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Les états d’âme de l’arbitre masqué

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Les états d’âme de l’arbitre masqué

Contesté et insulté par le monde du foot, l’homme en noir est la cible idéale. Dans Je suis l’arbitre masqué, l’un d’eux témoigne de ses plaisirs et de ses peines.

Face à la pression médiatique, populaire et des acteurs du football, les arbitres n’ont pas un rôle facile. C’est une évidence que l’erreur est humaine et que les règles sont souvent soumises à une interprétation et à des capacités qui ne sont pas celles d’une image analysée au ralenti sous tous les angles. C’est peut-être ce qui a motivé l’arbitre qui témoigne anonymement dans ce livre (Hugo Sport).

Dès le début, le ton est donné avec le contexte tendu d’un match pour le maintien à Nantes et la mauvaise appréciation du juge de touche provoquant l’annulation d’un but. « La mi-temps sifflée, ma seule préoccupation est de savoir si ce foutu but était oui ou non hors-jeu« , indique le « héros » du livre qui essaie de remonter le moral de son équipe et refuse toute compensation : « Pas question d’aggraver notre cas pour parvenir à un équilibre de toute façon illusoire. Ce qu’ils oublient, c’est que nous sommes évalués et que nous n’allons sûrement pas nous amuser à accumuler les bourdes« .

On ressent bien la difficulté du métier dans le livre car les arbitres ont conscience et connaissance de leurs erreurs et de leurs conséquences sur leur carrière. D’autant que, comme un joueur, un arbitre peut devoir renoncer à son rêve d’atteindre le sommet. Même en faisant son mea culpa, il ne doit pas être évident de voir sa probité mise en cause et l’auteur déplore de ne pas pouvoir se défendre dans les médias : « Nous n’avons d’autre choix que de la boucler. (…). Ce qui nous manque, c’est un peu de compréhension de notre rôle et de sa complexité. Le respect suivra« .

En dépit des critiques, en professionnel, l’arbitre n’est pas réellement menacé. Contrairement à ses débuts dans le monde amateur. Car au-delà des anecdotes de match, ce livre c’est un peu « vis ma vie d’arbitre », de la formation au niveau européen. Il salue le comportement de Louis Nicollin, raconte le numéro de charme de Jean-Michel Aulas pour sa première en L1, vante le comportement de Rio Mavuba ou Julien Féret, la classe de Varane, la politesse de Lloris…. Il se souvient de son stress – au point de vomir avant le match – lors d’un match au Parc des Princes époque Ronaldinho un dimanche soir… Il parle de l’argent sans tabou (environ 15 000 € par mois dont 6287 € de salaire fixe) et évoque ses souvenirs du parfum particulier des matchs européens.

Il livre aussi avis posé sur l’arbitrage vidéo : « Il est certain que ça peut nous aider. Cela dit, outre le fait que ça hache encore trop les matchs, on constate que ça ne coupe nullement court aux polémiques. Il restera toujours la part d’interprétation« .

Sous la protection de l’anonymat, l’arbitre ne se prive pas de critiquer les différents protagonistes, dont les instances de l’arbitrage français mais aussi des joueurs, coachs et présidents : Waldemar Kita « vitupérant et paranoïaque« , Michel Der Zakarian « roquet infernal« , René Girard « un des pires emmerdeurs« , la « violence gratuite » de Marc Planus, Nabil Fekir qui « propulse le concept de salle gosse vers de nouveaux sommets« , Rudi Garcia est « la synthèse de tous nos cauchemars« , Pierre Ménès fait « des élucubrations de comptoir« …

Si l’arbitre ne peut pas être parfait, il ne revendique pas non plus être un saint, notamment en soirée en parlant de « jolies Nantaises fort délurées qui nous semblent avoir besoin d’un soupçon d’autorité. (…) Vu qu’on nous a accusés toute la soirée d’être spécialement venus pour baiser Nantes, autant passer de la théorie à la pratique« . Plus tad, il déplore la luxure de son arbitre assistant lors des voyages en coupe d’Europe. Pas le même maillot mais la même passion.

Ni un héros ni un salaud, l’Arbitre masqué permet de mieux comprendre le ressenti de cette profession si décriée mais pourtant indispensable au jeu. Humain, sans cacher ses vices et ses faiblesses, il commente toute sa carrière et se permet, tel Tony Chapron, de tacler tous ceux qui manquent de considération envers l’arbitrage.

Passionné de football, j'adore analyser et décortiquer le milieu du ballon rond (stratégie des clubs, tactiques des entraîneurs, performances des joueurs...) en essayant d'apporter un regard décalé et en provocant le débat.

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