Ce week-end, on a observé les difficultés du PSG, ainsi que les idées mal récompensées de Leeds face à Arsenal. On a aussi jubilé devant l’AC Milan, prometteur. Enfin, on parle boulettes de gardien, et on félicite les prolifiques Delort, Haaland, Yazici, Lukaku et Mateta.

Lost in translation

Match observé : AS Monaco 3-2 Paris SG

En manque de repères en défense centrale, retrouvait le milieu face à l’AS Monaco, dans un 4-4-2 où il formait un double pivot avec . La répartition des tâches, facile à deviner au niveau théorique, se vérifie : le Brésilien presse et soutient l’attaque, quand le Portugais reste en retrait pour sécuriser. Ainsi, sur la perte de Mannone dès la 3e minute, on voit bien que contrairement à Sarabia, Mbappé, Di Maria, Kean et donc Rafinha, il reste en couverture « au cas où ». Le problème, et on le vérifiera plus tard, c’est qu’il est bien trop pataud pour couvrir une zone si grande… et on se demande qui en serait capable dans le monde, vu les espaces laissés par l’ensemble de l’équipe.

Lorsque son équipe a le ballon, Danilo reste dans un registre sécurisant, mais à l’excès. Ainsi, il ne se montre pas disponible pour les centraux pour être touché derrière la ligne de pression adverse. Avec le ballon, il se contente de passes latérales pour Dagba, ou en retrait pour Diallo. Puisqu’on ne parle pas d’Alexander-Arnold et Hummels en termes de qualité de pied, autant dire toute la moitié droite de l’équipe est défaillante à la création dans le premier tiers du terrain. Dommage, puisque Danilo est capable de faire bien mieux. Il l’a prouvé plusieurs fois à Porto (sur les rares matchs que j’ai vus), et même ponctuellement sur ce match. A la 11e minute, il réalise une jolie transversale pied gauche pour Sarabia, avant de refaire la même chose, pied droit cette fois, peu avant la pause, pour un centre de l’Espagnol et une tête de Kean sur la barre. C’est évidemment insuffisant pour ce joueur en manque total de confiance, comme en témoigne cette perte de balle dangereuse dès les premières minutes, ou ce coup franc concédé sur une main en taclant.

Fabregas n’est plus le formidable joueur qu’il était (tant mieux, sinon nous ne l’aurions pas en Ligue 1) mais son entrée en jeu a tout chamboulé. L’Espagnol a donné une leçon au double pivot Danilo-Rafinha sur ce que peut faire un milieu de terrain : bouger entre les lignes pour être facile à trouver, donner à un partenaire dans une situation où il peut attaquer l’espace, temporiser, et se projeter dans la surface. Et qu’on ne parle pas de cardio, de vitesse ou de puissance, puisque le stratège monégasque n’a rien de tout ça. Globalement, l’ASM a eu trop de facilités à passer de son but au but adverse, et si le dernier geste (voire l’avant-dernier geste) était trop défaillant pour créer quoi que ce soit en première période, un poil de précision supplémentaire a suffi pour remonter 2 buts d’avance. Evidemment, Danilo n’en est pas l’unique responsable, et sa sortie prouve que ses partenaires n’ont pas fait mieux. Mais le Portugais, même s’il serait sans doute plus à l’aise dans un schéma à 3 au milieu, se doit de faire mieux. La remarque est valable pour le PSG, dont on n’a pas attendu cette défaite pour souligner le manque de créativité au milieu et la fébrilité sans ballon, malgré un Kimpembé qui a réussi à combler les brèches en première période.

