

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Barça : le changement, c’est maintenant

Le FC Barcelone vient de subir la plus lourde défaite de son histoire. Jamais le club catalan n’avait pris 5 buts dans un match de Ligue des Champions. Mais cette déroute face au Bayern n’est que le dernier coup de mortier asséné à une cathédrale qui tombe en ruine depuis 5 ans. Pour en construire une nouvelle, des têtes doivent tomber. Dès aujourd’hui.

Barça : le changement, c’est maintenant

Tout change pour que rien ne change

Dans la foulée de la rencontre, les réactions catalanes semblaient toutes aller dans le même sens. D’abord , architecte en chef de la débâcle, déclarait qu’ « il faut tirer des conclusions, prendre les décisions adéquates en pensant à l’avenir », tout en assurant qu’ « il est trop tôt pour penser à mon avenir, si je vais continuer ou non ». Effectivement, pas besoin de penser pour savoir qu’il doit être viré sur-le-champ. Gérard Piqué, lui, s’est lancé dans une analyse clairvoyante de la situation actuelle du Barça : « Le club a besoin de changements. Et je ne parle pas au niveau de l’entraîneur ou des joueurs, mais structurellement, le club a besoin de changements de toutes sortes. Personne n’est indispensable. Il faut faire venir du sang neuf pour changer cette dynamique, et s’il le faut, je serai le premier à m’en aller. »

On en verserait presque une petite larme si ce discours n’était pas celui que l’on entend chaque saison, de la part d’un joueur qui doit prendre sa retraite, sans que ce ne soit jamais suivi d’actes. Généralement c’est Messi qui endosse ce rôle, notamment avant le trophée Gamper au Camp Nou comme ce fut le cas les deux dernières saisons. Il prend le micro, assume ses responsabilités et affiche ses ambitions pour la saison suivante. Les culés applaudissent, et on en reste là. Sauf qu’au lieu d’empiler les trophées, le Barça garnit chaque année sa collection de fessées. Ce fut la Juve en 2017, l’AS Rome en 2018, Liverpool en 2019, et donc le Bayern en 2020. Chaque fois des promesses, chaque fois des regrets, chaque fois des humiliations. Triste contraste pour un club qui régna sur l’Europe pendant une décennie.

Tourner la page…

C’est justement de là que résulte la faillite du Barça : croire que c’est en gardant les même joueurs que l’on parviendra de nouveau aux sommets, s’accrocher aux branches mortes jusqu’à ce qu’elles craquent définitivement. Hier soir, l’équipe alignée par Quique Setién avait une moyenne d’âge de 29 ans et 329 jours, soit la plus vieille équipe jamais alignée pour un match de Ligue des Champions. Sur les onze joueurs alignés à Lisbonne, huit étaient déjà là au coup d’envoi à Rome il y a 3 ans (dix sur la feuille de match). Qu’est-ce qui a changé, depuis ? Piqué est toujours intouchable malgré ses erreurs à répétition, Busquets joue tous les matches depuis onze saisons, Suarez occupe la pointe de l’attaque bien qu’il n’ait marqué aucun but à l’extérieur en C1 sur ses dernières 1952 minutes de jeu (32 h, réparties sur 5 ans). Jusqu’ici, un génie nommé Messi suffisait à sauver les meubles par ses exploits individuels et sa capacité à faire jouer ses coéquipiers. Mais le meilleur joueur du monde a aujourd’hui 33 ans, et ne peut plus porter ce Barça a lui tout seul. Depuis 2015 et le dernier sacre européen du Barça, beaucoup de choses ont changé. Les deux dernières saisons de Ligue des Champions ont prouvé que le football de « papas », où le talent unique d’un joueur pouvait porter tout un collectif sur ses épaules, était mort, et que ce seul le collectif d’une équipe, construit physiquement, psychologiquement et tactiquement, pouvait désormais triompher (l’Ajax et Liverpool l’an dernier, Leipzig, l’Atalanta et City entre autres cette saison).

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Le Bayern Munich, dont il faut bien entendu saluer la performance monstrueuse, a donné une leçon d’efficacité collective au Barça. © AFP

L’erreur des dirigeants catalans est de n’avoir jamais su tourner la page d’une génération dorée, et d’avoir remplacé des joueurs formés à la Masia depuis leur plus jeune âge par des stars recrutées à prix d’or sans mettre en place de véritable plan de jeu. Dembélé, Griezmann et Coutinho ont coûté en tout presque 400 millions d’euros au Barça ; hier soir, les deux premiers débutaient sur le banc tandis que le troisième crucifiait son ancien club d’un doublé en fin de match. Comme le symbole d’une stratégie de recrutement catastrophique depuis l’arrivée de Bartomeu à la présidence. Pendant ce temps-là, des jeunes prometteurs issus de la Masia comme Riqui Puig, Carles Aleña ou Juan Miranda ne jouent quasiment jamais, laissant l’avenir du club se dessiner en point de suspension. L’après-Messi au Barça, c’est un peu comme le réchauffement climatique : on sait que c’est pour bientôt, que ça risque d’être grave, mais on fait comme si tout allait bien.

… Sans renier ses valeurs

Hier soir, on a vu une équipe en total manque de repères, comme si le maillot à damier les avait soudain transformés en guignols. Sur le plan tactique, Quique Setién n’a jamais enclenché la mutation tant espérée, se contentant de poursuivre la destruction de l’identité de jeu barcelonaise commencée sous Valverde. C’est ainsi que pour le match le plus important de la saison, les supporters catalans ont eu la joie de retrouver un dispositif en 4-4-2 avec Arturo Vidal et Sergi Roberto sur les côtés. Les joueurs ont coulé physiquement dès l’heure de jeu, à l’image d’un Semedo qui a dû faire des cauchemars de sa rencontre avec Alfonso Davies. Mais c’est surtout d’un point de vue mental que doit être analysée cette déroute, quand on voit la manière dont Ter Stegen, habituellement si propre, s’est déchiré dans la relance, ou encore l’incapacité de Messi à remobiliser ses partenaires. Il faudra peut-être un jour comprendre que la Pulga n’a jamais été un leader de vestiaire et assumer, tout en le déchargeant de cette responsabilité, de choisir un nouveau capitaine capable de jouer ce rôle à sa place. Un Carles Puyol ou même un Victor Valdes n’aurait jamais laissé faire ce qui s’est passé hier soir.

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Le vestiaire catalan, si habitué au succès, n’a plus de caractère et il faut que cela cesse. Outre un retour de la priorité à la formation locale, cela passe bien sûr par la nomination d’un entraîneur qui connaît le club et saura faire trembler les murs pour calmer certains egos. Frank Rijkaard, Pep Guardiola, Luis Enrique… Tous les derniers coachs qui ont réussi au Barça en étaient des anciens joueurs. Au contraire de Tata Martino, Ernesto Valverde ou Quique Setién, et on a vu le résultat. Xavi, Ronald Koeman ou Mikel Arteta pourraient alors se poser en successeurs, si bien sûr la direction accepte de leur confier la gestion complète du secteur sportif catalan. Le Barça est géré depuis des années comme une entreprise, mais ni les touristes chinois ni les changements de logo ne parviendront jamais à acheter l’âme de ce club fondé il y a 121 ans.

Point de bascule

La défaite face au Bayern n’est pas la première débâcle subie par le Barça, mais doit être la dernière. Le FC Barcelone a besoin d’une révolution de l’ampleur du Cruyffisme dans les années 1980. Les individualités ont pris trop de place dans l’environnement du club, qui a craché honteusement sur ses valeurs fondatrices. Personne n’est irremplaçable à l’exception peut-être de Messi, mais l’histoire du Barça continuera à s’écrire, avec ou sans lui. La direction catalane dispose de deux choix simples. Soit elle décide de poursuivre dans cette voie, le carnaval des lamentations puis finalement le statut quo. Soit elle décide de changer, et dans ce cas il n’y a plus de temps à perdre.

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© Getty images

Passionné de foot depuis le Barça version Guardiola. Latéral gauche qui se rêve Jordi Alba ou Maxwell mais garde la vista de Lucas Digne.

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