Les bonnes idées ne suffisent pas

Match observé : Leeds 0-0 Arsenal

Si le football récompensait l’équipe qui a le mieux joué, Leeds repartait vainqueur face à Arsenal. Les Peacocks ont été largement plus productifs offensivement, se créant beaucoup plus d’opportunités, et trouvant 3 fois les montants adverses, via , Bamford, et . Déjà supérieur, le promu confirmait sa domination suite à l’expulsion de Pépé. Mieux : ils ont montré beaucoup de patience pour se créer des occasions face à la défense logiquement regroupée des Gunners, faisant tourner le ballon à bon escient pour déstabiliser le bloc bas adverse, avec beaucoup d’intelligence. Mais c’est bien là que se situe la limite de cette équipe : les individualités ne sont pas assez fortes, et malgré les bonnes idées de Bielsa, il est primordial d’être efficaces pour gagner. Arsenal dispose (en théorie) de ces individualités talentueuses, mais en dehors de Leno, cela s’est beaucoup moins vu…

Certes, Saka, entré en jeu puis sorti sur blessure, aura illuminé un peu le match des siens avec une contre-attaque rondement menée pour un tir d’Aubameyang en bonne position, avant de lui-même buter sur Meslier. Mais cela reste très insuffisant. Pépé, qu’on sait très talentueux puisqu’on l’a vu en Ligue 1, n’a toujours pas l’impact espéré. On a cru à un déclic en janvier dernier, mais cela n’a pas eu de suite. Sur ce match, on l’a un peu observé : s’il est discipliné sans ballon, participant au pressing, l’Ivoirien ne parvient pas à arriver lancé, comme à Lille où il brillait dans ce registre. Souvent touché trop bas, en position arrêtée, ses qualités sont peu mises en avant dans un collectif balbutiant, digne du milieu de tableau anglais. Le fait qu’il soit côté droit ne l’aide pas, puisqu’il ne peut pas compter sur Tierney, un des rares joueurs de cette équipe qui montre de l’envie. Son carton rouge stupide n’en fait évidemment pas l’unique coupable, mais il symbolise malgré lui ce qu’Arsenal est devenu. A savoir un club où aucun joueur offensif (désolé pour Aubameyang) n’aurait sa place dans le onze de départ d’une écurie européenne de premier plan.

Le début du renouveau ?

Match observé : Naples 1-3 AC Milan

On avait observé de près les premiers pas de Ibrahimovic, pour son retour à l’AC Milan. Les progrès de l’équipe sautent aux yeux si on compare avec ce match face à Naples. Les Rossoneri ont appris l’efficacité, ou plutôt comment optimiser celle de Zlatan en le plaçant dans les meilleures conditions, comme nous en parlions lors du derby de la Madonnina. Mieux encore, les jeunes ont appris gagner dans la souffrance, ce qui est souvent l’apanage des grandes équipes. Ainsi, après l’ouverture du score, les Lombards ont plié, mais n’ont jamais rompu. Alors qu’il semblait stagner il y a quelques saisons, ce qui était presque inévitable au vu de son début de carrière invraisemblable de précocité, Donnarumma a été impérial. Le gardien a tout repoussé, ne pliant qu’après le 2-0, là où une égalisation aurait sans doute tout changé. Multiplier ce type de performances le conduira forcément à être considéré comme une référence à son poste.

Tout n’a pas été parfait pour autant. On sait désormais ce que l’AC Milan fait bien : Pioli laisse le duo Kessié-Bennacer aux manettes aux dépens de Tonali, Hernandez monte car Calabria est plus équilibrant de l’autre côté, Calhanoglu retrouve son vrai niveau qui en faisait notre chouchou en 2015, et les ailiers bloquent bien le couloir, et permettent à Zlatan de ne pas s’épuiser en phase défensive. Il reste cependant des zones d’amélioration, et on est curieux de voir ce que deviendra cette équipe dans les mois mais aussi dans les années à venir. Les ailiers, disciplinés sans ballon, restent limités offensivement. Saelemaekers et Hauge (auteur d’un joli but) sont encore tendres, tandis que Rebic, Castillejo et Leao (absent sur ce match) ont du mal à faire les bons choix en sortie de dribble. Le Croate, certes passeur décisif, l’illustre parfaitement sur l’action qui aboutit à un but refusé à Ibrahimovic. Rebic prend bien trop de temps pour le lancer, occasionnant le hors-jeu. Surtout, aucun n’a le profil pour alléger Zlatan au niveau des buts. Sorti sur blessure, le Suédois porte trop seul la charge d’être décisif, et même si on ne peut jurer de rien avec lui, il ne pourra pas continuer à marquer pendant plusieurs saisons encore. Cela nous amène à penser que le joli début de saison de l’AC Milan est réjouissant, mais peut tout aussi bien être une promesse qu’un feu de paille.

Et sinon

  • Tiens, revoilà . Profitant des nombreuses absences, le buteur a joué et marqué face à Villarreal. Malgré ses limites criantes, il mérite mieux qu’un rôle de numéro 3, même si on parle du Real Madrid. On l’avait conseillé à Dortmund pour être la doublure de Haaland.
  • Solide, parfois vicieux (quand il s’agit d’obtenir des fautes dans les 10 dernières minutes pour faire écouler le chrono), Tottenham a signé une victoire très « mature » contre Manchester City. Même s’il ne marque pas, Kane est redoutable dans son rôle d’attaquant-meneur de jeu. Sa complémentarité avec Son, qui prend la profondeur, est évidente.

  • Le Bayern Munich s’en sort très bien avec ce match nul. Le Werder a exploité le fait que le champion d’Allemagne joue haut, malgré des défenseurs pas forcément très rapides (Boateng notamment). Rashica et surtout Sargent se sont régalés dans la profondeur, mais Neuer veillait au grain.
  • Gladbach doit encore se demander comment ils ont pu ne pas gagner face à Augsbourg. Le Borussia peut regretter la maladresse de son attaquant Embolo, remuant mais qui a tout raté dans le dernier geste.
  • Parti à la pêche aux moules sur le but de l’AS Saint-Etienne, Larsonneur a eu le plaisir de voir ses coéquipiers du Stade Brestois s’amuser offensivement et enfoncer les Verts. Dans le même style, Hradecky et Vaclik sont bien heureux de gagner avec Leverkusen et Séville face à Bielefeld et le Celta Vigo, malgré une grosse boulette chacun. Ter Stegen, vaincu face à l’Atlético Madrid, n’a pas eu cette chance avec le Barça.

https://twitter.com/beinsports_FR/status/1330203681271271426

  • Pas forcément attendu, Barkok confirme semaine après semaine qu’il est un excellent joueur. Buteur face à Leipzig, il risque de rendre l’Eintracht Francfort encore plus intéressant qu’il ne l’était déjà.
  • Si on parle logiquement de Digne, Doucouré, James ou Calvert-Lewin pour évoquer la belle saison d’Everton, il se peut que soit le joueur le plus important de l’équipe. Son retour a fait du bien face à Fulham.
  • Le monstre a encore frappé. Peu visible en première période, Haaland a signé un quadruplé face au Hertha Berlin. Sur le second but de l’attaquant de Dortmund, il est intéressant de voir qu’il prend le temps, suite à la passe de Brandt, de regarder plusieurs fois la position du gardien avant de frapper. C’est tout sauf un bourrin qui ne maîtrise pas ses gestes.

https://twitter.com/LouisBaltimore/status/1330516947633643520

  • La Roma s’est fait plaisir face à Parme, bien aidée par de jolies performances individuelles de Spinazzola, Veretout et Mkhitaryan.
  • Un triplé face à Fribourg, sans compter ce face-à-face manqué suite à une jolie série de passements de jambes : Mateta a régalé avec Mayence.
  • Double buteur et passeur décisif de la tête, Delort a permis à Montpellier de relativiser ses gros soucis défensifs face à Strasbourg. Cela ne suffira pas à chaque fois. Toujours en Ligue 1, Yazici affiche lui aussi un doublé et une passe décisive, face à Lorient. Le Turc régale tellement au Losc qu’on se demande si c’est le même joueur que l’année dernière. Galtier a eu raison d’être patient avec lui. Enfin, Lukaku termine avec la même feuille de stats en Italie, face au Torino, sauvant l’Inter Milan lors d’une partie bien mal engagée.

Darinh Mongkhoun

Amoureux du beau jeu, je suis un épicurien qui cherche avant tout à voir de beaux moments de football. Mon avis n’engage que moi.